Cycle 1

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Chapitre trois : L'étrange journée de l'agent Connors 


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C'était encore une belle journée. Le soleil rayonnait et la température était idéale. Vingt-trois degrés, une petite chemise, la veste posée sur le rebord de sa chaise, David Connors travaillait sereinement derrière son écran d'ordinateur. Son métier consistait à vérifier des données et à les analyser avant de les transmettre à ses supérieurs. Il adorait ça. Lire, chercher des informations complémentaires sur Internet, fouiller les bases de données des centres annexes, rédiger des rapports. Il ne laissait jamais rien au hasard. Il était réputé pour son sérieux et sa rigueur. À un point tel qu'on lui vouait une certaine admiration dans son service. Toujours dans les délais, même pour des rapports urgents à rendre quelques heures après leur commande. On s'interrogeait parfois sur sa place. Pourquoi n'acceptait-il pas la promotion que Gambers lui proposait régulièrement ? Plus d'argent, des horaires plus souples, pourquoi tant d'obstination de sa part ? En fait, il ne voulait pas à avoir à décider. Il refusait cela. Il se savait bon dans son domaine et il connaissait ses limites. Avoir à choisir entre la vie de civils et de militaires, très peu pour lui. Car David ne travaillait pas dans n'importe quel secteur. Il bossait aux services secrets.
Après des études d'ingénieurs en informatique, il fut contacté par une boîte de communication dont il n'avait jamais entendu parler. Il s'intégra rapidement et on lui confia des missions d'analyse de systèmes périphériques de plus en plus importants. David appréciait ce travail et il estimait bien commencer dans sa vie d'adulte. Deux ans plus tard, ses patrons l'envoyèrent à Washington pour observer le fonctionnement des services secrets traditionnels. Contacté par Gambers à l'issue d'un énième séminaire, ce dernier lui proposa de travailler dans son service. Évidemment, une telle carrière ne pouvait se concevoir sans un minimum de discrétion. Personne, y compris sa femme Jennifer, ne devait être au courant de la véritable nature de son travail. David, pourtant, n'hésita pas une seule seconde et sans même avoir consulté son épouse, il partit pour la capitale fédérale. Jennifer l'accompagna sans hésiter. Elle se faisait une joie de voir son mari évoluer si rapidement dans sa carrière. À l'aube de la quarantaine, David restait cependant toujours le même. Il restait accroché à son poste d'analyste, bien décidé à y rester jusqu'à sa retraite.
Toujours plongé sur des données à analyser, il ne remarqua sa webcam qu'à sa troisième sonnerie. Il l'alluma et découvrit le visage de l'agent Dutch. Celui-ci se trouvait en plein Arizona. Il enquêtait avec toute une équipe de scientifiques sur une météorite qui s'était écrasée dans ce désert quelques jours auparavant. David avait justement un rapport à terminer sur ce sujet. Un parmi tant d'autres.
  • Bonjour Dutch, justement j'attendais de vos nouvelles. Alors, quoi de neuf ?
  • Pas grand-chose au niveau radioactivité, par contre, y a du neuf question biologie. Après avoir réussi à isoler complètement le noyau de la météorite, nous avons analysé ce dernier et là, tous nos capteurs se sont mis à paniquer. On a dû passer en protocole 8, vous imaginez. On n'avait jamais dû passer par là avant.
  • Et après, vous avez découvert quoi ?
  • Des souches organiques, on ne sait pas encore s'il s'agit de bactéries ou d'autre chose, mais, les gars d'ici sont raides dingues. J'ai faxé une copie vidéo de l'analyse à Mitchell et à Gambers et je vous envoie les premiers résultats des tests bio. Vous allez avoir du boulot car on doit savoir de quoi il en retourne.
  • Ne vous inquiétez pas. Je passe là-dessus en top priorité. Je vais comparer vos données à celles des analyses des précédentes météorites. Je vous rappelle dès que j'ai terminé.
David coupa la communication et se mit à chercher dans sa base de données les informations que réclamaient Dutch. Chaque année, des milliers de météorites heurtent la Terre. Chacune d'entre elles sont ramassées et étudiées par des labos expérimentaux envoyés sur place. Le grand public n'est jamais informé des résultats car ces derniers sont systématiquement classés secret défense, même les plus insignifiants. Là, par contre, l'affaire semblait sérieuse. Rares étaient, en effet, les météorites contenant des bactéries ou des organismes similaires. David devait rapidement trouver un point de comparaison afin que ses supérieurs gèrent au mieux la situation. C'est à ce moment-là que Mitchell entra dans son bureau tout excité.
Mitchell avait toujours du mal à calmer ses émotions. Il lui fallait toujours plusieurs minutes et une discussion avec David ou Gambers pour se calmer. Une fois l'ouragan passé, Mitchell redevenait l'homme compétent et le plus à même de diriger le service. Il venait de finir de regarder la vidéo et il devait passer ses nerfs sur quelqu'un.
  • Vous avez quelque chose, dites-moi que vous avez quelque chose, Connors ! !
  • Pas encore, mais c'est une question de minutes.
  • Dans vingt minutes, c'est le point de douze heures, il nous faut un premier rapport ! J'ai déjà envoyé des renforts sur place et j'ai déplacé tous nos satellites disponibles pour cartographier le secteur. Vous devriez recevoir dans quelques minutes les premières cartes. Comparez-les avec…
  • Je sais, je sais, ne vous inquiétez pas, vous aurez votre rapport dans les temps.
Mitchell repartit aussitôt. Le calme de Connors l'exaspérait toujours autant. Si on ne connaissait pas la volonté tenace de Connors à vouloir rester à son poste, quelqu'un d'extérieur lui aurait donné immédiatement celui de Mitchell. Mais rien ne pouvait faire changer d'avis David. Fermement accroché à son ordinateur, il passa le reste de sa journée à étudier les données et à les comparer avec celles de Dutch. Dans son rapport de quinze heures, il conclut que rien ne correspondait à ce que le service avait en mémoire. Par conséquent, il fallait prendre d'importantes mesures de précaution et faire passer tout le personnel en code d'alerte niveau 4. À l'issue de ce dernier rapport, Gambers demanda à David s'il pouvait rester pour aider. La situation était grave et il avait besoin de tout son personnel. David accepta sans sourciller. Il prit quelques minutes pour prévenir Jennifer.
  • Allô Jennifer ?
  • C'est toi David, où es-tu ?
  • Je suis encore au bureau, je crois que je vais rentrer tard aujourd'hui, ne m'attendez pas, Soren et toi, pour dîner.
  • Tu vas bien, rien de grave au moins ?
  • Non, non, mais on a eu une visite surprise du grand patron et on doit avoir une réunion ce soir. Je suis désolé, je t'aime.
  • Moi aussi, je t'aime.
Malgré l'habitude, l'estomac de David se nouait toujours quand il devait mentir à sa femme. Cela faisait partie des obligations du métier, mais il avait toujours du mal à s'y résoudre. Bon nombre de ses collègues étaient célibataires comme Gambers ou couchaient à de temps en temps avec un autre collègue, juste histoire d'assouvir certains besoins primaires. Les romans d'espionnage n'évoquent jamais la face sombre de la vie des agents secrets. Il était contrarié et cela l'agaçait. Aujourd'hui plus que d'ordinaire.
À dix-huit heures, Gambers quitta le service pour la salle de vidéo conférence. Les conseillers du président voulaient en savoir davantage. Au même moment, sur la chaîne d'info en continue, IWN, le témoignage d'un petit paysan des environs de Flagstaff passait en boucle. Il avait filmé avec son caméscope une ombre noire traversant un de ses champs. L'image était floue et la journaliste qui concluait le reportage était plus que sceptique devant ce récit. David, lui, n'était pas sceptique. Flagstaff se situait à une cinquantaine de kilomètres de l'impact. La probabilité qu'un échantillon de la météorite se soit détaché avant l'impact de celle-ci pour s'écraser non loin de la propriété du paysan ne pouvait pas être exclue. Il vérifia la trajectoire de la météorite. Tout correspondait. Il alla prévenir Mitchell aussitôt.
  • Vous croyez vraiment à cette histoire d'ombre ? C'est un canular voilà tout !
  • Peut-être, mais il faut vérifier.
  • Arrêtez avec cette histoire ! Allez plutôt travailler sur les données de Dutch. Son labo va bientôt nous faxer les résultats des analyses de la météorite.
David abandonna. Il repartit en direction de son bureau, frustré, persuadé d'avoir mis le doigt sur quelque chose. Plus il avançait, plus son esprit s'agitait. Il avait raison, il avait raison. La certitude le rendait sourd, malade. Il n'arrivait plus à penser à autre chose. Il revoyait l'ombre courir dans le champ. Impossible que ce soit stupide, impossible que ce soit une erreur ou une blague. Un morceau de la météorite s'était détaché et il contenait cette ombre qui maintenant était libre, libre de circuler, libre de s'attaquer aux hommes. Il traversa la grande salle des commandes qui était surplombée, comme dans tous les mauvais films, d'une immense carte situant les zones d'activités à surveiller. Il vit que le bureau de Gambers était ouvert. Il connaissait les codes, il connaissait les personnes à contacter pour envoyer une patrouille de surveillance. Rien de plus facile.
Il entra discrètement. Les fourmis autour étaient bien trop occupées pour le remarquer. Il referma lentement la porte et se dirigea immédiatement sur l'ordinateur de son supérieur. Il entra les codes d'accès et se heurta sur le mot de passe. Eora. Il le savait. Il l'avait toujours su d'ailleurs. Un doute s'immisça. Ça ne pouvait pas être possible, il ne pouvait pas. Si. Il pouvait. L'ombre était là, les humains allaient mourir, l'avenir de l'humanité en dépendait. Plus vite, plus vite. Ses doigts s'agitaient frénétiquement. Il fallait chercher, trouver le bon dossier, le bon fichier, tout télécharger, tout envoyer aux médias, prévenir le monde…
  • Bien tenté Bacchus, bien tenté.
Gambers referma la porte derrière lui.
  • Je suis désolé Connors, mais je ne vais pas pouvoir vous laissez sortir.



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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas