Cycle 2

1...89101112

Chapitre onze : Pourquoi les pigeons font-ils leurs besoins au pied des églises ?


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape


En dépit d'une situation critique et susceptible de virer rapidement au drame, c'était la question qui vint immédiatement à l'esprit du Rat. Il aurait très bien pu s'interroger sur le fait qu'une église venait de sortir de terre ou sur la destinée de l'humanité face au péril extraterrestre imminent. Mais non, son cerveau ne semblait pas capable de penser raisonnablement et il préférait se questionner sur des futilités. C'était sans doute les coups d'Erika Zéro qui avait mis à mal ses neurones ou alors son je m'en foutisme légendaire comme aurait pu lui dire son ex-femme.
  • Donnez-moi l'enfant et il ne vous sera fait aucun mal.
  • On peut savoir ce que c'est que tout ce bazar, exigea S ? Et puis qui êtes-vous ?
  • Je suis le père Grégoire et je viens ramener l'enfant chez lui.
Le prêtre descendit les quelques marches qui le séparaient du sol désertique. Il était mince et très grand. Son crâne chauve et son teint cadavérique impressionnèrent le Rat qui eut un haut-le-coeur. Il n'avait jamais été très religieux et ce n'était pas cette vision peu rassurante du paradis qui allait le convertir. L'enfant aussi ne semblait pas apprécier cette soudaine apparition. Son visage angélique se renferma et son regard devint sombre, aussi sombre que l'enfer. Le Rat frissonna tandis que S s'approcha du père Grégoire.
  • Personne ne touche au gamin.
  • Pardonne leur seigneur, ils ne savent pas ce qu'ils disent, dit le prêtre en levant les mains au ciel. Dans ce cas, je vais devoir agir.
Un éclair vint soudainement frapper en pleine poitrine le chasseur de primes qui se retrouva à nouveau au sol. Le Rat se précipita vers lui pour l'aider.
  • Petit, je crois que tu vas devoir faire quelque chose maintenant !

Petersen comprit immédiatement la situation. Il reconnut les fédéraux et Gambers. La mine réjouie de Mac Willing qui les accompagnait équivalait à un long discours. Il se leva et fit signe qu'il se rendait.
  • Voilà ce qui arrive aux fouilles merdes comme vous, lui glissa néanmoins son ancien patron avant de le voir quitter les lieux.
  • À moi aussi vous allez me manquer patron, lui répondit Petersen avec un large sourire de satisfaction.
  • Assez, claqua Gambers ! On a assez perdu de temps comme ça. Emmenez-le ! Et vous Mac Willing, tâchez cette fois de garder ça pour vous.
Les fédéraux et leurs prisonniers quittèrent le commissariat du 27e en direction de leurs locaux. Sur le chemin des véhicules, Petersen glissa à Gambers.
  • Vous savez, libre à vous de me torturer, mais je vous le dis tout de suite, ce sera une perte de temps et vue la situation actuelle, je crois que vos hommes ont mieux à faire. Enfin, moi je dis ça… Au fait, c'est vrai cette attaque alien près de la statue de la liberté ? J'ai vu ça sur le net juste avant votre arrivée.
  • Silence. On sait que vous ne savez rien.
  • Ah ? Vous me rassurez. C'est bon de savoir que je vais être tué pour quelque chose que je ne sais pas, mais que je pourrais dévoiler. Vous avez raison, deux précautions valent mieux qu'une.
  • Vous voyez Petersen, poursuivit Gambers après avoir souri, l'agent Connors qui nous accompagne a été comme vous, il fut un temps.
  • Ah oui ?
  • Oui. Il a été trop curieux et il s'est mis, lui aussi, à chercher des réponses là où il n'y en avait pas.
  • Et alors ?
  • Et alors ? Eh bien, à présent, notre différend a été résolu et tout comme l'agent Connors, je suis persuadé qu'après un petit séjour dans nos locaux, vous y verrez plus clair.
Alors qu'il n'essayait pas de s'échapper, Petersen sentit une forte pression sur son bras droit que Connors tenait de plus en plus fermement. Le policier ne connaissait pas l'histoire de l'agent près de lui, mais la peur commença à nouer son estomac et cette froide sensation n'allait plus le quitter.

Gambers ne se faisait plus d'illusions sur son sort. Depuis qu'il avait envoyé Erika Zéro sur les traces de S et de l'enfant, il avait signé son arrêt de mort. Refuser d'obéir au Maître était la pire erreur qu'il avait commise. Aussi quand il entra dans la salle de contrôle, il n'osa relever la tête. Il espérait seulement que la sanction serait brève. Le Maître contemplait la dizaine d'écrans de télévisions qui retransmettaient les émissions du monde entier. Terrorisme, armée, soldats du futur, sectes en tout genre, des dizaines d'experts ridicules s'évertuaient à expliquer la tournure des récents évènements. Les principales villes américaines en couvre feu, des défilés de colonnes blindées dans les principales avenues. Des ballets d'hélicoptères toutes les nuits, des tirs aussi, il faut bien faire comme si. Car, même si les ombres étaient effectivement en ville, elles n'avaient pas encore réellement lancé leur assaut. Elles attendaient patiemment et leur patience allait rapidement être récompensée car, elle déclenchant le couvre feu, les humains avaient permis aux aliens de sortir au grand jour et de gagner du terrain.
Le Maître savait tout cela, tout comme il savait que l'attaque allait bientôt commencer. Il savait aussi que les pertes seraient très lourdes et que le monde actuel allait disparaître. Mais pour l'heure il avait une tâche purement formelle à accomplir. Cela ne l'amusait guère, mais il devait se comporter en leader et prouver à Gambers et surtout aux autres qu'on ne peut pas lui désobéir impunément.
  • J'avoue que le choix d'Erika Zéro m'a surpris.
Silence de Gambers.
  • Mais tout cela était inutile. Je vous l'ai déjà dit, nous ne pourrons pas retrouver l'enfant. Tout cela était inutile. L'orgueil n'a pas sa place ici. Nous avons un projet à mener, une guerre à remporter. Vous savez Gambers, il y a très longtemps, j'ai connu un homme comme vous. Orgueilleux et acharné. Il remettait régulièrement en question mes ordres. Il trouvait que je n'allais pas au fond des choses. Que je devais être plus fort, plus virulent. Il était persuadé qu'avec davantage d'autorité, les hommes vous obéissent facilement.
  • Et que lui est-il arrivé, répondit timidement Gambers ?
  • Je l'ai expédié très loin d'ici, dans une autre unité. Là, au moins il peut mettre tous ses talents en pratique.
  • Et quelle est cette unité, dit Gambers qui commençait à croire à une possible mutation tant il est vrai que le discours du Maître lui semblait obscur ?
  • En enfer pauvre imbécile !
Le corps de Gambers fut brutalement pris de violents spasmes. Son cœur se comprima et arrêta de battre. Tout cela ne prit qu'une poignée de secondes. Des secondes qui semblèrent une éternité pour le Maître qui avait en horreur ses pratiques. Ce n'étaient pas les siennes, du moins pas celles que racontent les livres. Mais, il n'avait plus le temps ni la patience. Il espérait à présent que toute cette histoire se termine et pour cela, l'enfant devait revenir. Il demanda à sa secrétaire de rechercher Erika Zéro afin d'annuler l'opération en cours. Plus vite la guerre interviendrait, plus vite cette fichue réalité allait disparaître recréant ainsi une nouvelle. Cette fois-ci, il ne referait plus les mêmes erreurs. L'enfant serait mieux protégé et il pourrait ensuite la retrouver, enfin, comme au premier jour, comme il l'a toujours souhaité. Elle lui manquait tellement.

La tournure que prenaient les évènements commençait à inquiéter sérieusement Zyphios. Bien qu'il s'attendait à voir surgir l'église comme l'avait dit son patron, il ne s'attendait pas à voir une succession d'éclairs s'abattre sur le père Grégoire, ni voir celui-ci mettre un genou à terre, assommé par les puissantes répliques d'un gamin d'à peine un mètre de haut. Zyphios, qui avait déjà eu affaire plusieurs fois au père Grégoire, connaissait la puissance de ce dernier. Lors d'un combat acharné pour récupérer une âme, il avait dû lui céder la victoire et perdre en plus l'usage de ses bras. Certes, ce n'était pas grave, ils avaient repoussé depuis, mais quand il se pointa au bureau du Malin, celui-ci piqua une crise terrible causant un gigantesque séisme dans la troisième porte de l'Enfer qui broya des milliers d'âmes prisonnières. Rien qu'en n'y pensant, une douloureuse sensation parcourut les deux bras du gardien par intérim de la zone. Trinohm ayant été mis en congé forcé pour ne pas perturber l'opération divine. Celui-ci a, en effet, un contentieux assez terrible avec Grégoire. Ils ne peuvent pas se voir, c'est comme ça. Ils n'ont jamais pu s'accepter l'un, l'autre. Pourtant, ils auraient dû. Représentant respectivement le Paradis et l'Enfer sur cette partie du désert américain, ils devaient apprendre à cohabiter, à emporter les âmes qu'ils leur revenaient. Mais non, dès le départ, il y eut un froid. Mauvais recrutement, querelle d'amoureux transis, nul ne savait véritablement la raison de ce problème. Quoi qu'il en soit, Grégoire fut muté, mais la rancune resta tenace entre les deux. Et comme Grégoire devait, exceptionnellement venir ici, Trinohm fut mis de côté, et Zyphios envoyé pour regarder et surtout « ne pas empêcher ce fichiu prêtre de merda foutre touté l'opératione par terra » comme avait dit le patron. « Quoiqu'il che pache, tou ne bouge churtout pas et tou attends bien que tout chois finisch pour revenir ». Zyphios accepta sans rien comprendre, ça le changeait de sa zone à lui. Petit séjour, petite mission, c'était toujours mieux que d'aller récupérer des âmes récalcitrantes. Boulot de merde, mal payé et puis, faut toujours qu'il y en ait un qui se croit plus malin que les autres et qui fasse son rebelle. Non, là, c'était cool. Il avait trouvé un poste pas trop loin, pas trop proche, sur un rocher surélevé. Le coin pépère, idéal pour observer un envoyé divin se prendre une sévère raclée.
Zyphios tendit quand même l'oreille. Il semblait que le père et l'enfant se parlaient. Un petit effort de concentration et il pourrait les entendre comme s'il y était.
  • Écoute mon enfant, tu ne peux pas empêcher ce qui doit avoir lieu. C'est ton destin. Tu dois revenir avec moi, un glorieux combat t'attends.
  • Non.
  • Tu ne dois pas écouter les ombres qui sont autour de toi. Tu dois écouter la voix de Dieu. Lui sait vraiment ce qui est bon pour toi.
  • Non.
  • Écoute-moi bien, espèce de sale mioche, tu vas ramener tes fesses ici ! On va pas y passer la nuit ! Tu vas venir avec moi que tu le veuilles ou non ! Je me suis pas coltiné tout ce chemin pour t'entendre dire non espèce de sale petit con ! Alors je me fous royalement de ce que tu penses, mais crois-moi, tu vas venir avec moi.
Zyphios n'en croyait pas ses oreilles. Le gamin avait vraiment mis le prêtre en rogne. Le démon recula légèrement car, quand un envoyé de Dieu s'énerve, ça déménage. Faut pas les bousculer ces gars-là. C'est des dangereux, des méchants. Grégoire leva à nouveau ses bras et dit des phrases en latin. Le vent se leva, faut toujours que le vent se lève, ça fait plus d'effet et ça inquiète l'ennemi. Mais, en l'occurrence, c'était tout à fait inutile. L'enfant avait décidé de rester ici avec S et le Rat et rien ni personne ne le ferait changer d'avis. En tout cas pas un prêtre rachitique qui se prend pour un vampire mal luné.
Les éclairs de Grégoire eurent encore les mêmes effets sur l'enfant, c'est-à-dire aucun. Cette situation commençait sérieusement à l'agacer. C'était quand même pas un gamin qui allait lui apprendre son métier.
  • D'accord petit. Tu veux la jouer à la Rocky. Tu veux que j'en vienne aux mains. Tu sais des petits minables comme toi, j'en ai envoyé des tas en enfer. Des qui disaient « pitié, emmenez-nous avec vous au paradis » ils y sont tous restés. Alors c'est pas toi avec tes regards noirs qui va me faire peur. Moi, je t'éclate ! Je te pulvérise ! J'vais faire tourner en orbitre sale ramassis génétique de merde ! Eh oui, je sais qui tu es ! Un truc, une invention, une bizarrie quelconque, une mutation pas finie. T'as même pas d'âme. Alors, tu vois, je vais pas avoir de remords quand je t'aurais massacré ta sale tronche d'ange mal bai…
  • Eh, le prêtre, fit S qui s'était relevé grâce à l'aide du Rat. Pas très catholique ça comme discours.
Le chasseur de primes fit feu avec son beam laser en pleine tête. Zyphios sourit, ça devenait de plus en plus intéressant. Un homme qui ose faire feu sur un prêtre et en pleine tête en plus. Personne ne le croirait quand il raconterait ça en bas. La côte des envoyés de Dieu allait en prendre un sacré coup. Toutes les portes de l'Enfer allaient être au courant. Et puis, le bon vieux père Grégoire ne pourrait plus se balader sans entendre des moqueries à son égard. Il était bon pour la retraite anticipée. C'est Trinohm qui en profiterait. Depuis le temps. Mais l'envoyé du Malin dut se reconcentrer car, en contrebas, l'action n'était toujours pas finie. Grégoire, pris au dépourvu par le tir de S, secoua sa tête. Le coup l'avait à peine touché, mais la surprise fut telle qu'il mit quelques instants avant de comprendre ce qui lui arrivait. Pour la première fois de sa longue carrière au service de Dieu, il ne contrôlait pas la situation. Bien sûr, il en avait déjà vu des frimeurs, des naïfs qui croient pouvoir empêcher par un coup d'éclat une mission divine. À chaque fois, Grégoire les avait immédiatement remis à leur place. Non, cette fois, c'était différent. Au fond de lui, une cruelle question émergea. Allait-il vraiment avoir le dernier mot ?
L'enfant, durant ce laps de temps, se concentra. Sa respiration se fit de plus en plus profonde. Le Rat, pourtant à quelques mètres, pouvait l'entendre distinctement. Réalisant que le gamin était sur le point de réaliser une attaque de la mort qui tue. Il secoua S afin de lui faire comprendre qu'il était temps de se replier, au moins jusque la voiture. Le chasseur de primes plongé dans la béatitude d'avoir fichu une belle trempe à un soldat de Dieu se laissa diriger sans véritablement comprendre le pourquoi du comment. Et une nouvelle fois, le vent se leva. Même Zyphios recula. Lui aussi interpréta les signes comme étant ceux d'une grosse attaque.
Le père Grégoire s'approcha de l'enfant. Il mit ses bras à l'horizontale pour se défendre. Mais, ce n'était pas une attaque comme les autres. Les yeux de l'enfant se mirent à briller, ses cheveux s'agitèrent dans tous les sens. Le vent se transforma en bourrasques. Et un éclair titanesque s'abattit sur la zone. Zyphios s'écroula sur son rocher quant à S et au Rat, ils atterrirent sur la Vectra puis leurs corps continuèrent à rouler sur le sol quelques mètres. Le vent se calma progressivement après plusieurs minutes. À la place de l'église, il n'y avait rien excepté de la fumée, un immense nuage de fumée.


Fin du cycle 2






1...89101112

Copyright Emmanuel Blas ©. Tous droits réservés. http://www.omnitempus.quelquesraresqualites.frPartenaires : Fleurs de Sakura Manga | Fleurs de Sakura Comics
Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS
mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas