Cycle 1

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Chapitre huit : Urgences


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Cela faisait près de vingt minutes que ces mots ricochaient dans son esprit « il va me tuer, il va me tuer ». S n'entendait même plus le bruit du trafic routier, ni même les klaxons de protestations qui ponctuaient chacun des virages qu'il empruntait. Ne respectant pas la signalisation, il roulait à toute allure en direction de Dakota 5. Il ne parvenait pas à se calmer. Les dernières paroles de sa mère ne faisaient que passer en boucle dans son esprit. Il vit aussi l'enfant puis l'agent fédéral à leur poursuite. L'explosion au Toronto Plazza. Il lui était impossible de penser et de réfléchir, la seule chose qui comptait à présent était de retrouver sa mère saine et sauve. Il brancha son radio émetteur afin de capter les messages des policiers. Tous les agents disponibles devaient se rendre là où habitait sa mère. S apprit qu'une terrible explosion venait de ravager un ensemble de maisons. Les urgences et les pompiers étaient aussi exigés. Pas de doute, il devait y avoir des morts et des blessés. S éteignit sa radio et accéléra à nouveau, provoquant de nombreux crissements de pneus et un petit carambolage à une intersection.
Après une course effrénée, S arriva à destination, mais il fut bloqué à quelques pâtés de maisons. Les policiers et les secouristes avaient installé des barrages afin de faciliter leur travail. S vit devant lui une fumée noire se répandre dans le ciel. Les pompiers étaient en train d'éteindre le sinistre. Il vit aussi des hélicoptères des chaînes de télé locales. Tout était déjà filmé en direct et passé sans doute en boucle. S eut sa gorge nouée. Pas de doute, sa mère avait dû être touchée. Il sortit de son véhicule et resta debout, immobile quelques secondes. La journée venait de commencer et le ciel était bleu, calme, apaisant. Un léger vent soufflait sur le visage de S. Il contemplait ce nuage se déchirer lentement au contact du vent, cela avait presque une certaine poésie comme après un terrible orage. Et si tout était fini ? Et si les fédéraux avaient décidé de tout raser sans se poser de questions ? Il fallait qu'il sache. Il prit sa fausse carte de presse et laissa sa voiture sur le côté. Il s'approcha d'un des policiers qui empêchait la foule d'approcher. Il lui montra sa carte, mais ce dernier n'accepta pas de la laisser passer.
  • Donnez-moi au moins quelques infos. Y a-t-il des blessés ? Et où ont-ils été envoyés ? J'ai un papier à rendre moi.
  • OK, OK… je sais seulement que les blessés ont été envoyés à l'hôpital du coin, le Bridge Hospital je crois.
Sans le remercier S repartit aussitôt vers sa voiture et fit demi-tour en quelques secondes. Il reprit la bretelle autoroutière et la quitta au bout de cinq minutes. Les autres véhicules ne cessaient de le klaxonner. Un coin de sa conscience lui recommanda une plus grande prudence. Les fédéraux devaient sûrement l'attendre ou, du moins, ils surveillaient certainement la zone. Il devait se calmer et réfléchir. Une entrée en scène spectaculaire ne le conduirait qu'à sa perte.
C'était la panique au Bridge Hospital. Les civières circulaient difficilement. Les médecins couraient dans tous les sens et David Petersen fut bousculé à de nombreuses reprises avant d'atteindre enfin l'accueil. L'infirmière derrière le comptoir hurlait au téléphone que l'hôpital n'acceptait plus de nouveaux patients. Désormais les secours devaient se rendre dans des hôpitaux plus éloignés de l'accident. Faussement agacé, Petersen lui présenta sa carte de police en espérant obtenir son attention. Elle raccrocha après plusieurs autres vociférations.
  • C'est pourquoi, lui demanda-t-elle exténuée ?
  • Je cherche une patiente du nom de Rachel Mc Coy, elle a été victime de l'explosion. J'aimerais savoir où vous l'avez mise.
  • Attendez un instant, elle pianota sur le clavier de son ordinateur. Elle est ici, mais j'ignore dans quel bloc. Demandez aux médecins.
Petersen lui sourit et la laissa reprendre son téléphone qui venait de se remettre à sonner. L'inspecteur regarda tout autour de lui. Faire le tour des urgences allait lui prendre pas mal de temps, mais avait-il le choix ? Il croisa intérieurement les doigts. « Pourvu qu'elle soit au moins vivante pour que j'en sache un peu plus ». Il prit son courage à deux mains et se glissa dans le premier couloir, à gauche de l'accueil. À peine eut-il fait quelques pas que ce fut au tour de S de venir s'adresser à l'infirmière débordée.
  • Je suis journaliste pour le Télégraphe, vous avez des infos à me communiquer ?
  • Écoutez, pour l'instant, nous sommes dé-bor-dés, alors revenez plus tard !
  • Dites-moi au moins s'il y a eu des enfants blessés. Un petit garçon, une petite fille… allez faites un geste, il lui montra quelques billets, je serais discret. Je prends quelques clichés et je fais juste un petit papier, s'il vous plaît…
  • OK, elle prit les billets et retourna à son ordinateur. On a emmené au premier, en pédiatrie, un gamin. Quatre, cinq ans, inconscient.
  • Pas d'autre garçon ? Vous êtes sûre ?
  • Absolument !
S la remercia et se faufila à travers la fourmilière urgentiste pour atteindre les escaliers. Il monta jusqu'au premier étage et se dirigea vers la pédiatrie. Rasant les murs, il chercha une chambre gardée. Le gamin avait probablement été amené ici soit par la police, soit par les fédéraux. Dans les deux cas, un homme armé devait faire le pied de grue devant. Après quelques minutes d'espionnage bas de gamme, il vit, comme il le pensait, deux hommes, et non un, en costumes noirs devant une chambre. Le gamin était là. La manière forte était exclue. S ignorait, en effet, dans quel état se trouvait le gamin. Courir avec un tel bagage dans les couloirs bondés de l'hôpital était perdu d'avance. Quant à la technique du journaliste, elle n'avait aucune chance de réussite face à ces deux charmants tueurs fédéraux. Ne restait plus que l'improvisation et S, comme tous les chasseurs de primes, détestait l'improvisation.
Après plusieurs tentatives infructueuses et des cris de docteur agacés d'être dérangés, Petersen se résigna à rechercher Rachel Mc Coy uniquement par les yeux. Il fit le tour des urgences en évitant les infirmières rageuses et les brancards. L'explosion avait rasé plusieurs maisons vu le nombre de victimes brûlées. Environ une dizaine de personnes étaient en soins intensifs et les hurlements de douleurs résonnaient dans chaque recoin de l'hôpital. Habitué pourtant au sang et à la violence, Petersen se sentait mal à l'aise et s'apprêtait à abandonner lorsqu'il vit un agent fédéral posté devant la porte d'une chambre.
  • Bonjour, inspecteur Petersen, il présenta sa carte à l'agent qui la scruta rigoureusement. Une personne à protéger ?
  • Désolé, je ne suis pas habilité à vous répondre.
  • Oh, mais ne vous fâchez pas, agent (il lit sa carte accrochée à sa veste) Connors. On est du même côté. Je trouve juste surprenant de vous voir ici après un tel événement.
  • Comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas…
L'agent s'arrêta net. Quelqu'un communiquait avec lui par l'intermédiaire de son oreillette et ce qu'il entendait le mit hors de lui. Il demanda à ses collègues de venir le rejoindre immédiatement. Petersen fit quelques pas en arrière. Connors ne faisait même plus attention à lui. Deux autres agents les rejoignirent et Connors leur exigea de rester sur place. Puis il se mit à courir vers la sortie, Petersen voulut le suivre, mais un des agents le saisit par l'épaule en lui disant que ce n'était pas ses affaires et qu'il ferait mieux de ne plus bouger. Le policier comprit qu'il devait obéir. Tout cela le dépassait pour le moment.
Une fois dehors, Connors prit la direction du parking et démarra sa voiture. Il alluma son ordinateur de bord et il capta le signal de la puce qu'il avait injectée dans le corps du garçon après l'avoir extrait des décombres de l'accident. Sans tenir compte des autres véhicules, Connors retrouva facilement la trace de S. Ce dernier, essoufflé après sa course avec le garçon dans ses bras, repéra la voiture fédérale de Connors. Une fois encore, il roula à contresens et en grillant les feux rouges. Il ne cessait d'accélérer à travers les rues de Dakota 5, mais sa voiture n'égalait pas celle de son poursuivant qui réussit à le rattraper. Connors fit descendre sa vitre côté passager et fit feu de son arme. Protégé par ses vitres à haute densité, les coups n'atteignirent pas S qui ne put malgré tout se baisser par pur réflexe. Il vit, à une vingtaine de mètres devant lui, un croisement sur lequel était déjà engagé un poids lourd avec une citerne. Il freina comme jamais. Connors surprit, ne comprit pas la manœuvre et il vit le camion à sa gauche trop tard. Il ne put l'éviter et une forte explosion l'emporta lui et le conducteur.
S observa la scène quelques secondes. Il se tourna vers l'enfant qui était sain et sauf. Habillé d'un simple pyjama d'hôpital et d'une couverture, il sourit à S et il lui montra sa tête avec son index gauche. S ne chercha pas la signification exacte de cet énième message codé du garçon et reprit sa course à travers la ville pour échapper aux fédéraux qui n'allaient sûrement pas le lâcher si facilement.



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