Cycle 1

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Chapitre dix : Un nouveau commencement


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Le refuge du Rat était sale, puant, petit, mais remarquablement protégé. Son propriétaire avait posé d'innombrables capteurs sonores ainsi que des caméras de surveillance quasi-invisibles. Son ordinateur portable ressemblait à un vieil appareil du début du XXIè siècle avec écran plat et lecteur de CD-Rom. Tout ce matériel était périmé depuis plus d'un demi-siècle, mais il fonctionnait toujours à merveille et il permettait au Rat de tout contrôler où qu'il se trouve. L'enfant semblait fasciné par cette technologie dépassée. À plusieurs reprises, le Rat l'empêcha de toucher à ses outils de travail. Il découvrait tout un univers inconnu fait d'appareils de mesures, de convulseurs d'ondes, de mini-paraboles magnétiques, de fer à souder sans oublier la multitude de pièces détachées qui traînaient un peu partout.
Pendant que le Rat expliquait au garçon l'intérêt de chaque objet, S parcourait les coupures de journaux collées sur les murs. Tous ces articles découpés dans la presse traitaient de science, d'avancée technologique comme l'invention du proto-combinateur ou du vaccin contre le néo-sida. Une série d'articles évoquait le phénomène des ombres à travers plusieurs témoignages d'anonymes et d'experts. On pouvait lire que des ombres circulaient dans certaines villes. Personne ne savait qui elles étaient ni ce qu'elles voulaient. Un journaliste comparait ces récits à ceux de l'arrivée des extra-terrestres sur la terre. À la différence que personne n'avait pu encore les filmer ou les photographier. S se souvint de celles qu'il avait croisées en allant voir Max au Majestic. Elles semblaient vouloir capturer l'enfant, mais pour quoi faire ? Etaient-elles de mèche avec les fédéraux ?
  • Il faut lui enlever la puce, dit S pour revenir à la réalité.
  • Je vais chercher le casque à ondes sygnus, j'arrive. Pendant ce temps, installe-le sur une chaise.
Le Rat se mit à farfouiller dans ses cartons qui contenaient des centaines d'objets de toutes sortes. Appareils photographiques numériques, vieux dictionnaires, brosse à dents, comment pouvait-il vivre ainsi, se demanda S ? Sans chercher à en savoir davantage, il demanda au petit garçon de s'asseoir sur la chaise qui se tenait au milieu de la pièce. Il obéit sagement comme d'habitude. Il n'avait pas peur et son regard était confiant. La présence de S semblait l'apaiser. Le Rat finit par mettre la main sur le casque. Ce dernier ressemblait à un casque de moto avec des lumières collées par-dessus et quelques petits boutons. Les ondes sygnus étaient capables de dérégler de l'extérieur des puces implantées dans le cerveau. Les puces ainsi déréglées devenaient incapables de fournir un signal fiable. L'opération n'était pas douloureuse, mais elle pouvait prendre du temps. En effet, il fallait trouver la bonne variation pour capter les ondes. Avec les milliards d'ondes circulant tout autour d'eux, il allait falloir un bon moment avant que le casque ne trouve la bonne fréquence et ils étaient pressés. Les fédéraux pouvaient débarquer à tout moment.

Gambers était inquiet. Le maître sentit le sentiment de son serviteur. Il craignait d'être tué pour toutes ses maladresses, pour son incapacité à retrouver l'enfant et à éliminer les ombres. La situation était devenue quasi-incontrôlable avec l'explosion à Dakota 5. Les autorités et les médias posaient beaucoup de questions. Une goutte de sueur coulait sur le front du directeur des opérations. Il l'essuya en arrivant. Le maître, assis devant son écran de contrôle holographique, lui tournait le dos.
  • Ce Bacchus semble être de moins en moins capable d'agir, vous ne trouvez pas Gambers ?
  • Oui maître, lui répondit le directeur, surpris du ton détaché de son interlocuteur.
  • Vous croyez qu'il peut encore nous être utile ?
  • Je crois surtout qu'il joue avec nous. Il sait beaucoup de choses et il refuse de parler.
  • Vous disiez aussi cela il y a déjà plus d'un an. Et avons-nous avancé ? Je ne crois pas. Au contraire. Quelqu'un a réussi à nous prendre l'enfant et les ombres prolifèrent. Nous ne pouvons plus jouer avec Bacchus. Il faut changer notre fusil d'épaule.
  • Mais nous allons bientôt récupérer l'enfant. Il est à New City, mes hommes ont retrouvé sa trace grâce à…
  • Assez ! Vous ne voyez donc pas que tout ceci nous dépasse. L'enfant a utilisé ses pouvoirs. Il a développé une nouvelle réalité. Et dans cette nouvelle réalité, nous ne pourrons pas le capturer.
  • Vous croyez qu'il maîtrise complètement ses pouvoirs ?
  • Pas encore, mais plus nous essayerons de le capturer, plus il s'en servira. Et avec le temps, il apprendra.
  • Vous ne pensez quand même pas lancer la phase trois ?
  • Oh si ! Activez dès maintenant les chasseurs et renvoyez Bacchus dans le niveau inférieur. Et surtout Gambers, je veux des résultats.
  • Je vous le promets maître.
Gambers quitta le bureau du maître. Il était soulagé d'être encore en vie, mais aussi très inquiet quant à l'avenir. La phase trois avait souvent été évoquée avec les différentes agences de renseignements fédérales ainsi qu'avec la Maison-Blanche, mais il pensait pas devoir la lancer si vite. Bien sûr il s'était gardé de tout dévoiler à ces soi-disant partenaires officiels. La manœuvre était simple. Prétextant une attaque terroriste de grande ampleur, le Président pouvait donner carte blanche à tous les organismes de contre-espionnage et aux diverses machines bureaucratiques non démocratiques. En ayant les mains libres, Gambers allait pouvoir ainsi déployer son armée de bio-soldats génétiquement modifiés. Merci agent Connors. Leur mission était simple : repérer et supprimer les ombres et ce même en plein jour. La dictature politique a du bon songea-t-il.
Pourtant, au fond de lui, Gambers n'était pas complètement satisfait. Cette misérable vermine de Bacchus s'était jouée de lui. Lui qui avait posé tant de problèmes lors de son arrestation ne s'était finalement pas avéré être si bien renseigné sur les ombres qu'il le pensait. Il ne leur avait rien dit ou presque. Des interventions divines et une guerre pseudo-céleste entre le bien et le mal. Bien sûr, on avait trouvé des morts là où il l'avait indiqué. Bien sûr, certains d'entre eux ne figuraient dans aucun fichier existant, et après ? Le problème majeur de Gambers était les ombres et leur apparition aux quatre coins du globe. Bacchus ne parlait que de fléau apocalyptique, les scientifiques évoquaient eux la piste alien. Un sacré bazar en vérité.
Gambers était d'accord avec son maître sur un point, renvoyer Bacchus dans les tréfonds du centre d'étude. Le cacher si profondément que plus personne ne se souviendrait de lui. Qu'il meure après tout, bon débarras ! Une fois, ce problème réglé, il allait pouvoir convoquer le FBI, la NSA, la CIA et tous les autres. Mais d'abord, il fallait penser à l'enfant. Quoiqu'en dise le maître. Il avait encore une dernière chance de le retrouver. Cette fois, il ne la laisserait pas filer.

Cela faisait déjà près de cinq minutes que le Rat avait posé le casque sur la tête de l'enfant et il ne s'était toujours rien produit. S le foudroyait du regard. Le Rat, inquiet de la probable réaction brutale de son invité, évitait les yeux de celui-ci en faisant semblant de se focaliser sur la molette d'ajustement. Celle-ci collée à l'arrière du casque devait permettre de trouver manuellement la bonne fréquence. Mais rien ne venait. L'enfant, imperturbable, agitait innocemment ses jambes comme pour passer le temps.
  • Alors ! C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
  • C'est pas ma faute, répondit anxieusement le Rat. C'est sûrement une fréquence très basse. Il est plus tout jeune ce casque. Il lui faut un peu de temps pour les repérer.
  • On n'a pas le temps !
  • Je sais !
À ces mots, l'enfant cesse brusquement de bouger. Son visage se crispa. S le regarda et lui demanda ce qu'il avait. Il ne lui répondit pas. S exigea de savoir ce qui se passait. Le Rat lui indiqua qu'il avait enfin la fréquence. Ce n'était plus qu'une question de secondes avant que le brouillage ne rende la puce inefficace. Mais l'enfant grimaça davantage. Son corps se raidit sur sa chaise. Il commença à émettre un long gémissement rauque et douloureux. Les ventres des deux hommes se serrèrent sous la surprise. Des objets posés sur le sol se mirent à bouger lentement puis à voler avant de se fracasser violemment sur les murs de la pièce. Le Rat se leva pour mieux observer la situation. S le mit à terre immédiatement.
  • Tu ne vois pas que c'est dangereux imbécile !
  • Mais qu'est-ce qu'il se passe bon sang ?
  • Ton fichu casque ! Il faut lui enlever !
  • Mais pour la puce ?
  • Laisse tomber et enlève-lui ce fichu casque avant qu'il ne fasse tout sauter !
Le Rat se redressa et saisit le casque, mais celui-ci ne bougea pas comme s'il était collé sur la tête de l'enfant. Ce dernier se mit à crier à cause de l'insistance du Rat. De plus en plus d'objets flottèrent. Plusieurs percutèrent S qui prit la relève pour ôter le casque à l'enfant. Des visions de sa mère vinrent parasiter ses pensées. Après tout, c'était la faute de l'enfant si elle était morte, non ? Il n'allait pas aussi le tuer, lui, après tout ce qu'il avait fait pour le protéger. D'un coup sec, il retira le casque et le jeta à terre. L'enfant tomba au sol.
  • Sale petite ordure, je vais te buter, dit S au gamin inanimé.
  • Non, hurla le Rat en se précipitant sur le beam-laser du chasseur de primes.
Les deux hommes luttèrent, mais le combat fut de courte durée et le vainqueur évident. Le plus faible ne put rien faire pour empêcher S de pointer à nouveau son arme sur l'enfant. Il avait tué sa mère dans l'explosion de sa maison. Il devait payer. Qu'importe le sens de toute cette histoire, le sang appelait le sang.
  • Tout ça, c'est ta faute, sale gamin. Tu vas rôtir en enfer là où tous les monstres comme toi méritent de finir. C'est fini pour moi. Je reprends ma liberté ! J'annule le contrat !




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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas