Cycle 2

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Chapitre six : Retour à New City


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Peu de personnes s'étaient déplacées pour l'enterrement. Il est vrai que Davis n'était qu'une jeune recrue fraîchement débarquée de l'école de police. Bardé de ses diplômes, de ses certitudes, il avait rejoint le commissariat du 27e district tout fier qu'il était de servir et de protéger. Des conneries oui ! Petersen le savait ainsi que tous ces hypocrites lâchement assis aux côtés de la mère de la jeune recrue. Tout le monde le savait. Tout disparaît après plusieurs semaines, après plusieurs arrestations. Quand on voit un de ses collègues battre sauvagement un suspect parce qu'il l'a bien mérité. Quand un dealer vous donne quelques billets en échange de votre silence. C'est si facile de plonger, de laisser ses convictions se faire bouffer en cinq minutes par l'argent ou par la colère. Et Petersen était empli de colère en ce moment. Furieux contre son imbécile de capitaine qui l'avait suspendu, pris en tenaille entre sa fichue carrière et les exigences des fédéraux. Mais ce n'était pas tout. Petersen en voulait aussi à lui-même. Pas fichu de trouver une piste et ce malgré la liste des communications. Justement parlons-en de cette fichue liste. C'était le jour. Après tout, Davis était bien mort pour elle. À peine l'avait-il transmise à Petersen qu'il avait été envoyé illico en patrouille. Et il n'en revint jamais. Probablement balancé par le capitaine qui l'avait refilé aux fédéraux et ces pourris l'avaient tué sans le moindre remords. Mais pourquoi ne pas l'avoir tué lui ensuite ? C'était facile pour eux. Après tout, il n'était qu'un petit inspecteur sans réelle envergure, sans carrière à défendre. Et puis, avec tout ce remue-ménage de couvre feu et de guerre anti terroriste, il était facile de l'éliminer. Tout cela n'avait pas de sens et Petersen supportait de plus en plus mal de vivre cette situation, totalement impuissant. Ces collègues patrouillaient tous les jours devant son immeuble afin de vérifier s'il ne bougeait pas de chez lui. Et il dût demander à deux reprises à son supérieur s'il pouvait être présent lors des obsèques. Celui-ci accepta à la condition qu'il garde ses distances. Aussi Petersen se tenait à une dizaine de mètres du cortège, impatient, bouillonnant à l'intérieur de lui-même.
Il se repassa toute l'histoire dans sa tête. Son entrevue avec l'ancien soldat reconverti en chasseur de primes, S, drôle de nom d'ailleurs. Trop louche tout ça. Un enfant surgi de nulle part. Des ombres. Un collègue éliminé. Des fausses pistes. Des menaces. Savaient-ils pour la liste de communications ? Et s'ils l'ignoraient ? Cela expliquerait sans doute le fait qu'il soit encore en vie. Oui, bien sûr, c'est ça, estima Petersen. Les fédéraux croyaient que seul Davis avait pu la lire. Quelle ironie. Mort à cause d'une fichue liste de communications. Elle devait être vraiment importante. Alors pourquoi n'avait-il pas pu en tirer la moindre information ? Petersen frappa du poing l'arbre sur lequel il était adossé.

  • Vous avez eu ce que vous vouliez, alors maintenant dégagez, dit le capitaine !
  • Pardon, répondit Petersen pris au dépourvu ?
  • Vous avez très bien compris, ne faites pas le malin Petersen. Ce n'est ni le lieu, ni le moment. Foutez le camp. Logan, Briscoe, ramenez-le chez lui.
Les deux officiers en tenue s'approchèrent de Petersen. Ce dernier se rendit vite compte que ses deux collègues n'hésiteraient pas à le persuader par la force de les suivre. Petersen se résigna à obéir, mais il ne put s'empêcher d'ajouter à l'oreille de son supérieur.
  • Je sais ce que vous cachez vous et vos amis les feds.
  • Quoi ?
  • Je sais tout capitaine.
Petersen, sans s'en douter, avait visé juste. Mac Willing sembla embarrassé. Son visage émit quelques tics nerveux et ses yeux cherchaient sur le sol une réponse à la question « Comment est-ce possible ? » Il fit un signe de la main à ses deux sbires de s'éloigner. Son petit inspecteur sans envergure ne pouvait pas savoir. Il se redressa pour reprendre l'avantage et dit avec son ton supérieur.
  • Mais qu'est-ce que vous savez exactement ? Vous croyez que les fédéraux ont couvert l'attaque du centre ville ? Et après ? Nous sommes en guerre. Vous avez entendu le Président. Des terroristes s'en prennent à notre pays. Qui pourrait s'étonner à ce qu'il n'y ait pas de dégâts collatéraux ? Vous n'allez quand même pas faire votre mijaurée. Et moi qui croyais que vous n'étiez pas un idéaliste.
  • Et s'en prendre à un enfant. Raser un quartier entier. Tuer des dizaines d'innocents. Vous croyez pas que le public aimerait savoir.
Sans réfléchir, Petersen lança cette phrase. C'était une partie de poker. Il pouvait tout perdre, y compris la vie. Mais il devait comprendre toute l'histoire. Pas seulement pour sa conscience, mais pour Davis. Il lui devait bien ça.
  • Et qui va le lui dire au public comme vous dites. Vous ? Dois-je rappeler vos états de services ?
  • Pas moi, mais les médias.
  • Les médias ? Arrêtez, vous allez me faire rire. Ils sont tous derrière nous. Nous sommes en guerre. Personne ne vous écoutera. Vous êtes fini Petersen. À votre place, je prendrai mon congé forcé pour de longues vacances. Vous avez besoin de repos. Vous dites n'importe quoi.
Avantage à Mac Willing. La partie touchait à sa fin. Un dernier bluff.
  • Et pour le chasseur de primes ? Vous ne croyez pas qu'il pourrait être intéressé par ces informations ?
  • Quoi ?
  • Vous savez avant de me virer, j'ai eu le temps de diffuser ces infos à droite à gauche.
Mac Willing se remit à douter et à chercher ses mots.
  • Bien sûr, vos amis doivent déjà être à ses trousses, mais il détient des infos importantes n'est-ce pas ? Sinon vous ne seriez pas là à parler avec le plus médiocre de vos inspecteurs, je me trompe ?
Le capitaine fulminait. Il ne savait plus quoi répondre. C'était le moment ultime, Petersen porta le coup de grâce.
  • Alors tuez-moi, vous ou vos amis. De toute façon, c'est trop tard. Tout circule sur le réseau. Et vous savez quoi, c'est de votre faute car ils ne tarderont pas à savoir d'où est venue la fuite. Et n'oubliez pas, je suis un inspecteur trop médiocre pour faire ça. Ils réclameront des têtes et celle qui se trouve au-dessus de la mienne, c'est… la vôtre.
  • Qu'est-ce que vous voulez, dit péniblement le capitaine comme s'il allait s'étouffer ?
  • Reprendre mon poste. Vous savez, moi, je ne suis qu'un modeste inspecteur. Et puis, dans les temps qui courent, vous pourriez avoir besoin de quelques bras supplémentaires. C'est vous qui disiez à l'instant que nous sommes en guerre. Et puis, une fois réintégré, je pourrais avoir à nouveau accès au réseau. Qui sait, je pourrais peut-être retirer ce que j'ai mis avant de partir, en espérant, bien sûr, que peu de gens l'auront vu. Mais, cela ne dépend pas de moi, vous voyez.
  • Sale petit enfoiré.
  • J'ai été à bonne école avec vous comme supérieur.
Mac Willing hocha la tête. Le médiocre inspecteur avait gagné la partie. Il venait de récupérer son poste. Il allait avoir à nouveau accès au réseau. Il pourrait effectuer des recherches sur la liste des communications. Bien sûr cette ridicule victoire était de courte durée. Mac Willing allait vite se rendre compte de son erreur. Le compte à rebours était enclenché. Mais Petersen ne pouvait pas partir comme ça. Il lui fallait encore rendre hommage à la mère de Davis et saluer son collègue. Il s'approcha de la femme, défiant les autres policiers du 27e. Tous s'écartèrent à son passage, leurs regards désapprobateurs. Il joignit ses mains à celle de la mère. Son visage à demi caché par un voile noir transparent était couvert de larmes. Elle ne pouvait plus parler. L'émotion l'en empêchait. Elle prit quand même la force de regarder l'inspecteur dans les yeux. Elle pouvait sentir la tension qui régnait tout autour, mais elle n'en comprenait pas l'origine. L'homme en face d'elle avait le visage confiant et il lui dit qu'il était de tout son cœur avec elle. Elle avait entendu cette phrase des centaines de fois ces derniers jours, mais là, elle croyait vraiment ces quelques mots encourageants. Ce n'était pas une platitude de plus. Non. Il était sincère. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était suffisant. Suffisant pour rentrer se protéger de la pluie. Suffisant pour finir la journée.
Petersen quitta le cimetière portait par les murmures de ses soi-disant collègues. Bien sûr, il ne pouvait pas leur en vouloir. Mac Willing les avait induits en erreur sur son compte et sa parole avait beaucoup plus de crédits que ses états de service, assez déplorables il est vrai. Qu'importe, il se sentait invincible. Le regard de la mère de Davis lui avait donné suffisamment de force pour tenir, pour croire qu'il avait encore un rôle à jouer. Il n'en avait pas fini avec cette histoire. C'était une question de temps, il le savait. Entre les fédéraux, Mac Willing et le reste, ses heures étaient comptées. Qu'importe, quelques heures, c'était suffisant.

© Emmanuel Blas



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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas