Cycle 2

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Chapitre huit : Le génie enfermé 2


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C'est pas grave, faut pas en faire toute une montagne. Ça arrive. Et puis, l'heroic fantasy, c'est un peu passé de mode, non ? Tout le monde fait ça, c'est pas facile de sortir du lot. Tu devrais peut-être essayer un autre genre. La science-fiction par exemple. T'as déjà essayé la science-fiction. On peut raconter plein de trucs en science-fiction. Tu pourrais raconter plein de trucs, je sais pas moi. Imagine, un empereur complètement barré, genre il balance son sceptre sur la tête de ses gardes pour se soulager. T'imagine le gars.
  • Ouais, j'imagine vachement…
  • Ah, t'es pas marrant tu sais, j'essaye juste de t'aider moi ! Si tu préfères râler et bouder dans ton coin, ça te regarde !
  • Mais non, c'est pas ça. C'est juste que ça fait le énième éditeur qui refuse mon manuscrit. Je commence à penser que j'écris de la merde voilà !
  • C'est difficile de percer. Ça n'a jamais été une partie de plaisir.
  • Je sais ça, je suis quand même pas stupide. Je sais bien que le talent inné, l'inspiration magique, ça n'existe pas. Et quand bien même elle existerait, je ne l'ai pas. Mais quand même, ça fait des années que j'écris et toujours rien, que dalle. À part quelques publications à droite à gauche dans des trucs anecdotiques, que dalle, nada ! Ça me dégoûte. Je me demande si je vais continuer.
  • Tu disais déjà ça la dernière fois.
  • Ouais, mais cette fois c'est pour de bon.
  • Tu le disais aussi la dernière fois.
  • Ah, la barbe à la fin !
  • Écoute Marcus, tu dis que tu n'as pas l'inspiration magique, mais tu as ça dans le sang quand même. Tu vas pas me dire que tu n'aimes plus écrire, que tu n'aimes plus raconter des histoires, non ?
  • C'est vrai, t'as raison, mais toutes ces réponses négatives… Ben, à force, ça fait mal.
  • Je sais, mais y a quand même des gens qui te lisent.
  • Oui, je sais, mais toi et Andréa, ça compte pas. On bosse ensemble et Andréa c'est ta femme, alors.
  • Alors quoi ? Dis qu'on a un mauvais goût ? J'aime vraiment tes histoires. Et j'avoue que celle du coiffeur qui pète un câble m'a vachement scotché.
  • Merci René, c'est sympa d'écouter les vagues à l'âme d'un auteur angoissé.
  • Au lieu de te répandre en remerciements inutiles, vise un peu, on a d'autres clients.
  • Ma parole, qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui ?
Marcus sortit de la station essence et salua ses nouveaux clients. Ils voyageaient à bord d'une vieille Vectra des années, au moins soixante. Les passagers semblaient se quereller. Le conducteur, un homme robuste, était apparemment gêné par son passager. Celui-ci était plus petit que lui, plus gros aussi. Il avait sur sa tête un masque de pilote de chasse et une fois sorti de la voiture, il se mit à faire l'avion sans doute pour amuser l'enfant qui les accompagnait.
  • Arrête tes conneries, dit S.
  • Mais c'est pour l'amuser.
  • Ben, c'est pas efficace. Il te regarde comme si tu étais un fou.
  • Pff, l'écoute pas petit. C'est un rabat-joie de naissance. Il ne sait pas s'amuser, lui. Mais tous les deux, il fit un clin d'œil à l'enfant, on s'comprend.
Le Rat continua de virevolter, secouant ses bras dans tous les sens. Puis, il revint vers la voiture et se contempla sur un des rétroviseurs.
  • Tu trouves pas S qu'elle me va bien cette casquette.
  • Sûr ! Avec con costume tout fripé et tes lunettes de taupe, t'as fière allure.
  • Jaloux !
  • Je te rappelle que Buzzard n'était pas mort.
  • Et alors, vu dans quel état lu l'as laissé, à mon avis, les vautours auront fini le boulot. Il ne reviendra pas la récupérer. N'empêche, heureusement qu'on est retourné le voir après votre petite causette pour lui prendre ce qu'il avait. Et je te ferais remarquer que j'ai toujours pas eu droit à un merci.
  • Ouais, et ben au lieu de t'admirer, va plutôt nous acheter de quoi bouffer.
  • Et s'il te plaît, c'est pour les chiens ?
  • Magne !
  • Communiste !
Le Rat obéit non sans faire la grimace. Il emmena l'enfant pour qu'il choisisse ce qu'il lui plaisait, barres chocolatées bien grasses, pop-corn bien sucré et soda en tout genre. De la bouffe de gosse en fait, seulement l'enfant n'était pas comme les autres et il traîna le long des allées de la station. Le Rat prit pour lui quelques sandwichs industries bien mous et collant au palais. Il en emporta aussi pour S bien qu'il ne connaissait pas trop ses goûts en matière culinaire.
René, le patron de la station, commença à encaisser les produits ramassés par le Rat. Ce dernier ne put s'empêcher de commencer une petite conversation informelle.
  • C'est plutôt calme ici, non ? Vous devez pas voir tant de monde que ça ?
  • M'en parlez pas, depuis ce matin, j'ai vu passé une demi douzaine de voitures de fédéraux.
  • Des fédéraux ?
  • Ouais, avec leurs bagnoles biens noires, leurs lunettes de soleil, leurs costumes trois pièces et leur allure de militaires du dimanche.
  • Et ils ont dit quelque chose ?
  • Non, faut dire qu'avec eux, c'est plutôt la soupe à la grimace. Mais à mon avis, c'est sûrement à cause du couvre feu et de tout ce bazar. Par contre, y a un truc qui m'a frappé quand j'y repense c'est qu'y avait une femme avec eux.
  • Une femme ?
  • Ouais, une blonde avec un bandeau sur l'œil droit. Elle avait pas l'air commode.
Le Rat frissonna. Il se dépêcha de payer avec sa vraie fausse carte de crédit remplie de crédits piratés. Il emmena l'enfant avec vers la sortie alors que Marcus finissait de faire le plein à l'extérieur. Il se dirigea vers S, inquiet.
  • Ta copine là, Erika Zero, t'as bien dit qu'elle était borgne, non ?
  • Ouais. Pourquoi ?
  • Le gérant l'a vue ce matin avec des fédéraux. Ils sont pas loin.
  • Génial.
Alors que Le Rat continua de harceler S de questions et de remarques alarmistes sur l'état du monde et sur sa condition humaine de plus en plus précaire, l'enfant regardait Marcus qui remettait le bouchon de la Vectra à sa place.
  • Ça va petit ? Tu vas bien ?
  • Il faut que tu continues, tu dois voir et tout raconter.
  • Raconter ? Et qu'est-ce que je dois raconter ?
  • Ce qu'il va arriver.
  • Et qu'est-ce qu'il va arriver ?
  • La fin.
  • Mais si c'est la fin, il n'y aura plus personne pour écouter ou pour lire.
  • Après la fin, il y aura un début et tout recommencera.
Le Rat appela l'enfant qui retourna à sa place, à l'arrière du véhicule. S paya le plein à Marcus et la Vectra repartit dans un nuage de poussière. René qui était resté dans la boutique, méfiant après sa conversation avec le Rat, rejoignit Marcus.
  • Curieux ces gens-là, tu trouves pas ?
  • Ouais et puis, étrange ce gamin.
  • Hum, on aurait dit qu'ils venaient d'une autre planète. C'est vraiment la journée la plus étrange depuis bien longtemps. D'abord les feds, puis maintenant ça. Faudrait l'écrire celle-là tiens. Toi qui cherchais une idée de roman ou d'histoire, en voilà une. Deux gars avec un gosse dans le désert.
  • T'as raison René, je vais plutôt me mettre à la science-fiction. Tout ça m'a donné des idées.
  • Tu vois, je t'avais bien dit que tu avais ça dans le sang. T'as peut-être pas l'inspiration magique, mais t'as quand même quelque chose en plus.
  • Mouias, peut-être. N'empêche que, je sais pas jusqu'où ça va m'emmener cette histoire. C'est toujours ça le problème quand on a une idée. Faut l'étoffer, la développer.
  • Et alors ?
  • Et alors ? T'es marrant toi, c'est pas si facile.
  • Bah ! Chuis sûr que cette fois, c'est la bonne.
  • Si tu le dis.
Marcus regarda au loin en disant ces mots. Il repensa à l'enfant. Si seulement, il pouvait dépasser le stade du troisième chapitre cette fois.

© Emmanuel Blas





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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas