Cycle 3

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Chapitre deux: Le shérif


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Ça y était ! Ils touchaient enfin au but. Enfin, c'était façon de parler car, à vrai dire, ils ne savaient pas vraiment si la ligne d'arrivée qu'ils venaient de franchir ne risquait pas de se transformer rapidement en simple étape. Car, même si S semblait satisfait, il n'avait offert à ses compagnons aucune véritable garantie. Certes, le semblant de ville où habitait son ami était une cachette idéale, mais est-ce que cet artifice allait suffire ? Rien n'était si sûr. En tout cas pas pour le Rat qui marmonnait depuis des heures dans son coin. Le chasseur de primes, conscient du malaise, essaya de le rassurer.
  • Ils ne nous trouveront pas. Je connais bien Al. Il est encore plus parano que toi. Et puis avec ce qui lui est arrivé, il ne fait plus confiance à personne.
  • Mouais, et pourquoi alors il te fait confiance à toi ? Me dis pas que c'est pour tes beaux yeux, répondit le Rat ironiquement.
  • C'est une longue histoire.
  • Mouais, bien sûr… Et c'était censé de donner envie de le voir ? Écoute, je sais même plus pourquoi je suis là. Ça fait, je sais plus combien de jours qu'on roule comme ça. Mon ordi est mort, je suis crevé et j'ai un putain de mutant à côté de moi. Alors ton histoire d'amitié virile, tu permets, tu peux te la fourrer où je pense.
S freina brutalement à peine le premier carrefour de la ville franchi.
  • Toi aussi tu vas m'écouter ! Si ça fait des jours qu'on roule, c'est parce que des enfoirés de fédéraux veulent nous retrouver pour attraper le mutant comme tu dis. Et je te rappelle que ces enfoirés ont tué ma mère alors si tu crois que tes petites angoisses d'informaticien péteux vont me faire changer d'avis, c'est toi qui te goures !
  • Quelqu'un devant, dit le garçon en montrant un homme corpulent qui avançait la démarche décidé vers leur voiture.
  • Et lui, tu le connais, questionna le Rat ?
  • Jamais vu.
  • Génial, tu vois là, je suis encore moins rassuré.
L'homme qui mesurait au moins deux mètres et qui devait peser un certain poids vint se placer en face de la portière du conducteur et arracha celle-ci. S se mit à chercher son arme, mais l'inconnu le saisit immédiatement par le blouson et l'extirpa du véhicule. Soudain un coup de feu retentit. Le Rat sortit de la Vectra.
  • Tout doux Fred, tout doux.
Le colosse relâcha la pression sur le blouson de S sans pour autant le reposer.
  • Je le connais, tu peux le faire descendre.
S retrouva enfin la terre ferme et jeta un œil inquiet sur son robuste interlocuteur. Il déglutit. Finalement, même après avoir vu le père Grégoire, il arrivait encore à être surpris. S tourna sa tête pour voir celui qui lui avait sauvé la mise.
  • Alors comme ça, c'est donc vrai ! T'es en cavale !
  • Content de te revoir Al !
S et son ami s'étreignirent. Le Rat observa la scène non sans un certain agacement. L'homme tenait un vieux modèle de fusil. Il arborait une fière moustache et ses longs cheveux gris lui donnaient l'image d'un clochard tendance ivrogne. Le Rat fit le tour de la Vectra pour obliger S à le présenter. Il remarqua aussitôt la jambe métallique du vieil homme.
  • Je te présente le Rat.
  • Hum, elle te plait ma jambe ?
  • Quoi ? Oh pardon, mais j'ignorais que…
  • Que quoi ? Que l'armée américaine en plus de m'avoir pris mes meilleures années elle m'a aussi enlevé ma jambe gauche. Eh ben maintenant tu sais ! Sinon, je m'appelle Al Bundie et lui c'est Fred, mon conseiller spirituel !
  • Votre quoi ?
  • Conseiller spirituel, c'est moi où il est un peu lent ton pote, S ?
  • Non, c'est qu'après tout ce chemin, il est comme son ordinateur. Il a les batteries à plat.
  • Ha, Ha, et tu te crois drôle gros malin, répondit sèchement l'ingénieur.
  • T'inquiète pas pour ta voiture, on la réparera chez moi. Vous nous suivez ?
Fred poussa alors la voiture tandis que S et son ami s'isolèrent pour discuter. Le Rat remarqua que l'enfant sourit au géant et que celui-ci lui répondit gentiment d'un signe de tête. « Attention gros lard, songea-t-il, ce gamin bouffe du conseiller spirituel au petit dej ». Tout autour d'eux, la ville qui s'appelait Los Temptos commençait à s'éveiller. Il n'était que huit heures et les petits commerces ouvraient lentement leurs portes comme s'ils avaient attendu que Al et Fred ôtent leurs inquiétudes quant à la venue des étrangers. Car, tous les habitants savaient déjà qu'ils étaient arrivés. « Dans quel pétrin il nous a fourré, se dit l'ingénieur ? À l'heure qu'il est, y a sûrement un de ces bouseux qui a envoyé un mail quelque part et dans pas longtemps les fédéraux vont rappliquer. Mais à quoi il joue ? » Pendant qu'il rongeait son frein, S et Al discutaient trois mètres plus loin.
  • Votre escapade est sur tout le réseau.
  • Je sais, je sais. Je pensais qu'avec leur cessez-le feu dans tout le pays qu'on pourrait gagner du temps.
  • Tu as raison, mais c'est reculer pour mieux sauter. J'ai lu trente-six versions différentes de ton histoire, qu'est-ce qu'ils te veulent ?
  • À moi ? Rien. C'est le gamin.
  • Le gamin ? Et pourquoi ?
  • Oh, c'est une trop longue histoire et moins tu en sauras, mieux ce sera. Tu penses qu'ici on est en sécurité ?
  • Pas de problème. Personne ne parlera aux feds s'ils viennent. Ça, tu peux me croire.
Al avait beau être rassurant, S se sentait prisonnier malgré tout. Les récents évènements avaient ébranlé toutes ses certitudes. Lui qui pensait que l'enfant était un gentil, il devait se rendre à l'évidence, ses pouvoirs étaient très dangereux. Et si, finalement, les fédéraux voulaient l'arrêter pour le contenir ? Et qui sait, peut-être allait-il s'en prendre à lui aussi ? Il suffisait d'une remarque pour qu'il détruise toute une ville. Il l'avait d'ailleurs fait à Dakota. Malheureusement. Alors que faire à présent ? Pendant tout le trajet, S avait espéré une idée lumineuse, un éclair de génie, mais rien ne lui était venu si ce n'est la cruelle certitude de se rapprocher d'une impasse. Et maintenant, il se trouvait au pied du mur avec une terrible question : quoi faire ? Son regard croisa celui du Rat qui marchait devant lui. Ce dernier semblait lui répondre : on est bien avancé.

Situé à la frontière entre l'Arizona et le Nouveau-Mexique, Los Temptos était une de ces petites bourgades fort sympathiques typiquement américaines avec ses vieux paysans racistes, ses serveuses obèses et qui couchent pour un regard. On y trouvait également des routiers eux aussi obèses qui ne faisait que passer avec leurs semi-remorques remplis d'immigrés clandestins. D'où le racisme des paysans. Tout sentait l'Amérique profonde comme disent les médias comme si profondeur était synonyme de candeur et de charité entre humains. Mais tous ceux qui vivent à Los Temptos vous le diront « Los Temptos, c'est le plus petit trou du cul du monde ! » et encore, on pourrait disserter encore longtemps sur le sujet.
Une fois chez Al, celui-ci expliqua la situation et il se voulait rassurant. Certes, les habitants étaient déjà au courant de leur arrivée, mais depuis qu'il avait réduit en bouilli, au sens propre, une vilaine bande de malfrats du Rio Grande, il avait pris du galon et les habitants le considéraient comme le shérif non-officiel en titre. Le maire étant, lui aussi, satisfait de la situation, il le laissait vivoter grâce à de menus trafics avec les villes environnantes. Bref, tout le monde s'y retrouvait.
  • Et comme en plus, on est loin de tout, vos fédéraux nous connaissent sûrement pas. Vous pouvez alors rester aussi longtemps que vous voulez.
  • Y a quand même un os, dit le Rat fier d'avoir trouvé la faille dans tout ce parfait système.
  • Ah oui et c'est quoi, demanda S. Ça fait à peine deux heures qu'on est là et tu vois déjà un os.
  • Effectivement, y a un os ! Et pas un petit. Je vous rappelle qu'on n'est pas loin de Flagstaff.
  • Et alors, répliqua le chasseur. Me dis pas que ton ex habite là-bas.
  • Marrant celle-là… Non, c'est qu'il y a très longtemps l'Etat américain a mené des recherches scientifiques à Flagstaff. Et à mon avis, ils ont dû garder un œil sur le secteur. Alors, tout ce baratin sur la sécurité, moi, à votre place, j'y croirais mollo.
  • C'est vrai ça, Al ?
  • Ton pote a raison, mais ils ont quitté la zone il y a un bon moment maintenant. En tout cas, même si c'est vrai, ils n'ont jamais montré le bout de leur nez. Et ce, même depuis le couvre-feu de ces derniers jours. J'vous le dis, ici, on viendra pas vous faire chier.
Le Rat n'en croyait pas un mot. Tout ce déballage de garanties l'exaspérait au plus haut point. Ce n'était pas seulement parce qu'il avait vécu des aventures extraordinaires. Non, c'était juste une certitude. Et ce qui le rendait encore plus nerveux c'était l'aveuglement brutal de S. Comment pouvait-il être si naïf ?. L'ingénieur comprit que son compagnon ne l'écouterait pas, quoi qu'il dise. Le mieux était d'attendre que les évènements lui donnent raison en espérant qu'ils ne prendraient pas des proportions dramatiques.



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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas