Cycle 1

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Chapitre onze : Un nouveau commencement 2


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Petersen patientait dans sa voiture depuis deux bonnes heures lorsqu'il décida de sortir visiter l'immeuble calciné. Après sa mésaventure à l'hôpital, il était retourné à New City 4 afin de reprendre son enquête sur Incorps. La liste des communications qu'avait obtenue Davis peu de temps avant de se faire tuer n'était pas très longue, mais elle comprenait plusieurs adresses. L'une d'entre elles était ce vieil immeuble du quartier nord complètement dévasté par un incendie depuis près de trois ans. Comment avait-on pu passer ou recevoir des appels depuis ce tas de ruines, se demandait le policier dans son véhicule. Seule une visite approfondie lui permettrait d'en savoir plus. Il laissa donc sa voiture près du trottoir d'en face et traversa la route.
Il regarda brièvement autour de lui. Personne ne devait le suivre. Néanmoins, il se méfiait. Le commissaire ne cessait de le biper et il se savait surveillé par les fédéraux. Gambers avait été très clair. Il s'attendait à voir tout un troupeau d'hommes en noir débarquait pour l'arrêter et le suspendre pour raison de santé. Pour l'instant, il était toujours libre, aussi, il devait profiter de ce laps de temps pour avancer. L'immeuble, ou du moins ce qui en restait, faisait partie du secteur Centaury, grand projet immobilier qui datait d'une vingtaine d'années et qui devait relancer l'activité économique dans le nord de la ville. La municipalité alliée à des grosses sociétés technologiques avaient investi des millions pour bâtir de grands immeubles qui devaient abriter les sociétés de la nouvelle économie biocellulaire. Malheureusement, les promoteurs immobiliers en profitèrent pour monter les prix des terrains artificiellement et finalement peu de sociétés s'installèrent. L'échec fut total. L'immeuble qu'allait visiter Petersen avait été probablement incendié volontairement par ces mêmes promoteurs afin de récupérer un peu d'argent via les primes d'assurances. Une broutille.
Une fois passé le seuil, le policier vit une multitude de déchets laissés par des clochards sur le sol. Bouteilles vides, draps, vêtements, reste de nourriture, chaussures. L'endroit avait beau être sans toit, il sentait malgré tout un air renfermé. Petersen avançait doucement, essayant de trouver un appareil téléphonique, une installation électronique quelconque. Il était plus que perplexe à la vue de ce sinistre spectacle, mais il devait étudier toutes les pistes. La vérité n'est pas toujours évidente à trouver, elle est quelquefois ailleurs. Puis il sentit un souffle frôler sa nuque. Il se retourna et il entr'aperçut une sorte de silhouette. Cela avait duré un centième de seconde, mais il était sûr que quelqu'un était là. Il avança prudemment à travers les objets éparpillés au sol. Il franchit ce qui était autrefois le seuil d'une porte pour entrer dans une autre pièce. Il vit à nouveau la silhouette sur sa droite. Sûr de lui cette fois, il accéléra le pas et traversa la pièce.
La course-poursuite dura plusieurs minutes. Petersen avait beau marcher de plus en plus vite, il ne parvenait jamais à atteindre l'autre personne. Arrivé à une dernière pièce, il ne vit plus rien. Il observa attentivement chaque recoin et il ne perçut aucun signe de mouvement. Il réalisa qu'il se trouvait à nouveau dans la première pièce. Il n'avait fait que tourner en rond. On se jouait de lui. Il sortit son arme. Mais alors qu'il se tenait debout et concentré, une force venue de nulle part vint le pousser par derrière et il tomba. Il se retourna immédiatement pour faire face à son agresseur. Et à sa grande surprise, il vit une ombre. Elle mesurait près de deux mètres et elle le fixa. Petersen se souvint de la première fois qu'il en avait vu une. C'était lors d'une planque. Il était à bord d'une voiture, son collègue de l'époque dormait lorsqu'il en vit une traverser la ruelle d'en face. Il n'avait pas bougé et surtout rien dit. Mais là, elle se tenait face à lui. Il pointa son arme devant elle et il lui demanda d'une voix tremblante ce qu'elle voulait et ce qu'elle venait faire ici. Il n'eut pas de réponse. En dépit de sa couleur noire omniprésente, Petersen sentait qu'elle semblait être aussi surprise que lui. Il se dit qu'elle était en train de l'examiner, de l'étudier. Qu'allait-elle faire de lui ?
Petersen vit à ses pieds une canette de bière vide. Il la saisit rapidement et l'envoya à la figure de l'ombre ou, du moins, à ce qui devait être sa place. L'ombre virevolta en arrière et le policier se mit hors de sa portée, derrière le reste d'un mur. Il l'observa reprendre ses esprits. Il s'attendait à une réaction de sa part, mais elle partit. Petersen la poursuivit. Il avait l'avantage cette fois. L'ombre traversa plusieurs pièces de plus en plus vite laissant son poursuivant loin derrière elle pour finalement réussir à lui échapper. Petersen cria de colère quand il comprit qu'elle s'était enfuie. Il reprit son souffle et quitta l'immeuble. Il n'en savait pas beaucoup plus si ce n'est que toute cette histoire était la plus compliquée de toute sa carrière de policier.

L'enfant se réveilla péniblement. Sa chute l'avait légèrement secoué, mais pire encore, S semblait déterminé à utiliser son arme contre lui. Le Rat criait au chasseur de primes de poser son arme, de ne pas tirer. Celui-ci fixait l'enfant du regard. Ses yeux étaient remplis de colère, de haine, ce n'était plus le S protecteur et sûr de lui. C'était quelqu'un d'autre, quelqu'un qui avait réussi à pénétrer son esprit et il fallait le faire sortir de là. Le garçon leva lentement son bras droit. Le Rat sentit un courant d'air froid parcourir son repère. Le temps se figeait, de la même manière qu'il s'était figé lorsque les fédéraux tentèrent de le kidnapper la première fois. Cela dura un bref instant, une éternité dira le Rat plus tard à S après que celui-ci eut repris ses esprits. Une fois l'arme rangée, le chasseur demanda des explications. Le Rat conclut que la puce avait dû provoquer une surchauffe des neurones de l'enfant avant d'être désactivée. Ce qui pouvait expliquer la réaction violente du gamin, mais pour la sienne ?
  • Est-ce que tu sais quelque chose, demanda S à son protégé tout en se penchant vers lui et en essayant de ne pas l'effrayer ?
  • Il a réussi à être en toi.
  • Qui ça ?
  • Le méchant.
  • Le méchant ? Quel méchant, celui qui veut nous capturer ?
  • Ils vont tous vouloir nous capturer. Il faut partir maintenant. Partir loin, très loin.
À ces mots, il quitta la pièce sans hésiter. Sans attendre les deux hommes qui s'interrogèrent du regard quelques instants avant de le rejoindre. Le Rat demanda s'il pouvait venir avec eux. Il ne voulait pas finir arrêté par les fédéraux. S attendit une protestation de l'enfant qui semblait soudainement avoir pris la situation en main. Elle ne vint pas, alors lui non plus n'en fit aucune. Désormais, ils étaient trois. Ils remontèrent les galeries du métro rapidement avant de retrouver la Vectra qui n'avait pas bougé d'un centimètre. S demanda au Rat de la passer au scanner avant de monter à l'intérieur. Le rat sortit de la mallette qu'il avait emporté un petit boîtier qui émit quelques bips. Après quelques secondes, il leur indiqua qu'elle ne contenait aucune bombe, aucun émetteur. Ils s'installèrent à bord et S démarra. Il demanda à l'enfant où il devait aller.
  • Puisque tu as l'air éveillé, tu peux peut-être nous en dire un peu plus. Qui sont ceux qui veulent nous arrêter ?
  • Ils veulent tous nous arrêter. C'est pour ça qu'il faut partir.
  • D'accord, tu vas encore me répéter la même chose pendant des heures. OK, j'abandonne. Dis-moi au moins où on doit aller.
  • Le désert, loin, très loin.
  • Le désert, répéta le Rat, mais c'est à des kilomètres, on en a pour des jours !
  • Et alors, t'as une meilleure idée, lui répliqua S ? Probablement pas !
Afin de clôturer une fois pour toute la discussion, S alluma la radio.
… l'explosion aurait fait au moins une dizaine de morts. Pour l'instant, les informations nous arrivent au compte-gouttes. Les policiers et des pompiers seraient déjà sur place afin de sécuriser la zone et de sauver les blessés. Il est encore trop tôt, bien sûr, pour émettre un premier bilan, mais tout ce que l'on peut dire c'est…
S coupa la retransmission et dit « Génial ». Le voyage allait être long.
Le maître se releva péniblement. Une fois de plus, l'enfant avait réussi à utiliser ses pouvoirs et comme à chaque fois, il ressentit une énorme douleur dans sa tête comme si cette dernière allait exploser. Il ne comprenait pas d'où venait ce lien qui les unissait, mais chaque attaque était plus violente que la précédente. Le gamin devenait de plus en plus puissant. Il venait de créer une nouvelle réalité, provoquant la naissance de plusieurs milliards d'individus, mais aussi la mort d'autant de personnes. Le maître savait qu'il avait déjà perdu le combat dans cette réalité. L'enfant lui résistait. Pourtant, tout avait bien commencé. Les manipulations et les expériences se déroulaient très bien. Les premiers résultats étaient très encourageants. Les cellules fabriquées résistaient à toutes les attaques télépathiques. La capture de Bacchus avait également permis la fabrication d'organismes issus d'une autre dimension. Bien sûr, les scientifiques avaient quelques difficultés à stabiliser la combinaison de cellules si différentes, mais les clones ne manquaient pas. Ils touchaient enfin au but lorsqu'une fuite circula dans les réseaux. Quelqu'un parvient à pirater tous les systèmes de protection et à libérer l'enfant. Tant d'années de recherche parties en fumée. Quel gâchis.
Après avoir bu un grand verre d'eau, le maître contacta via son écran holographique le professeur Mc Togert qui s'occupait des recherches scientifiques.
  • Avez-vous réussi à stabiliser à nouveau les cellules, demanda-t-il ?
  • Pas encore, répondit le scientifique dont le ton de la voix laissait transparaître un certain agacement face à l'insistance permanente de son supérieur.
  • Prévenez-moi dès que vous aurez progressé. Au fait, professeur, Gambers vous a-t-il remis Bacchus ?
  • Oui, mais il est dans un sale état. Devons-nous encore le maintenir en vie ? Nous avons suffisamment de cellules souches pour nous débarrasser de lui. C'est une perte de temps et d'argent. Mes hommes ont mieux à faire.
  • J'y réfléchirais professeur.
Il coupa la communication sans aucune formule de politesse. Il n'avait pas le temps pour ça. Il maudit tout haut le garçon. Son plan ne se passait pas comme prévu. Il alluma la chaîne d'info continue. Les caméras retransmettaient en direct les opérations de secours. L'attentat de métro de New City 4 avait réussi. Dans quelques minutes, le Président allait renforcer les mesures de sécurité dans tout le pays laissant carte blanche à tous les organismes fédéraux. Il allait enfin pouvoir s'attaquer aux ombres en toute liberté. C'était pas grand-chose, mais c'était mieux que rien. La course contre la montre était partie.

Malgré les barrages et les patrouilles, Gambers arriva à l'heure prévue à quelques minutes près. Son badge et ses papiers lui laissaient le droit de circuler librement. Dans quelques heures, la libre circulation allait être un privilège réservé aux employés et aux agents de l'Etat. Il stationna dans une des rues du quartier est. Il avait rendez-vous avec une vieille connaissance, Erika Zero. Ancienne responsable des forces non-officielles en Colombie lors de la guerre des drogues, elle avait remarquablement servi son pays et pour l'en remercier, on lui avait offert une reconstruction biocybernétique ultrasophistiquée avec ordinateur high-tech intégré dans son cerveau. Bien sûr, elle n'existait plus officiellement d'où son nom. Elle avait été un prototype qui servit à fabriquer de nombreux soldats avant que ne furent fabriqués les premiers clones. Depuis, elle remplissait quelques contrats pour le gouvernement ou pour des puissances alliées. Rien de bien méchant, quelques mafieux ou quelques candidats à des élections encore trop marquées par la démocratie. On ne trouve pas de héros dans les urnes estimait Gambers. Cela faisait un bon moment qu'il ne l'avait pas vue. Trop occupé à retrouver l'enfant et à organiser la lutte contre les ombres, il était curieux de voir si elle avait pris des rides.
Erika avait choisi un café très banal, mais une foule s'y était rendu pour suivre en direct les opérations de secours. Les hommes éprouvent toujours ce besoin de se rassembler lors de catastrophes de ce genre. Fichu caractère humain. L'évolution avait encore du chemin à faire, songea Gambers avant de s'asseoir en face de la tueuse. Une grande et épaisse capuche noire cachait son visage, néanmoins on pouvait entr'apercevoir le bandeau qui recouvrait son œil droit.
  • Le métro, vous êtes d'un ringard Gambers.
  • Les choses ne se passent pas vraiment comme nous l'espérions. Nous avons dû précipiter un peu les choses.
  • Le monde est cruel.
  • J'ai un petit service à vous demander.
  • Je m'en doute.
  • Voici une personne que j'aimerais revoir, il lui tendit une photo de l'enfant.
  • Vous les prenez de plus en plus jeunes Gambers.
  • Dans d'autres circonstances, j'apprécierais votre humour, mais là, c'est sérieux. Et ne vous fiez pas à son air charmant, il est très dangereux.
  • Comme tous les enfants.
  • Il n'est pas seul, un chasseur de primes l'accompagne, il montra une deuxième photo.
  • Le monde est petit, elle sourit.
  • Vous le connaissez ?
  • Comme je vous le disais, le monde est petit. J'accepte volontiers, mais ce sera plus cher que d'habitude.
  • Votre prix sera le mien et vous ne passerez que par moi, est-ce clair ?
  • Limpide mon chou, elle finit son whisky et quitta le café en ayant pris soin d'emmener les photos.
Gambers resta quelques instants à fixer la banquette d'en face. Il venait de désobéir au maître. Il était mort. C'était une question de jours avant que la sanction soit prise, qu'importe l'enfant ne survivrait pas. Erika ne manquait jamais sa cible. Cette future victoire le satisfaisait. Son orgueil ne pouvait pas supporter l'idée d'être battu par un vulgaire chasseur de primes et un gamin. Il regarda la télé suspendue à un des murs du café. Il vit plusieurs journalistes tenter d'expliquer les attentats, on pouvait déjà entendre des experts donnaient leur opinion de spécialistes. Il sourit. Mais le plus drôle, il faisait comme tous les autres qui écarquillaient les yeux devant l'écran. Car lui aussi était humain. Cruelle ironie.

Fin de la saison 1




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