Cycle 2

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Chapitre un : Jamais tranquilles


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S avait décidé de prendre la direction de l'ouest. Il avait roulé plusieurs heures sans se reposer tout en supportant les questions du Rat. Mais, la tolérance humaine a des limites qui sont d'autant plus basses lorsque l'estomac est vide. Après toutes ses aventures, S n'avait presque pas mangé. La nature est plus forte que tout. Il opta pour un petit snack situé dans une aire de repos. Tout ce qui a de plus classique. Ils prirent des hamburgers et des frites ainsi que des sodas. L'heure n'était pas à la diététique, mais à l'efficacité. Le Rat se tut enfin pendant quelques minutes permettant aux neurones de S de s'imprégner du lieu. Il vit quelques camionneurs mécontents. Il entendit leurs conversations. L'un d'entre eux évoquait le blocage des villes suite aux attentats survenus à New City 4. Une télévision diffusait un débat sur les attentats en question. Il semblait que le métro avait été la cible de terroristes. De nombreuses victimes étaient à déplorer. S n'entendit pas le nombre exact.
  • Ils parlent de quoi, demanda le Rat ?
  • Des attentats.
  • On a eu chaud. Un peu plus et on était coincés.
  • Une sacrée chance.
  • Ben quoi ? Ça devrait te faire plaisir, non ?
  • Depuis le début, j'ai appris à me méfier. J'ai vu trop d'agents fédéraux ces temps-ci pour croire au hasard.
  • Ça veut dire quoi ça ?
  • Ça veut dire que cette histoire d'attentat est trop bizarre, c'est pas normal.
  • C'est vrai qu'avoir un gamin qui ralentit le temps et qui a des dons surnaturels, c'est très normal.
  • Tu sais très bien ce que je veux dire. Ils ont quand même attaqué un immeuble en plein centre ville, sans parler de ma mère…
  • Je sais, suis vraiment désolé…
S redevint silencieux et replongea son regard dans les images virtuelles de la télé. Il ne pouvait pas craquer. Ils étaient encore trop proches des autres, des fédéraux, des ennemis. Il craquerait plus tard. Il s'excusa intérieurement auprès de sa mère. Il entendit un haussement de voix. À deux tables d'eux, un couple discutait fortement. S ne comprenait pas le sens de la conversation, mais l'homme qu'il voyait de dos semblait de plus en plus nerveux.
  • Et après on va où ?
  • Le désert, dit l'enfant qui mangeait ses frites une à une, très lentement, comme s'il les dégustait.
  • Oui, ça je sais, le désert, mais on pourrait pas être plus précis. C'est que c'est un peu vaste le désert. Ouh, ouh, S, t'es avec nous ?
  • Quoi ?
  • C'est quoi la prochaine étape ? Trouduc City ? Nowhere Land ? On va pas errer comme ça, sans savoir où on va ?
  • Pour l'instant, on se tire. Finissez de manger, je reviens, dit le chasseur avant de se lever.
  • Et voilà, c'est toujours comme ça avec lui, jamais de réponse claire et nette. Vous êtes fait pour vous entendre tous les deux. Ou alors, c'est toi qui déteins sur lui.
  • Il faut aller dans…
  • Le désert, non mais ça va, j'suis peut-être pas un génie, mais j'avais compris. Non mais, pour qui il me prend ce morveux ? Purée ces jeunes, plus aucun respect, vraiment n'importe quoi.
S traversa la salle en passant tranquillement près du couple afin de bien les observer. Au premier regard, il comprit qu'il s'agissait de junkies. La fille avait les cheveux gras, blonds. Ses yeux ainsi que ses traits très tirés montraient clairement son état de manque. Elle était très maigre et peu attentive à ce que lui disait son compagnon. S ne se retourna pas pour voir ce dernier. Inutile d'attirer son attention. S poursuivit sa petite traversée en direction des toilettes. Il croisa deux autres camionneurs qui sentaient la sueur du transporteur obèse et mécontent. Le snack était évidemment non-fumeur, pourtant l'odeur du tabac froid planait partout. S aurait bien aimé en griller une.

  • T'as bien compris bébé, demanda Eric à Sofia, tu te lèves, tu montes sur la table et tu cries, ok ? Tout ira bien, j'te le promets.
Sofia ne l'écoutait pas. Plongée dans ses pensées, elle entendait à peine la télé qui vociférait ses bruits et ses paroles. Elle n'avait plus la moindre force. Elle ne voyait même pas les regards baveux des conducteurs de camions qui s'imaginaient mille et uns scénarios dans lesquels elle était leur jouet sexuel, leur esclave. Elle avait si souvent vendu son corps qu'elle ne faisait plus attention à ce qu'elle considérait depuis trop longtemps comme des détails. Elle savait même plus ou elle était. Le garçon en face d'elle, qui était-il ? Si, cela lui revenait, c'était Eric, son ami, son petit copain ou son ex, quelle importance ? Il lui avait promis une dose, une grosse dose. C'était pour ça qu'elle était venue avec lui dans ce restaurant, bar-café, snack ou autre, quelle importance ?
  • Et une fois qu'on aura pris la caisse, on prend la tangente et on file fissa sur New City, te bile pas, Darko me filera la came, y a pas de problème bébé. Et puis, avec le reste de l'argent, on pourra s'acheter des trucs, des fringues. J'pourrais finir ma toile, j'pourrais gagner un peu de thune. Tu vas voir bébé, faut juste que tu te lèves, que tu cries un bon coup et ça ira. J'ai le flingue et avec ça bébé, ils vont plus rien dire. Le patron va obéir direct. Il aura trop les jetons. La pétoche qu'il va avoir ce gros lard. Devra donner le blé illico. Allez bébé, montre leur, montre leur qui sont les chefs, fonce bébé, fonce !
Sofia se leva. Elle resta immobile quelques instants. Personne ne réagit excepté les camionneurs qui fantasmaient sur elle. Elle les observa. Éric trépignait sur son siège. Le temps sembla se figer. Elle remarqua un enfant assis deux tables plus loin. Ils se regardèrent, puis elle fit ce qu'elle devait faire.

Quand S sortit du semblant de toilettes du snack, il entendit une voix s'élever. Quelqu'un menaçait les clients et exigeait la caisse. « Pourquoi je ne peux pas avoir un moment de répit ? » se demanda le chasseur. À croire qu'une malédiction s'était abattu sur lui. Mais S n'avait pas le temps de se plaindre. Le gosse était là-bas, seul et il ne fallait pas compter sur le Rat pour le protéger. Il sortit son arme et approcha lentement de la grande salle. Il reconnut la jeune droguée, debout sur sa table, son ami bougeait dans tous les sens, un pistolet à la main. Il gesticulait et criait sur tout le monde. Celui-là, il n'avait aucune chance face à S qui se décida à entrer dans la pièce sans la moindre hésitation en direction du junkie armé. Éric vociféra des menaces sur S en tentant de viser, mais c'était trop tard. S s'arrêta à trois mètres de lui et fit feu en pleine poitrine. Le braqueur fut projeté en arrière et il percuta une des tables. Sofia réalisa qu'elle n'allait pas avoir sa dose à cause de l'irruption de S. Son sang se mit à bouillir. Elle descendit de la table et se jeta sur S. Le chasseur la frappa avec son arme avant de lui donner un coup de pied pour la faire tomber. Elle ne se releva pas.
  • On dégage, dit S à ses compagnons.
Tous les clients du snack étaient médusés. Ils ne réagirent pas quand S, le Rat et l'enfant quittèrent les lieux. Le patron ne protesta pas, personne ne s'inquiéta de cet usage de la force qui aurait pu être évité. Ils regardèrent tous Eric puis la jeune fille qui commença à se réveiller. Deux camionneurs se regardèrent. Leurs pensées sadiques s'intensifièrent. Qui pourrait les arrêter ? Qui dirait quelque chose ?

  • Ça répond toujours pas à ma question, on va où maintenant, demanda le Rat en rentrant à l'intérieur de la Vectra ?
  • Loin d'ici, quelqu'un va sûrement appeler la police et puis avec les caméras de surveillance, il vaut mieux partir.
  • De toute façon, elles ne marchaient pas.
  • Je tiens pas à parier là-dessus, surtout après ça.
La voiture démarra rapidement et S reprit l'autoroute, toujours en direction de l'ouest.
  • Je suis désolé d'insister, mais est-ce que l'un de vous deux a une petite idée sur l'endroit où l'on va ? Je sais que c'est une idée qui peut paraître farfelue, mais j'aimerais quand même savoir.
  • J'ai des vieilles connaissances qui pourront peut-être nous héberger chez elles, mais on n'y sera pas avant quelques jours.
  • Ah ben voilà, enfin une réponse claire. C'était quand même pas difficile !
  • Tiens, prend ma carte, remets-moi des crédits dessus.
S donna sa carte de crédit au Rat qui l'inséra sur son ordinateur portable.
  • Tu en veux combien ?
  • Pas trop, faut pas que mon banquier s'affole, il pourrait alerter les autorités. Mets juste deux mille sur le compte.
  • Et c'est parti, j'ai le plaisir de vous annoncer cher monsieur S que votre compte vient d'être crédité de deux mille crédits. Pas belle la vie.
Le Rat poussa quelques petits cris d'autosatisfaction. Cette aventure bien que très imprévue, lui redonnait petit à petit goût à la vie. Mais, il ignorait que sa connexion illégale à la banque de S avait été captée par des personnes bien décidés à les arrêter. Sans le savoir le Rat avait peut-être commis une très grave erreur.

© Emmanuel Blas


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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas