Cycle 3

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Chapitre trois : Les bons plans


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Cela faisait un bon moment que Petersen attendait, seul, assis sur une chaise à l'intérieur d'une salle d'interrogatoire. Des salles comme celle-ci, il en connaissait des tas, mais elle avait l'odeur d'urine en moins et la propreté en plus. Elle était même trop propre comme si ce qu'on y faisait à l'intérieur exigeait des travaux intenses de nettoyage. L'inspecteur se demandait s'il allait être torturé, frappé, si on allait lui arracher les doigts un à un, lui brûler les organes génitaux ou d'autres parties de son corps. Il avait beau passer en revue, dans un élan morbide, tout ce qu'on pouvait lui faire, il était très serein. Tout cela ne l'affectait guère. Après tout, il connaissait déjà la fin de l'histoire. Il avait un peu trop fouillé, mis le nez là où il ne fallait surtout pas et il allait en payer le prix. Rien d'étonnant. Quand on cherche les emmerdes, on finit toujours par les trouver.
Un homme entra, le crâne chauve, un costume sombre très élégant. Il ne semblait pas menaçant. « Ce sont les pires, estima Petersen. Ils sont capables des pires atrocités ». L'inconnu se plaça devant le policier, mais il resta debout. Il ne dit pas un mot comme s'il observait sa future victime. Comme s'il cherchait par où commencer ses sévices. Petersen s'impatientait. Il préféra lancer la conversation dans un ultime sursaut d'humanité.
  • Votre copain Gambers ne vient pas assister à la scène, ça lui ferait sûrement plaisir.
  • Gambers ne viendra pas, lui répondit l'inconnu avec un ton rassurant. Nous avons eu des modifications dans le personnel.
  • Dommage, je le trouvais charmant.
  • Je sais, c'est un homme qui sait se faire remarquer, mais vous n'aurez plus affaire avec lui désormais.
  • D'ailleurs, je n'aurais plus affaire avec grand monde, c'est ça ? Vous allez en finir. Effacer les traces de mon enquête. Tout faire disparaître.
  • Vous avez beau être perspicace, inspecteur, vous vous trompez sur mon compte. Je ne vais pas vous torturer.
  • Ah oui, vraiment ? Alors pourquoi je suis menotté, pourquoi m'avoir emmené de force ? C'est comme ça que vous invitez les gens chez vous ? Drôles de manières !
  • Vous n'y êtes pas, insista l'homme calmement.
  • Alors quoi ? Vous voulez que je vous dises ce que j'ai fait de la liste des télécommunications d'Incorps ?
  • C'est inutile. Cette liste ne mène nulle part, nous avons déjà enquêté et c'est une impasse.
  • Alors quoi ? Vous voulez que je vous dise où j'ai envoyé les infos ?
  • Sur le net, nous le savons également, mais je doute fort que ces informations ne servent à grand chose. C'est une toute petite pièce du puzzle.
  • Mais alors quoi bon sang ! Ça fait des jours que je tourne en rond pour un truc qui ne sert à rien et en plus on m'arrête !
  • Vous avez raison, tout cela ne sert à rien car dans quelques jours tout va disparaître. Toute cette réalité va s'envoler comme si tout n'avait jamais existé. Et vous savez quoi ? C'est qu'après tout va recommencer. Encore et encore, jusqu'à ce que le plan soit parfait.
  • Mais de quoi parlez-vous ?
  • Un enfant a été enlevé par des personnes qui travaillaient pour Incorps. Cet enfant est un enfant particulier avec des pouvoirs extraordinaires. Il a été conçu…
  • Conçu ?
  • Oui, conçu ! Conçu pour une tâche bien précise, mais dès qu'il utilise ses pouvoirs, il crée une autre réalité. Vous avez déjà entendu parler des mondes parallèles ?
  • Euh, seulement dans les séries télé…
  • Eh bien dans ce cas, vous savez sûrement qu'à chacune de nos actions répond une réaction. Mais, hélas, nous ignorons toujours ce qui se passe de l'autre côté. Que se serait-il passé si nous avions ouvert l'autre porte. Eh bien cet enfant rend tout cela possible.
  • Et c'est pour cela qu'il a été enlevé ?
  • Absolument. Vous imaginez le potentiel qui s'ouvre à celui qui le détient. La clé pour ouvrir toutes les portes. Refaire sa vie, refaire le monde.
  • Un monde sans Hitler, un monde sans dictateurs…
  • Entre autres choses.
  • Et selon vous, si je vous suis bien, cette réalité, la nôtre, va disparaître.
  • En principe.
  • En principe, mais vous disiez que…
  • Je sais ce que j'ai dit, mais, voyez-vous, ce n'est pas une science exacte. Nous sommes soumis à de multiples aléas. Voyez, à l'heure où je vous parle, l'enfant devrait être ici. Et comme vous pouvez le voir, ce n'est pas le cas. La personne qui devait se charger de cette mission a failli. Cet incident va avoir de multiples répercussions dont j'ignore encore toutes les portées. Et d'ici que je les trouve, il se sera passé d'autres évènements. L'équation comporte de trop grandes inconnues.
  • C'est bien joli votre histoire, mais je n'en vois toujours pas l'intérêt. Car, sans vouloir vous manquer de respect, je ne peux absolument rien y faire. Je n'ai pas de pouvoirs mutants ni la possibilité de voyager dans le temps. Alors, à moins que vous ayez une idée, je ne vois pas l'intérêt d'une telle conversation. Ça sent le remplissage inutile.
  • Oh, vous vous mésestimez inspecteur. Vous voyez, comme toute cette histoire risque de nous exploser à la figure, je préfère prendre quelques précautions.
  • Des précautions et pourquoi ?
  • Pour l'avenir, genre « On ne sait jamais ». Une petite police d'assurance, par précaution. Et, au fait, je vous ai un peu menti tout à l'heure. Ça risque de vous faire un peu mal. Un conseil : laissez-vous faire.

Le Rat somnolait dans une des pièces de la maison d'Al. Fred dormait à côté de l'enfant comme si ce dernier avait usé d'un charme d'envoûtement. Le grand Fred ne pouvait plus s'éloigner du petit. Les rôles étaient désormais bien écrits. Etonnant. Comme un récit de mythologie. Le colosse et l'enfant. S, lui, finissait son repas sans vraiment y prêter attention.
  • Tu réfléchis toujours autant en mangeant, dit Al pour faire sortir de sa torpeur son vieil ami ?
  • Mouais, désolé, je réfléchissais.
  • Dis donc, il est toujours aussi chiant ton pote le Rat ?
  • Ouais.
  • T'as toujours eu le chic pour t'entourer. Moi qui croyais que c'était uniquement avec les femmes. Je vois que c'est aussi valable pour les hommes.
  • Sérieusement, les feds sont partis de Flagstaff ?
  • Tu sais, je sors pas très souvent d'ici.
  • T'as sûrement une petite idée.
  • Ce que je sais, c'est que ça fait déjà des années que j'en ai plus vu un seul dans le coin. De là à dire qu'il n'y a plus rien.
  • Faudrait s'en assurer.
  • Tu comptes y aller ?
  • Juste pour y jeter un coup d'œil.
  • C'est idiot oui ! Tu devrais plutôt attendre ici que toute cette histoire se tasse. T'as pas écouté les infos ce soir ? Paraît que New City 2 a été attaquée par des extraterrestres. Ça va être la guerre genre la guerre des mondes. Le mieux que vous avez à faire, c'est de rester là. Même les aliens ne vont pas venir ici.
  • Tout comme je croyais être un simple chasseur de primes. Depuis quelques jours, je ne crois plus en rien. J'ai vu trop de trucs bizarres pour croire encore à des trucs cohérents. Et si pour en avoir le cœur net je dois aller à Flagstaff et bien j'irais là-bas.
  • Ben, dans ce cas, confie-moi l'enfant, le temps que vous y alliez avec le Rat. Si tu veux, Fred pourra vous y accompagner, il connaît un peu la région et puis, tu l'as vu à l'œuvre. Il est plutôt solide.
  • On verra.
Al n'insista pas. Il alla se coucher. La journée avait été longue et surprenante. S, quant à lui, se dirigea dans la chambre du Rat. Celui-ci était allongé sur un lit à peine défait. Sentant que son compagnon dormait d'un sommeil léger, il se faufila discrètement vers l'ordinateur portable de l'ingénieur qui était en train de se recharger, branché à une prise de courant. S souleva délicatement l'écran et alluma l'appareil.
  • Tu pourrais demander !
  • Désolé, mais j'arrivais pas à dormir.
  • Et on peut savoir ce que tu comptes faire ? T'as pris des cours d'informatique en accéléré ou tu veux bousiller un des rares vestiges du XXe siècle.
  • Je veux en savoir plus sur Flagstaff.
  • Ah ! Là, je te retrouve enfin ! Moi qui croyais que ton pote t'avait refroidi les neurones et que tu avais sombré dans un trip mélancolique.
  • Le Rat !
  • Oui, je sais, je sais...



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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas