Cycle 2

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Chapitre cinq : Rencontre au soleil


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Comme à son habitude El Maligno était en retard. Il faut dire, à sa décharge, que sa tâche était rude et qu'il lui était difficile de quitter son royaume facilement. Être le maître des enfers n'a pas que des avantages. Il faut, en effet, sans cesse torturer, brûler des terres entières et fabriquer la peur afin qu'aucune âme n'ait des velléités d'indépendance ou de rébellion. Car, il suffit d'une petite âme bien déterminée pour susciter l'adhésion de centaines, puis de milliers. Alors, tout devient compliqué. Les gardiens des ténèbres doivent intervenir et il s'ensuit des massacres, des déchaînements de violences. Tout cela n'a aucun intérêt car il s'agit de personnes mortes, mais les personnes déjà décédées sont toujours les plus farouches. Les situations peuvent dégénérer et l'on risque à tout moment qu'un chef de section de la police démoniaque éprouve une subite envie de gloire pour avoir envie de gravir à vitesse grand v les échelons. El Maligno devait aussi se méfier de ses âmes noires, toujours prêtes à lui prendre sa place, avec l'accord tacite de Dieu qui n'hésitait jamais à mettre son grain de sel dans l'histoire. Juste pour rigoler.
Dieu, justement, était déjà là. Assis, les bras posés sur la table avec un verre d'eau bénite à moitié vide dans la main droite, son visage était grave. Dieu n'aimait pas ces rencontres discrètes, il détestait le désert. Pourtant, ce dernier était le seul lieu acceptable comme terrain neutre. Situé entre le ciel et les enfers, il offrait tous les avantages. Pourtant cela ne lui plaisait pas tout comme le retard de son interlocuteur.
  • Mille excuses pour che retard Gringo, de nouvelles âmes à accueillir. Avec la guérilla qui se prépare en haut, yai dou pain sur la planche. Chinon, come ouestas ?
  • Ça va, ça va.
  • Hum, et Chinon, porque cette entrevoue ?
  • Tu sais très bien pourquoi, inutile de jouer tu veux.
  • Bueno, ye vois que tou n'a pas envie de rire. Dommage, tou devrais rire plus chouvent, ché bon pour le corps et l'eschprit. Regarde moua, la pleine forme. Yai même perdou dou poids.
  • Merveilleux. Mais pour revenir à la raison de cette entrevue, tu es sans doute au courant que l'enfant a disparu et qu'il est quelque part, lui aussi en plein désert.
  • Ouaisch, ye chais. D'ailleurs, ché marrant cha, il est peut-être ichi. Hi hi ! !
  • Je vais devoir intervenir, tu le sais. C'est pour t'avertir que je t'ai demandé de venir. Je n'ai pas envie que tes soldats débarquent et foutent tout par terre.
  • Ok, ok, ye resterai aveugle, ye tournerai la tête. Ye dirai à mes gardiens de vaquer à leur travail sans se soucier dou reste. Juste, par couriosité, tou comptes envoyer qui cette fois ? La prêtresse lubrique ou le vieux prêtre décharné ?
  • Oui, je pensais envoyer le père Grégoire. Pourquoi ?
  • Non, ché pour un de mes hommes. S'il le repère, cha risque de l'agacer profond.
  • Ah oui, Trinohm. C'est vrai que ça s'était mal passé entre eux deux la dernière fois.
  • Mais, cha ne me gêne pas. Ye vais juste prévenir Trinohm. Ye loui dirais de changer de secteur. Et ché prévou pour quand ta chauterie ?
  • Dans deux jours. Je récupère l'enfant et je le réexpédie en plein conflit.
  • Mais, pour ché pouvoirs. Il me chemblent qu'ils ne chont pas encore prêts.
  • Pas grave ça, le principal, c'est qu'il soit au bon endroit au bon moment. Je ne vais pas te rappeler à quel point c'est important.
  • Ouaisch, ye chais. Les aliens ne doivent pas exterminer les hommes sinon, nous disparaîtrons avec. Tou me l'a dit trente-six mille fois. Ye suis peut-être un peu lent à la détente, mais quand yai compris, yai compris.
  • Bien.
  • Mais, uno question me taraude depouis longtemps. Pourquoi tou me laisse pas les renvoyer chez eux ces fichoues aliens. J'ai des hommes qui ne demandent pas mieux que de trancher et d'égorger.
  • Je te l'ai déjà dit, c'est l'équilibre divin. Je n'ai pas envie que leurs dieux viennent sur terre pour se venger. Tant qu'on n'intervient pas directement, on est dans notre bon droit sinon, c'est la guerre cosmico-divine. La dernière a eu lieu il y a des milliards d'années et je n'ai pas envie d'en créer une.
  • Pourtant, cha pourrais être marrant non ? Une guerre cosmique ? On verrait d'autres dieux et d'autres déessches. On pourrait faire une sourpriche partie.
  • C'est ça, rigole.
  • Mais faut bien rigoler un peu, dit El Maligno en levant les bras, tou prends tout au chérieux !
  • Bien sûr, c'est moi qui dramatises. Mais quand ces aliens auront décimé toute l'humanité, j'en connais un qui fera moins le malin.
  • Pff, rabat-joie !
Il y eut un long moment de silence. Cela se passait toujours de la même manière entre les deux hommes. Ils n'arrivaient jamais à accorder leurs violons. Chacun restait sur ses positions et le débat avançait très peu. Cela faisait des millénaires que c'était comme ça et les choses n'avaient pas prévu d'évoluer immédiatement.
  • Néanmoins, j'ai encore besoin d'un service, dit Dieu timidement.
  • Quoi, répondit El Maligno las et pressé d'en finir ?
  • J'ai besoin d'un peu de temps.
  • Qu'esch que tou veux dire ?
  • Une fois que j'aurais l'enfant, le prêtre va devoir le ramener à New City et cela va prendre du temps.
  • Comment cha dou temps ? Bé, tou peux pas le téléporter comme tout le mondo !
  • Bien sûr, pour que tout le monde sache que c'était une intervention divine. Si je voulais intervenir comme ça, ça ferait déjà belle lurette que ces aliens seraient morts ! Je te rappelle que nous devons être discrets. C'est pour ça que tu as livré Bacchus et que j'ai indiqué aux hommes les météorites. On ne va pas tout faire planter pour une vulgaire téléportation !
El Maligno souffla longuement. Cette histoire commençait à lui taper sur les nerfs. S'il s'était écouté, il serait parti en renversant la table sur le sable, mais l'enjeu était trop important. Dieu avait raison et devoir l'admettre l'enrageait davantage.
  • Alors que te faut-il ?
  • Trouve quelque chose qui occupe les aliens et les hommes le temps que l'enfant revienne, répondit Dieu sans faire preuve d'autoritarisme. Mais, cela doit être discret. Inutile d'envoyer la cavalerie. Juste une petite catastrophe naturelle, quelque chose d'insoupçonnable. Les aliens sont intelligents. Si c'est trop gros, ils se douteront de quelque chose et par conséquent, ils avertiront leurs dieux par leurs prières.
  • Yai bien uno petite idée, mais ye ne chuis pas chûre.
  • Tu penses à quoi ?
  • Bacchus ?
  • Bacchus ! Tu te moques de moi j'espère ? Je t'ai dit quelque chose de discret ! Je sais que tu as un petit différent avec lui, mais non, il est hors de question que tu le remettes dans la course ! J'ai dit que ça ne devait pas être voyant !
  • Mais cha pourrais être marrant ! Allez quoi ! Avec loui, c'est toujours marrant et pouis je voudrais lui faire comprendre deux trois trucs.
  • Non, insista Dieu sans élever la voix. Quelque chose de na-tu-rel. Simple et efficace, c'est tout ce que je demande.
  • Pff, vivement que tout cha chois fini. Ces aliens commencent vraiment à m'agacer chévère ! Ok, ok ! Tou auras du temps et ce sera natourel, promisch ! Mais ye te préviens, uno fois que ces fichues ombres seront reparties chez elle, je reprendrais la guerre contre toua. Ne crois sourtout pas que la hache de guerre chera entérée !
  • Mais, je n'ai jamais cru le contraire, répondit Dieu avec une lueur de défi dans le regard.
  • Alors chi tout est clair, salute Gringo !
El Maligno se mit debout et fit quelques pas dans le sable. Le vent se leva brutalement et le corps du maître des enfers s'enfonça alors lentement dans le sol. Cela prit quelques instants avant qu'il disparaisse complètement. Dieu observa la scène silencieusement. Il n'aimait guère les arrivées et les départs très théâtraux de son ennemi, mais il devait lui reconnaître une certaine élégance. Puis, ce fut à son tour de se lever. Son corps s'éleva dans le ciel lentement avant d'exploser en un million de particules divines qui se répandirent au gré du vent.

© Emmanuel Blas




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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas