Cycle 2

1...789101112

Chapitre neuf : Bad news


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape


Le Maître était lassé de tout ça. Lassé de jouer avec les ombres, lassé de poursuivre l'enfant, lassé de tout. Une fois de plus, rien ne se passait comme il le souhaitait. Une fois encore, l'enfant lui avait échappé. Il avait utilisé ses pouvoirs et des pans entiers du cosmos allaient s'évanouir comme s'ils n'avaient jamais existé. Plus rien ne compter à présent. Lui et tous les autres allaient bientôt disparaître. La guerre, les aliens, tout cela n'avait plus la moindre importance. Il s'enfonça plus profondément dans son fauteuil et il observa les flashs d'infos de la télé. Ils passaient en boucle des images du couvre-feu, des convois militaires qui patrouillaient la nuit. Ils rediffusèrent l'allocution du président dévoilant la présence des ombres et de leur dangerosité. Tous les citoyens devaient participer au combat. L'Amérique en sortirait plus forte et plus unie que jamais, disait-il. Des conneries. Mais, au moins, il savait les dire. Les Américains n'avaient pas protesté contre la délégation des pleins pouvoirs. Ils avaient agi en bons citoyens, partisans du risque zéro. Encore une belle victoire de la démocratie, pouvait-on lire dans les journaux. Quelle ironie.
Ce spectacle affligeant permettait au moins au Maître de ne pas trouver le temps long. En attendant l'heure fatidique. L'heure de la fin. L'heure où la réalité allait disparaître. Chaque être vivant allait s'effacer comme on efface une rature sur une page. Et après, on recommence. On réécrit sur la feuille. Le Maître n'avait pas peur de mourir. Il savait que tout allait recommencer, il l'avait vu. Les autres l'ignoraient, mais lui, il savait. Évidemment, c'était un peu tricher, mais qui s'en souciait ? Personne ne viendrait l'arrêter pour avoir ressuscité. D'ailleurs, personne ne le croirait. Et puis, il était intouchable, à sa place. Néanmoins, tout cela était une nouvelle perte de temps. Il allait devoir encore attendre avant de la revoir. Elle lui manquait tellement. Tellement. Il regarda la date du jour inscrite sur son agenda holographique qui planait au-dessus de son bureau, le 24 mars. Combien de jours avant la fin ? Encore combien d'heures à attendre ?

Petersen pianotait depuis des heures sur son ordinateur, en vain. Tous les appels émis depuis le numéro des bureaux d'Incorps au Toronto Plaza n'aboutissaient nulle part. Les noms des sociétés contactées ne figuraient sur aucun registre. Aucune trace des Natas Inc ou de Ophtimes Data Corporation auprès des chambres de commerce, des impôts ou des compagnies d'électricité. Même les immeubles n'existaient pas. Les adresses étaient fausses. Pourtant la liste des communications indiquait des coups de fil de plusieurs minutes. Tout cela n'avait aucun sens. Personne ne peut appeler quelqu'un qui n'existe pas. Petersen fixaient les noms, mais aucun éclair de génie ne vint frapper ses neurones afin de les réveiller.
Plongé dans ses recherches, il ne voyait pas ses collègues policiers qui l'observaient attentivement. Il avait été réaffecté, mais les hommes du 27e n'avaient pas été prévenus. Personne ne comprenait toute cette agitation soudaine qui frappait le commissariat. D'abord la mort brutale de Davis, ensuite, le couvre feu puis, maintenant, le retour de Petersen. Tout cela inquiétait le personnel du 27e. Petersen, lui, était trop immergé dans sa liste d'appels pour se rendre compte de la tension. Pourtant, il savait que ce n'était qu'une question d'heures avant que le capitaine ne l'arrête définitivement. Son bluff ne ferait pas illusion longtemps. Il regarda sa montre, déjà huit heures d'enquête à travers tout le réseau et toujours pas le début de la moindre piste.
Il avala une nouvelle gorgée de café froid. La page Internet du moteur de recherche attendait un nouveau mot-clé, mais rien ne vint. Petersen ne fit rien. Il jeta un œil autour de lui. Les quelques curieux qui l'observaient détournèrent la tête. Il sourit face à cette réaction bassement humaine. Il scruta le plafond.
« Et si c'était vrai ? »
Petersen rebondit sur sa chaise. Ses muscles endoloris par la position assise se réveillèrent. Ses neurones se remirent à s'agiter. Il n'avait toujours pas compris le fin mot de l'histoire, mais il connaissait quelqu'un qui pourrait, peut-être, décrypter le message.

Extrait de l'émission Ere plus clair du jeudi 19 avril.
« Non, mais vous les croyez, vous ? Honnêtement, qui peut croire cette histoire d'ombres en plein milieu de nos villes ? On se croirait dans un mauvais roman des années 50 ! Il se prend pour Orson Wells notre président ? Des ombres ! Mais où sont-elles bon sang ? Où sont-elles ? Déjà que les terroristes islamistes du Pakistan, c'était fort, mais là, ça dépasse l'entendement ! Et ils sont tous là, les médias, à dire amen, à diffuser des messages de propagande patriotiques ! Non, mais c'est quoi tout ce bordel ? Faut réagire, dire non ! Non, nous ne sommes pas un pays dictatorial ! Nous sommes dans un pays libre, j'ai des droits, nous avons tous des droits ! Et je refuse que, sous prétexte d'invasion alien, on me les retire sans que je puisse dire mon opinion ! »
« Pourtant Chris, on a vu des images édifiantes la semaine dernière. Vous ne pouvez pas nier que ces ombres existent. »
« Elles existent ? Alors ça y est, il suffit qu'on vous montre une image floue, tremblante, avec un commentaire du vice-président pour que vous croyiez qu'on a affaire à une invasion extraterrestre ! Non mais, vous vous foutez de moi j'espère ? Y a rien, c'est du vent ! Du bourrage de crânes ! Ils veulent nous réduire à l'état d'esclaves ! »
« Alors, selon vous, tout ce que nous voyons serait le fruit de manipulations gouvernementales ? Mais alors, dans quel but ? »
« Pour réduire nos libertés comme je l'ai dit ! Et puis, vous avez vu à quelle vitesse ils ont réagi ? Immédiatement, ils ont balancé leurs pseudo-soldats génétiquement modifiés ! »
« Oui, c'est un beau progrès ça, ces soldats. Grâce à eux, il n'y aura plus de victimes humaines ! »
« Mais enfin David, avec quoi pensez-vous qu'on les a fabriqués ? Ils sont aussi humains que nous ! »
« Et bien, nous poursuivrons ce passionnant débat après un peu de pub, à tout de suite ! »

  • C'est quand même un peu fort ça !
  • Quoi ?
  • Je dis que c'est un peu fort ça !
  • J'avais compris bon sang ! Mais c'est quoi ?
  • On est en plein désert avec des centaines de signaux à nos trousses sur le Net et là, paf, un autre.
  • Et alors ?
  • Alors ? Je comprends pas pourquoi après tout ce temps, ils en envoient un de plus. C'est louche. Je vais essayer d'en retrouver la source.
  • Mais on va se faire…
  • T'inquiètes S, papa Raton est un pro, aucun risque qu'ils nous repèrent !
  • Alors, ça donne quoi ?
  • Eh minute, je sais qu'on est au XXIe siècle, mais j'ai encore une bécane qui date du siècle précédent alors, deux secondes.
  • Ça va prendre longtemps ?
  • Et voilà ! Ben ça alors !
  • Quoi ?
  • Ça pour une surprise !
  • Quoi ?
  • Le monde est vraiment bizarre…
  • Tu vas me répondre putain !
  • Ok, ok, pas la peine d'être grossier. Y a un enfant à bord je te rappelle. C'est un flic qui nous envoie un signal.
  • Un flic ?
  • Ben oui, ça provient d'un poste de police de New City.
  • Et alors ?
  • Alors ? Jusqu'à présent, seuls les feds nous bombardaient de signaux pour nous repérer. Pourquoi un flic ?
  • On s'en fout c'est louche. N'ouvre pas le signal, on va être repéré.
  • Mais si c'était important ? Peut-être que quelqu'un essaye de rentrer en contact avec nous. Et si c'étaient tes employeurs ? Ils ont peut-être eu écho de nos aventures.
  • Tu éteins ça et tu laisses tomber ! De toute façon on va bientôt arriver chez mon ami et on en reparlera à ce moment-là.
  • Si on y arrive. Car, si tu regardais devant toi, tu verrais des voitures, des gens probablement habillés en noir et une femme avec un bandeau.
  • Et merde !
  • Pourquoi faut-il toujours que tout se finisse par un gros mot ?

© Emmanuel Blas





1...789101112

Copyright Emmanuel Blas ©. Tous droits réservés. http://www.omnitempus.quelquesraresqualites.frPartenaires : Fleurs de Sakura Manga | Fleurs de Sakura Comics
Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS
mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas