Cycle 1

1...34567...12

Chapitre cinq : Aller-retour


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape


À bien y réfléchir, S avait beaucoup de chance. Retourner à New City 4 avait été finalement plus facile qu'il n'y avait pensé. Aucune patrouille ne l'avait pris en chasse et il n'avait pas eu à passer au travers d'un éventuel barrage policier. Bien sûr, il possédait des faux papiers, mais avec les récents événements, cela aurait pu lui être fatal. Franchement, tout se passait très bien. Il gara son véhicule à quelques rues du bâtiment de ses employeurs. Il pouvait voir au loin les dégâts dus à l'expédition des fédéraux. Plusieurs étages portaient encore les séquelles de l'attaque et de nombreuses vitres avaient été détruites. Tout en marchant le plus innocemment possible, il se remémora sa toute première venue. Emmené contre son gré, on lui avait bandé les yeux et conduit dans ce grand immeuble. Malgré toutes ces précautions, S avait calculé la durée du trajet ainsi que le nombre de virages. Tactique de base du chasseur de primes. Quand tu n'as plus l'usage de tes yeux, sers-toi de tes autres sens.
Pour un centre-ville, les rues étaient très calmes, trop calmes estimait S. Sur ses gardes, il s'approcha de l'entrée. Il vit qu'une voiture de policiers était stationnée juste en face de celle-ci. Il fit comme si de rien n'était et entra. À l'intérieur, un grand hall. L'immeuble abritait de nombreuses sociétés ainsi qu'un hôtel de luxe. S remarqua que la plaque indiquant le nom de la société factice de ses employeurs avait disparu. Il hésita quelques instants avant de poursuivre. Les policiers avaient probablement fait le ménage ainsi que les fédéraux avant eux. Il ne devait rester plus rien. Au diable l'avarice, se dit-il. La chance semblait être de son côté, pourquoi ne pas poursuivre l'avantage ? Aucun danger en vue, il prit l'ascenseur et se rendit au onzième étage.
Arrivé à destination, il prit les escaliers après avoir traversé un long couloir, lui aussi, désert. Il monta jusqu'au seizième étage et ouvrit lentement la porte d'accès. Il patienta quelques minutes, puis il avança lentement. Il ne vit que des couloirs et des bureaux. Il retrouva l'ascenseur afin d'avoir un point de repère et il reprit son chemin vers les lieux de l'attaque. De nombreux gravats et éclats de verres jalonnaient le passage. Deux policiers ventripotents étaient stationnés devant la porte. Les faire bouger n'allait pas être chose facile. Il se recoiffa et sortit de son portefeuille une carte de presse trafiquée. Devant un tel public, sa prestation serait crédible. Il avança confiant et déterminé. Au pire, quelques coups de pieds bien placés seraient distribués.
  • Bonjour, messieurs, je m'appelle Jack Slater et je travaille pour le Télégraphe ! Vous permettez que j'entre pour prendre quelques clichés ? C'est pour un reportage.
Les policiers l'examinèrent. Ils ne savaient pas quoi chercher, mais ils devaient faire au moins semblant. Leur crédibilité en dépendait. Celui qui était le chef tripota la carte de presse de S quelques instants puis lui rendit avec son accord. S lui sourit naïvement et entra dans le bureau dévasté. Son appareil photo numérique à la main, il prit de multiples clichés en espérant y découvrir des pistes ultérieurement. Après plusieurs minutes, il se rendit compte qu'il tournait en rond inutilement et que le ménage avait été fait. Cruelle déception. Tout ce temps perdu et le gamin éloigné.
  • Je croyais que le Télégraphe avait déjà couvert l'événement ?
S se retourna brusquement. Il n'avait pas vu l'homme entrer. Imperméable, lunettes fines, regard fixe, pas de doute, il s'agissait d'un inspecteur. Ça commençait à se gâter pour S.
  • Slater c'est ça ? Vous permettez ?
Il pointa la carte de presse que S avait accrochée sur son blouson. Celui-ci lui donna sans hésiter tout en se rapprochant doucement de la sortie. En cas de doute, la fuite semblait la solution la plus adéquate. L'inspecteur examina la carte. Il semblait perplexe.
  • Vous n'avez pas répondu. Vous avez déjà publié un article sur cette attaque. Pourquoi revenir ?
  • En fait, c'est à cause d'un de nos stagiaires. Il a effacé les clichés. Du coup, je viens en refaire. C'est toujours pareil avec ces stagiaires. Ils veulent trop en faire et du coup, ils se plantent. Vous avez sûrement le même problème avec vos recrues, non ?
  • Oui, effectivement.
L'inspecteur lui rendit la carte. Il sourit, l'ambiance se détendit et S les salua avant de repartir sans regarder derrière lui. Décidément, c'était son jour de chance. Juste après son départ, le portable de l'inspecteur sonna. Il décrocha. Un de ses adjoints lui demanda de venir immédiatement. Il venait de finir de visionner les caméras de surveillance et il avait découvert la présence d'un homme et d'un enfant sur les lieux de l'attaque peu de temps avant celle-ci. L'inspecteur raccrocha et se dirigea, lui aussi, vers la sortie. Il fut étonné de ne pas recroiser le journaliste. Celui-ci devait être sacrément pressé se dit-il. Pour rien au monde, il aurait voulu en être un.

L'enfant dormait paisiblement. Elle ne pouvait s'empêcher de le regarder. Elle lui trouvait un petit air de ressemblance avec son fils. Même si celui-ci l'avait nié tout à l'heure, Rachel savait que son fils lui cachait quelque chose. Cependant, elle ne s'inquiétait pas. Elle avait l'habitude des arrivées surprises d'Angus. Et puis, l'enfant semblait si calme, si apaisé. Comment ne pas être comme lui ? Si les choses étaient plus graves, il ne pourrait pas dormir si facilement, non ? Bien sûr, elle trouvait le métier de son fils trop dangereux. Chasseur de primes, quelle idée ? Pourtant, il avait bien essayé de trouver un travail moins pénible et plus tranquille, mais à son retour de l'armée, le gouvernement le laissa seul, sans aide. Après avoir donné plus de quinze ans de sa vie, il était livré à lui-même. Pas une structure d'accueil, pas une personne à s'adresser. Trop vieux pour entrer dans la police, il devint agent de sécurité, mais il était sous-payé. « Je ne sais faire que chasser », répétait-il sans cesse à sa mère. Alors, il décida d'en faire son métier et de devenir chasseur de primes.
De temps en temps, il lui arrivait aussi de tremper dans de sales affaires, mais elle se fit une raison. Jamais son fils n'aurait une vie facile. Aussi, quand il lui présenta Diane, elle était ravie et enchantée. Diane était une fille très gentille. Elle avait un travail honnête dans le milieu artistique. Elle s'occupait de jeunes talents, de chanteurs et de danseurs. Rachel était heureuse pour son fils. Tout semblait aller pour le mieux. Mais, depuis quelques semaines, plus aucune nouvelle de Diane. Angus ne lui expliqua rien et malgré ses questions, aucun commentaire. Le petit enfant était peut-être l'explication. Il devait discuter avec elle en ce moment et il avait préféré éloigner le petit. Pourvu que la discussion ne s'envenime pas entre les deux amoureux, songea-t-elle. Elle quitta la chambre où dormait l'enfant et retourna devant sa télévision. Il était très tard, mais toute cette agitation l'empêchait de trouver le sommeil.

Niveau 26. Couloir B. Salle 42. Deux hommes sont assis face à face à un bureau. Le premier est un scientifique, Robert Pryor. Son travail est de gérer le secteur des réanimations. Depuis quelques temps, les clones ne réagissent plus comme avant. Ils deviennent résistants aux produits chimiques et ils se réveillent de plus en plus tôt. Les protocoles de surveillance ont été modifiés, mais cela reste inquiétant. Son patron est face à lui. Il s'inquiète aussi de la situation, mais il n'est pas là pour en discuter. Il est là pour tout autre chose. Il veut réveiller Bacchus.
  • Je ne sais pas si c'est le meilleur moment pour lancer une telle opération.
  • On ne vous demande pas votre opinion. Il faut réveiller Bacchus. Nous sommes arrivés à un tel point que nous n'avons pas d'autre solution. Le maître exige des résultats. Nous n'avons plus le temps.
  • Pourtant, il reste l'enfant. Celui qui a été enlevé.
  • C'est trop tard. Nos tentatives pour le ramener ont toutes échoué. D'autant plus qu'il se sert de ses pouvoirs lui aussi. Il ne les contrôle pas entièrement, mais il apprend vite. Il est trop tard pour organiser une nouvelle expédition. C'est pour ça qu'il faut réveiller Bacchus.
  • Mais ses pouvoirs sont énormes. A chaque fois que nous l'avons réveillé, nous avons eu plus de mal pour le contrôler que la fois précédente.
  • Je sais cela et le maître aussi. Mais l'heure n'est plus à la discussion, nous devons agir.
Les deux hommes se levèrent et quittèrent la pièce. Ils traversèrent un long couloir et prirent un ascenseur, direction le niveau 31. Les portes s'ouvrirent amenant les deux hommes directement à l'intérieur d'une grande pièce dont le mur d'en face n'était qu'une vitre. Dans la pièce trois autres scientifiques examinaient la console et les multiples appareils de mesures et de contrôle. L'homme au costume avança et regarda au travers de la vitre. Il vit un immense entrepôt complètement vide à l'exception d'un homme assis en plein milieu avec un casque sur sa tête.
  • Comment va-t-il, demanda Pryor ?
  • Tout est normal, lui répondit un des trois autres scientifiques.
  • Je vais lui parler.
  • Vous êtes sûr Gambers ?
  • Absolument, commencez le protocole de réveil.



1...34567...12

Copyright Emmanuel Blas ©. Tous droits réservés. http://www.omnitempus.quelquesraresqualites.frPartenaires : Fleurs de Sakura Manga | Fleurs de Sakura Comics
Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS
mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas