Cycle 2

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Chapitre dix : Vive les blondes !


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Le Rat n'aimait pas la violence. Tout petit déjà, dans la cour de son école, il ne se frottait pas autres. Du moins, ce n'était pas lui qui provoquait les bagarres, il les subissait. Durant toute sa scolarité, il avait fui devant l'ennemi. Il avait fui face à James Renote quand celui-ci le harcelait avec son élastique surdimensionné qu'il balançait sur le visage de ses camarades. Il avait fui face à Dominic Sullivan qui avait comme unique passe-temps de frapper à coup de fourchette tous ceux qui refusaient de lui donner leur dessert. Mais le Rat continua à fuir même après l'école. Il fuit face aux filles de l'université, il fuit aussi son professeur de mathématiques qui lui proposa un poste d'enseignant. Il ne pourrait pas y arriver, pensait-il. Il regrettait encore cette erreur. Le seul moment de sa vie finalement où il ne fuit pas fut quand sa future ex-femme lui demanda de l'emmener au cinéma voir une rétrospective de Stanley Kubrick pour la première fois. Et, malheureusement, il aurait dû fuir cette fois là. Douze ans de mariage forcé, de cris, de disputes et de vaisselle brisée.
Aussi, il appréciait le combat que menait S. C'était ce dernier qui prenait les coups et pas lui. Certes, son attitude était d'une lâcheté considérable, mais que pouvait-il faire d'autres ? Il avait déjà demandé au garçon d'intervenir, mais celui-ci semblait, une fois encore, être pris d'une crise mystique particulièrement aiguë. Il répétait inlassablement qu'un prêtre allait venir. Pensait-il à la mort ou à se confesser ? Le Rat refusa de lui demander. Non, il ne pouvait vraiment rien faire d'autre. Se jeter dans la bataille à corps perdu ? C'était une mauvaise idée et puis, il gênerait S qui, d'ailleurs, se débrouillait plutôt pas mal. Après avoir stoppé la Vectra, il était descendu et avait prévenu ses passagers de ne pas bouger. Voilà l'excuse toute trouvée, se dit le Rat. Il m'a demandé de rester là ! Au moins S ne pourrait pas râler.
Honnêtement S s'en sortait bien. Il avait discuté quelques minutes avec la jeune femme vêtue de cuir tendance SM de banlieue sud-ouest. Puis de charmants gardes du corps habillé en agents MIB du FIB se ruèrent sur le chasseur de primes. Et à cet instant précis, S était en train de décoller la mâchoire du dernier. En tout, ils étaient sept, mis sur le carreau, du moins sur le bitume, en moins de cinq minutes. Le Rat regretta de ne pas avoir été à la même école que S dans sa jeunesse. Celle-ci aurait été sans doute plus apaisée.
Une fois le dernier client mis au tapis, S se retourna vers Erika qui était restée derrière sa voiture. Il l'observa quelques instants. Elle n'avait pas changé même après toutes ces années. Toujours la même mèche rebelle au beau milieu du visage. Toujours ce même petit grain de beauté au coin gauche de la lèvre supérieure. Son goût vestimentaire était, lui aussi, resté le même, avec ce faible pour les tenues en cuir très moulantes. Lui, qui s'était promis de l'oublier, commençait à ressentir cette terrible envie de la saisir et de la serrer contre son corps.
  • Ton recrutement laisse à désirer, parvint-il à prononcer, un peu d'humour pour soulager la tension.
  • Je sais, la main d'œuvre d'aujourd'hui ne vaut pas celle d'hier.
  • Tu as retrouvé la buse au fait ?
  • Oui, les vautours n'en voulaient pas.
  • Il n'a jamais eu de chance.
  • Même pas fichu de réussir sa mort.
  • Et toi dans tout ça ?
  • Moi, tu sais, je vais et je viens.
  • Tu vends toujours tes services au plus offrant ?
  • Mais, c'est la seule chose que je sache faire.
À peine eut-elle fini sa phrase qu'elle s'envola dans les airs, au-dessus de sa voiture noire. Le temps sembla se figer l'espace de quelques instants. Son corps resta suspendu, puis il retomba derrière S. Le Rat s'exclama. Bon d'accord, c'était elle la méchante, mais quand c'est bien faut le dire. « Au moins cette fille a la classe ». Erika profita de son petit effet pour attaquer S. Une succession de prises de karaté-kung-fu-machin bidule s'abattit sur la chasseuse de primes qui, sans se laisser démonter, parvint à les esquiver les unes après les autres. Erika s'arrêta, constatant que son ancien amant n'avait pas changé.
  • En forme à ce que je vois.
  • Je te retourne le compliment. Et on peut savoir où ça nous mène tout ça ?
  • Mais à nous mon chéri.
Et à nouveau une pluie de coups dans tous les sens. Le Rat avait du mal à distinguer qui frappait qui tellement les deux adversaires allaient vite. « Ils auraient dû être danseurs ». Il hésita à sortir pour les applaudir. S se serait encore énervé.
  • Tu sais Erika que ça peut durer des heures.
  • Mais j'ai tout mon temps contrairement à toi.
  • Tu les as prévenus.
  • Tu sais que j'aime partager.
  • Ça oui, je le sais.
  • Ça te déplaît ? Pourtant, il y a une époque où tu ne disais pas non.
  • Et il y a une époque où tu réfléchissais.
  • Tu as raison, c'était avant de te connaître.
  • Mais bon sang, tu es donc si aveugle. Tu ne vois donc pas qu'ils vont te tuer après !
  • Tu crois vraiment que c'est important pour moi.
Elle réussit enfin à le toucher. En plein visage. S tomba. Il cracha un peu de sang. Un - zéro pour la dame en cuir. « Petit, tu devrais peut-être arrêter de réciter ton catéchisme et regarder ce qu'il se passe autour de toi ». Le Rat avait beau essayer de raisonner le garçon, il refusait de l'écouter. Il ne parlait que du prêtre. Fallait-il le gifler pour le réveiller ? Que faire ?
  • Tu crois que je ne sais pas à qui j'ai à faire, demanda Erika tout en donnant un coup de pied sur le visage de S ?
  • Tu as tort. Laisse-nous partir, prononça S difficilement.
  • Partir, partir. C'est tout ce que tu sais faire.
Soudain Erika entendit un cri. Le Rat, dans un effort désespéré pour sa survie, se jeta sur son dos. Il sentait mauvais et pendant quelques secondes, il réussit à distraire la mercenaire.
  • Tu comprends machine, je peux pas te laisser faire ! Solidarité masculine. Et puis, comparé à mon ex, tu fais un peu pitié.
Erika le saisit et réussit à le faire tomber devant elle. Malgré le choc, il se releva aussitôt.
  • C'est tout ce que tu sais faire ? Ben dis donc, pour une femme habillée comme ça, c'est vachement décevant.
Le Rat fonça vers elle, mais elle le saisit par les bras et l'envoya contre le pare-brise de la Vectra. Il retomba lourdement sur le sol comme un gros sac de pommes de terre.
  • Jolie maîtresse, souffla-t-il avant de s'évanouir.
  • Ton recrutement laisse à désirer, dit Erika à S qui se remit debout.
  • Bon, fini les conneries. J'ai autre chose à faire.
Erika lui donna un coup de poing, mais S repoussa l'assaut et il colla une belle droite bien sentie. La mâchoire de la femme se brisa et elle s'écroula sous la violence du coup.
  • Espèce d'enfoiré, réussit-elle à dire avant de s'évanouir.
  • À ton service.
S retourna auprès du Rat qui se remit de ses émotions.
  • Ben dis donc, une sacrée coquine ta copine. T'en connais pas d'autres ?
  • Crois-moi, ça ne vaut pas le coup.
Contrairement à ce que les deux hommes pensaient, l'épisode n'était pas encore fini. Certes, ils avaient réussi à repousser l'attaque d'Erika Zéro, mais il manquait encore le rebondissement final. Le sol se mit à trembler brutalement, sans prévenir. Contrairement à ce que pensait le Rat, ce n'était pas une spécialité locale. Bien sûr, les tremblements de terre en plein désert existent, mais c'était beaucoup plus surprenant et sans aucune raison scientifique. À quelques mètres des voitures, une faille se creusa dans le sol. Elle se creusa rapidement avant d'atteindre plusieurs mètres de profondeur. Le sable, la poussière et quelques rochers s'y engouffrèrent. Puis, à la grande stupéfaction des deux hommes, une église émergea lentement. Elle avait tout pour plaire et séduire les fidèles. Un clocher, des vitraux, des petites gargouilles et une porte en bois de trois mètres de haut, signe de gravité et de puissance.
L'opération aussi inimaginable qu'elle puisse paraître dura quelques minutes qui semblèrent et c'est peu de le dire, une éternité. Quand elle fut terminée et que l'église fut totalement extraite des entrailles de la terre, un profond silence s'abattit. Même les coyotes n'osèrent se prononcer sur l'état de la question. Seul le Rat émit une hypothèse.
  • Bon, ben, je crois qu'on est mort là, non ?
  • Putain, mais c'est quoi ce bordel ?
À peine S eut-il fini sa question que la grande porte sombre de l'église s'ouvrit. Une silhouette se présenta devant eux. L'homme était grand, très grand et mince aussi. Il resta dans la pénombre. Il prononça une phrase en guise de réponse au chasseur de primes d'une voix lourde, grave et rocailleuse.
  • Qui ose blasphémer devant la maison de Dieu ?

© Emmanuel Blas





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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas