Cycle 2

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Chapitre trois : Prisonnier Connors


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A Robert Pryor n'avait jamais vu Gambers si énervé. D'habitude celui-ci parvenait à garder son calme quelque soient les circonstances, mais là, il était très en colère. Il exigeait des réponses et elles avaient intérêt à être convaincantes.
  • Que s'est-il passé bon sang ? Comment Bacchus a-t-il pu échapper à votre surveillance ? Un de mes hommes a failli pénétrer dans mon ordinateur afin de déverrouiller tous les systèmes de surveillance. Je veux savoir !
  • Eh bien regardez par vous-mêmes.
Pryor, agacé lui aussi, fit signe à Gambers. Il lui montra la cellule de Bacchus afin qu'il constate par lui-même l'étendue de tous les dégâts. Les plaques de métal qui recouvraient chaque mur avaient été violemment arrachées et reposaient à présent sur le sol, complètement déformées. Des trous ponctuaient le plafond et les câbles électriques pendaient encore en dansant de manière très électrique. Pryor espérait calmer ainsi son supérieur. Cela faisait des mois que Bacchus lui causait des problèmes de sécurité. Ses pouvoirs résistaient à toutes les cellules, à toutes les combinaisons et autres camisoles. Des mois à se battre contre lui et contre la montre afin de trouver la faille. Il avait encore une fois échoué, mais il ne voulait plus entendre les remarques désobligeantes de Gambers.
  • Et où est-il maintenant ?
  • Dans une cellule de confinement. On a dû lui administrer une triple dose de calmants. C'est inimaginable à quel point il résiste à tout. Je n'ai jamais vu ça.
  • Et ses pouvoirs ? Il a fait tout ce chantier comment ?
  • Oh, la routine habituelle. Il a commencé à délirer. Il a parlé d'ombres, de fourmis et puis, tout est arrivé rapidement. Les éclairs, les explosions à cause de l'électricité. Après nos hommes sont intervenus. Et tout s'est arrêté après quelques minutes. Un vrai chantier cette prison. Au rythme où il se dégage de tout, on aura jamais fini de tout réparer.
  • Maintenez-le endormi, bourrez-le de somnifères, de drogues, de tout ce que vous voulez, mais je ne veux plus entendre parler de lui !
  • Mais vous êtes marrant Gambers ! Vous croyez que j'ai l'habitude de m'occuper de démon ? Ce type-là vous dévasterez une ville en quelques minutes. Il est capable de générer l'énergie d'une centrale nucléaire en quelques instants. Il a pulvérisé plus de cellules que tous les prisonniers américains réunis. Mes hommes sont exténués. J'ai en permanence quinze hommes autour de lui, sans parler de tous les ingénieurs qui essayent d'analyser ses tissus organiques si tenté qu'on puisse les qualifier d'organiques tant ils ne ressemblent à rien de connu. Alors vos exigences de fonctionnaire borné, vous pouvez vous les mettre où je pense !
Gambers ne répondit pas immédiatement. S'il l'avait fait, il aurait crié et tous les hommes autour auraient tout entendu. Il devait garder le contrôle et ne pas perdre la face. Il baissa la tête et inspira profondément.
  • Écoutez Pryor, je comprends parfaitement la situation. Rien n'est facile en ce moment. Mais, je vous rappelle que nous venons de détecter des organismes extraterrestres sur le sol américain, en plein désert. Et qui sait ? Peut-être que ce Bacchus pourra nous être très utile le moment venu. Vous devez le maîtriser et réussir à exploiter ses pouvoirs. Il y a de grandes chances pour qu'un jour nous devions nous en servir.
Pryor fit mine de comprendre et d'accepter une fois de plus les demandes de Gambers, mais au fond de lui il bouillonnait. Il allait encore devoir demander à ses techniciens de réparer au plus vite la prison. Cela faisait exactement trois mois et onze jours que le dénommé Bacchus lui avait été envoyé. On ne lui donna pas les détails de sa capture. Et d'ailleurs des rumeurs incompréhensibles circulaient les concernant. Le prétendu démon, car il faut aussi le reconnaître il n'y avait aucune preuve de la véracité de l'information, se serait volontairement fait prendre. Pryor, à vrai dire, se fichait de toutes ces histoires. Le plus important pour lui était de pouvoir contenir l'énergie de cet être surpuissant sans risquer de détruire le complexe ou la ville au-dessus de sa tête. Et pour ça, il improvisait constamment. Jonglant entre les procédures et les demandes de crédits supplémentaires. Trois mois et onze jours à courir, à engueuler et à se faire engueuler. Son orgueil commençait à montrer des signes évidents de lassitude générale. C'est pour la bonne cause, se disait-il en son for intérieur. Néanmoins, ce dernier s'enfonçait chaque jour davantage dans son esprit devenant de plus difficile à entendre.

Gambers laissa Pryor pour se diriger au niveau supérieur. Connors avait été mis aux arrêts. Il s'était débattu violemment lors de son arrestation, probablement sous l'emprise du démon, puis, il s'était évanoui. À présent, il était placé en isolement afin qu'il puisse se ressaisir. Que pouvait-on faire de lui, se demanda le chef de l'opération tout en arpentant les couloirs rectilignes du complexe. L'attaque de Bacchus avait peut-être laissé des séquelles dans l'esprit de Connors. Redeviendrait-il comme avant ou finirait-il amnésique ou aveugle comme les précédents ? Gambers supportait de moins en moins ce climat oppressant. Entre les attaques surprises du soi-disant démon, les informations inquiétantes venant d'Arizona et les interrogations du président, ses journées étaient de vrais casse-têtes chinois période avant-guerre. Sans s'en rendre compte, il arriva au poste 832 devant lequel l'attendait Mc Togart, le responsable du service de réanimation. Ce dernier toujours caché derrière ses lunettes à quintuple foyers et sa chevelure complètement désordonnée semblait mal à l'aise. Lui aussi avait très peu dormi ces dernières heures et sa blouse maculée de tâches de café indiquait qu'il n'avait pas fermé l'œil depuis, au moins, trente-six heures. Merci Bacchus.
  • Comment va Connors ?
  • Comme les autres. C'est un légume. On a fait plusieurs scanners et encéphalogrammes. Le corps fonctionne, mais son cerveau ne répond plus. Plus aucune activité cérébrale n'a été constatée depuis que vous nous l'avez amené.
  • Et merde.
  • Vous voulez mon avis, Mc Togart ôta ses lunettes pour se frotter les yeux, signe évident de fatigue avancée, il lui a volé son âme.
  • De quoi vous me parlez ?
  • Bacchus est un démon, vous vous souvenez de ce qu'a dit l'émissaire du Vatican avant de mourir ? Que c'était un démon très puissant. Il a même parlé de niveau…
  • Ouais, c'est ça. Vous n'allez pas me dire qu'un scientifique comme vous gobe toutes ces histoires ?
  • Pas vous ?
  • Moi pour l'instant, répondit le fonctionnaire déstabilisé après une légère mais perceptible hésitation, j'essaye d'organiser tout ce fichu bordel. J'ai un prisonnier qui est en train de décimer tous les membres de mon équipe, des scientifiques incapables de m'expliquer quoi que ce soit et des météorites en Arizona qui contiennent des souches extraterrestres. Alors vos histoires de démon et d'exorciste, pour l'instant, c'est pas trop ma priorité.
  • N'empêche que c'est inquiétant tout ça.
  • Oui, non, peut-être, j'en sais rien. En tout cas, vous allez vous servir de son corps pour nos expériences.
  • Mais, et le protocole ? On ne peut pas s'en servir sans l'autorisation…
  • J'emmerde le protocole, j'emmerde les autorisations ! Vous allez m'emmener ce putain de corps dans vos labos sans discuter. Il nous faut des résultats, ordonna Gambers d'un ton qui sous entendait de ne pas protester sans risquer de perdre au minimum sa place.
Mac Togart obéit. Il n'avait pas l'intention de pointer au chômage. Lui qui s'était tant battu pour avoir le droit de cloner les êtres humains, il n'avait pas l'intention de perdre son poste pour une vulgaire querelle administrative avec son supérieur. Il entra donc dans la pièce où était installé le corps de Connors, surveillé par deux médecins dont la seule occupation consistait à regarder les signaux vitaux sur des moniteurs monochromes. Gambers observa la scène silencieusement en essayant de retrouver son calme. Il voulait fumer, mais il ne pouvait pas. Quelle ironie, songea-t-il. Il pouvait ôter le corps d'un de ses agents à sa famille, emprisonner une personne sans rendre de comptes à qui que ce soit et il ne pouvait pas griller la moindre cigarette. Drôle de monde. Il quitta les lieux en direction de son bureau tout en appelant un de ses nombreux sous fifres. Il exigea des documents falsifiés authentifiant du décès de Connors ainsi qu'un ordre de mission bidon. Dans deux jours, il devrait contacter la femme de Connors pour l'avertir d'un incident, puis la rappeler plus tard pour l'informer de la mort accidentelle de son mari. Il y aurait une cérémonie officielle et tout le toutim afin de ne choquer personne. L'enfant de Connors serait pris en charge par l'Etat. Depuis quelques semaines, la liste des pupilles de la nation commençait à rallonger de manière préoccupante. Gambers décida de recruter davantage de célibataires. « Au moins, quand ils meurent, ça crée moins de problèmes » dit-il tout bas en marchant.

© Emmanuel Blas





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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas