Cycle 2

123456...12

Chapitre quatre : La ville fantôme


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape


Tous ceux qui ont déjà vu des road movies américains savent que les États-unis sont un pays très vaste et dont le désert est jalonné de villes fantômes. Ces dernières, vestiges d'un passé où les chercheurs d'or et les cow boys étaient les rois, hantent les vallées rocailleuses de leur silence. Bien sûr, des petits malins continuent d'affirmer que les fantômes de Wyatt Earp et de Davy Crockett sillonnent ces villes à la recherche d'âmes fragiles. Mais, tout le monde le sait, les fantômes n'existent pas. Pourtant le Rat avait beau se répéter cette ancestrale vérité, rien n'y faisait. Les cris des coyotes sifflaient toujours dans ses oreilles et les nuages de poussières brouillaient sa vision. L'ancien ingénieur avançait pas à pas, au radar, craignant de tomber nez à nez sur les restes d'un ancien shérif ou d'une victime de Billy the Kid.
  • On cherche quoi déjà, demanda le Rat afin de rompre son sentiment de solitude ?
  • Un abri, un endroit pour s'abriter, répondit S.
  • Pour s'abriter ?
  • Le vent se lève et une tempête de sable approche. On pourra pas dormir dehors cette nuit.
  • On est vraiment obligé de rester ici ?
  • Oui, on n'a pas le temps de trouver un autre endroit.
  • Je sais pas moi, on pourrait peut-être essayer une grotte. C'est bien les grottes, on verrait peut-être des fresques préhistoriques. C'est bien ça les fresques préhistoriques. Surtout pour le gamin, pour sa culture.
  • Qu'est-ce que t'as encore, demanda S dans un énième soupir d'agacement ? Faut dire que depuis le départ le Rat avait été particulièrement pénible et que S supportait de moins en moins les hésitations de son compagnon de mésaventures.
  • C'est cette ville, je la sens pas. Depuis le début, je suis mal à l'aise. Et puis, t'as vu le panneau à l'entrée. Bienvenue à Redge City.
  • Et alors ?
  • Ben dans tous les westerns, Redge City c'est la ville du méchant. C'est là que les méchants préparent leurs mauvais coups ou que les Indiens sont torturés.
  • Oh lâche-moi avec tes âneries ! Tiens cette maison me semble bien, on y va. D'ailleurs le vent se lève, dépêchons-nous.
Le Rat plissa les yeux pour mieux se rendre compte par lui-même. Comme toutes autres maisons, celle-ci était en bois, avec un étage. Il fallait monter trois marches avant d'être sur le palier. Quelques vitres étaient brisées. À l'intérieur, quelques meubles, des chaises, une table, les précédents habitants avaient emmené l'essentiel avant de partir. L'enfant accompagnait le chasseur de primes, toujours sagement. Alors que le Rat et S commençaient à montrer quelques signes de fatigue, lui restait imperturbable, marchant droit devant lui, entouré de son drap bleu. Sa chevelure blonde lui donnant un aspect angélique qui tranchait singulièrement avec ses compagnons à l'allure beaucoup moins fringante. Le Rat s'assit sur une des chaises, en plein milieu de ce qui devait être le séjour. Il posa sa sacoche avec ses quelques provisions et son ordinateur portable. Il soupira. Il voulait prendre une douche, dormir dans un vrai lit et voir une femme.
Pendant que ses camarades s'installèrent, S fit une visite de la maison. En roulant à toute allure comme il l'avait fait ces derniers jours, il avait, espérait-il, creusait un écart entre lui et ses poursuivants. La tempête de sable jouait en sa faveur, elle allait leur permettre de gagner encore un peu de temps. Il monta l'escalier fragile et grinçant pour accéder à l'étage. Celui-ci était tout aussi vide que le reste de l'endroit. Il se mit à une fenêtre et observa Redge City. La tempête lui donnait une faible visibilité, mais il ne vit rien d'inquiétant ou de suspect. Ils étaient bel et bien les seuls dans ce triste refuge.
Au rez-de-chaussée, le Rat alluma son ordinateur et se connecta à Internet afin d'entendre les dernières informations. L'état d'urgence décrété dans tout le pays avait permis aux autorités de déployer une unité spéciale chargée d'arrêter ou d'éliminer toute personne suspectée d'être impliquée dans les attentats qui avaient eu lieu juste après le début de leur fuite de New City. On évoqua également des rumeurs concernant la présence d'ombres circulant dans les villes, mais la journaliste ne développa guère l'information. L'ingénieur raconta tout cela à S lorsque celui-ci redescendit.
  • Tu y comprends quelque chose ?
  • Et toi ? C'est pourtant toi le spécialiste en ombres, répliqua S ?
  • C'est une histoire très compliquée. On entend tout et son contraire à ce propos. Certains disent que ce sont des extraterrestres, d'autres un gang raciste.
  • Ce que je sais c'est qu'elles ont essayé de capturer le gamin et qu'ils ou elles sont peut-être mêlées à tout ça.
  • Tu y crois ?
  • Peut-être.
  • Au fait ? Je sais que je t'ai posé la question mille fois, mais on arrive quand ? C'est pas que j'aime pas jouer les touristes, au contraire, ça me change des égouts, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Et puis, j'ai vraiment besoin d'un bain.
  • Une fois la tempête terminée, on repart et si tout va bien, on arrive dans deux jours.
  • Encore deux jours, je pensais pas que les États Unis étaient si grands…
Alors que le Rat voulait continuer à se lamenter sur son sort, un bruit sourd retentit. Il provenait de l'étage. S dit au Rat de rester près de l'enfant et il se dirigea vers l'escalier, son beam laser à la main. Il s'avança lentement et pris soin de vérifier si quelqu'un le guettait avant de monter une à une les marches bruyantes. Le bois supportait difficilement ce poids privant le chasseur de l'effet de surprise. Une fois à l'étage, il jeta de brefs regards dans toutes les directions, sauf au-dessus de lui, là où se trouvait une ombre, identique à celles qu'il avait vues près du Majestic. Elle se laissa tomber sur lui, le recouvrant tel un drap recouvre une personne jouant au fantôme. S lâcha son arme qui retomba au rez-de-chaussée. Il s'agita dans tous les sens afin de se dégager. Il ne parvint pas à saisir l'ombre dont le corps ressemblait à une mince couche de caoutchouc.
En dessous d'eux, le Rat récupéra l'arme et se tint près de l'enfant en ne sachant pas quoi faire de plus. S criait de rage et de douleur. L'ombre le privait d'air. Complètement aveugle, le chasseur de primes se rapprocha dangereusement de la rembarde, à l'étage, puis, son corps passa au-dessus de celle-ci. La chute fut violente, heureusement l'ombre lui servit de protection. Une fois au sol, l'alien relâcha sa proie qui reprit difficilement son souffle. Le Rat fit feu sur elle, sans effet. L'extraterrestre émit un cri strident, mélange de colère et de douleur. L'enfant profita de l'attaque de l'ingénieur pour avancer. S lui cria de reculer. Le garçon n'obéit pas et il leva ses bras. L'ombre voulut s'attaquer à lui, mais elle fut prise de violents spasmes qui la firent reculer avant d'exploser.
À la place de l'ombre, il ne resta qu'une petite sphère bleue de quelques centimètres de diamètre qui flottait à un mètre du sol. L'enfant s'en approcha, il voulut la prendre, mais S l'en empêcha.
  • C'est quoi ce truc, demanda le Rat ?
  • Aucune idée, mais pas question qu'on y touche.
  • Tu crois que ces choses ont une âme ?
  • Je croyais que c'était toi le spécialiste.
  • Eh, j'ai jamais dit ça. C'est la première fois que j'en vois une. En tout cas, le gamin a l'air fasciné par elle.
  • Raison de plus pour qu'il ne la touche pas.
  • Tu sais ce qu'il a fait ?
  • Il nous a sauvés de cette saleté.
  • Eh regarde, la sphère bouge.
La sphère se mit à tournoyer sur elle-même et à devenir de plus en plus brillante. Les deux hommes emmenèrent l'enfant, toujours hypnotisé, au fond de la pièce en lui recouvrant les yeux. La lumière devint aveuglante, puis la sphère s'évapora sans laisser la moindre trace. Le Rat rouvrit ses yeux au bout de quelques instants. Il fit le tour de la pièce afin de trouver un indice, mais il ne restait rien.
  • Tu crois qu'elle était venue pour lui, demanda-t-il à S tout en se doutant de la réponse.
  • À ton avis ?
  • Génial, absolument génial ! Alors, on a sûrement les fédéraux aux fesses et maintenant, on a aussi des extraterrestres qui nous courent après ! Et demain ça va être quoi, des dinosaures ? Je te préviens S, je ne suis pas engagé dans cette histoire pour finir dévorer par un T-Rex ! Marre de ces conneries ! J'aimerais qu'on m'explique une fois pour toutes ce qu'il se passe, cria l'ingénieur désespéré !
  • Ils vont attaquer, répondit le garçon, et il va falloir que je les détruise.
Les deux hommes se regardèrent, interloqués. L'enfant semblait enfin décidé à parler et à donner quelques explications à ses protecteurs. Le Rat fut, presque soulagé, car ce qu'il entendit par la suite ne le rassura qu'à moitié.

© Emmanuel Blas





123456...12

Copyright Emmanuel Blas ©. Tous droits réservés. http://www.omnitempus.quelquesraresqualites.frPartenaires : Fleurs de Sakura Manga | Fleurs de Sakura Comics
Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS
mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas