Cycle 3

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Chapitre quatre : Une bien difficile mémoire


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Il ne savait pas pourquoi il était là. Il ne savait pas pourquoi il s'était garé dans cette rue, dans ce quartier résidentiel. Il ne savait pas pourquoi ce visage lui était si familier. L'enfant, qui était sur son vélo à faire des ronds devant l'entrée du garage, semblait si heureux. Ce petit bout d'homme qui devait avoir combien ? Cinq, six ans ? Il ne se doutait de rien. Il ne doutait pas que depuis près de deux jours, un homme chauve, assis dans une berline noire l'observait. Tout cela n'avait rien de sexuel. Ce n'était pas un pervers en manque de sensation. Ni même un tueur en série. En fait, c'était juste un homme perdu qui ne savait même pas pourquoi il était là. Il avait suivi une piste, un nom sur une liste et il était venu. Mais, il avait beau regarder l'enfant, il ne savait toujours pas pourquoi au fond de lui son ventre se serrait à la simple vue de celui-ci.

  • Objectif repéré, il est sur Riverside Park, quartier résidentiel nord.
  • Combien d'unités avez-vous besoin ?
  • Il me faut quatre véhicules, des hommes équipés et prêts à faire feu. Et n'oubliez pas l'équipe d'évacuation, pas comme la dernière fois. Il faut être discret. Personne ne doit nous voir. C'est une opération, je répète une dernière fois, de top priorité, secret défense et tout le toutim. Nous n'avons pas droit à la moindre erreur.
  • Vous aurez tout cela dans quelques minutes monsieur.
  • Dans quelques minutes ? Mais c'est maintenant qu'il me les faut bordel ! Magnez-vous ! Hors de question qu'il s'échappe.

La maison était grande, une peu prétentieuse comme toutes les maisons de ce genre. Montre-moi ta maison, je te dirai qui tu es, mais elle ne l'intéressait pas. C'était l'enfant qu'il voulait voir. A chaque fois qu'il le voyait de face, son sourire résonnait en lui de vagues murmures, des soupçons de souvenirs, quelque chose qu'il connaissait, mais dont le sens exact lui échappait. Il savait que sa mémoire lui jouait des tours, les médecins l'avaient prévenu. Ils lui avaient expliqué que son accident lui avait ôté quelques bribes de son passé. De toute façon, il n'avait pas d'enfants, de femme, de famille. C'était un agent discipliné, concentré et dévoué à son travail, sa patrie. Pourtant ses rêves étaient si réels, cette voix féminine dans sa tête si douce.

  • Vous avez établi le contact, vous l'avez en visuel ?
  • Oui monsieur. Il est seul semble-t-il. Les détecteurs thermiques ne signalent aucune autre présence.
  • Est-il armé ?
  • Impossible à dire monsieur. Nous sommes trop loin. Monsieur ? On me signale que les renforts sont arrivés. Quatre unités mobiles et une d'évacuation.
  • Parfait. Il y a combien de personnes en ce moment dans le quartier ?
  • Tous les résidents sont chez eux. Trois maisons sont vides sur les cinq.
  • Que les hommes se tiennent prêts à intervenir.
  • Et pour l'enfant ?
  • Quel enfant ?

Il devait lui parler. Peut-être que sa voix lui rappellerait quelque chose. Un voyage, une rencontre. Il devait en être sûr. Deux jours à errer avant d'arriver ici. On allait bientôt venir le chercher. Le temps lui faisait défaut. C'était maintenant ou jamais. Mais lui dire quoi ? « Bonjour petit, ma tête te dit quelque chose ? » Plutôt débile comme intervention. Non, il allait faire simple. Se faire passer pour un représentant. Ça c'était un bon plan. Impersonnel, neutre et plausible. En plus, il avait la tenue adéquate. Seuls les cheveux risquaient de poser problème. La perfection n'est pas de ce monde. Dans un monde parfait, il aurait toute sa tête, il n'aurait pas eu d'accident et ses souvenirs seraient à leur place.

  • Monsieur, il sort de son véhicule. Je répète, il sort de son véhicule.
  • Mais putain, envoyez quelqu'un emmener l'enfant !
  • Impossible, nos hommes sont en train de boucler le secteur.
  • Mais c'est pas possible, il faut intervenir maintenant !

Il sentait de la sueur qui lui coulait dans le dos. Ce n'était pas à cause de la chaleur. Non, c'était ses nerfs qui commençaient à céder. Il devait se contenir. Ne rien montrer. L'enfant pourrait s'affoler et il devait lui parler. Quelques mots, juste assez pour entendre le son de sa voix. Il traversa la rue qui le séparait de l'entrée de la maison. Il fit mine d'être à son aise, sûr de lui, mais au fond il grelottait, sa mâchoire claquait des dents et sa tension tambourinait jusque dans ses oreilles.
  • Bonjour petit.
  • ‘jour M'sieur.
  • Ta maman est ici ?
  • Dans la maison.
  • Tu sais si je pourrais lui parler.
L'enfant le regardait étrangement. Tous les deux se fixèrent une poignée de secondes. Cette fois, l'homme au costume noir était sûr de lui. Il le connaissait. Il ne pouvait pas l'expliquer, d'ailleurs son nom lui échappait, mais il connaissait l'enfant qui se trouvait face à lui, assis sur son petit vélo et qui semblait se dire la même chose que lui. Puis la porte de la maison s'ouvrit et un vertige indescriptible submergea l'homme.
  • David ? David, c'est toi ?
  • Je… Jennifer… mais que…
  • Reculez ! ! Reculez immédiatement !
  • À terre ! !
Trois hommes en tenue d'intervention spéciale avancèrent vers le couple reconstitué et leur enfant. Tous tenaient leurs armes pointées en direction du fugitif, prêt à faire feu sur le champ.
  • Écoutez, je suis de la maison, tenta d'expliquer l'homme au costume noir. Je suis agent du gouvernement. Laissez-moi vous montrer ma carte.
  • Ne faites pas ça ! Laissez vos deux mains bien en évidence.
Devant ce qu'il croyait être un simple malentendu, l'homme fouilla la poche intérieure de sa veste et les forces spéciales, en réponse, déclenchèrent une riposte terrible. Une pluie de balles vint s'abattre sur le corps innocent. Des cris de femme résonnèrent puis ce fut le silence.

  • Mais qu'est-ce que vous avez foutu !
  • Il a fouillé sa poche, on a pensé.
  • Mal, vous avez très mal pensé abruti. Vous n'avez pas été briefé ou quoi ? Il n'avait pas d'arme bon sang.
  • Désolé monsieur.
  • Désolé, désolé, c'est tout ce que vous avez à dire gros malin. Vous n'imaginez pas le bordel que vous venez de causer. Alors au lieu de vous excuser, allez maintenir le périmètre de sécurité et si j'apprends qu'une vidéo amateur de cette intervention circule sur le net, c'est moi qui vous trouerai la peau.
  • Bien monsieur.
Le chef des forces d'intervention s'éloigna de la scène pendant que son supérieur qui venait de l'engueuler téléphona avec son portable.
  • Monsieur, c'est Gambers, nous avons retrouvé Connors, du moins le troisième clone.
  • Tout s'est bien passé ?
  • À vrai dire, monsieur, nos forces ont dû intervenir.
  • Et ?
  • Et ils ont dû abattre le clone.
  • C'est regrettable. Mais c'était le dernier au moins ?
  • Oui monsieur, désormais tous les clones échappés ont été tués ou capturés.
  • Bien. Autre chose Gambers, je vous sens tendu…
  • C'est que, monsieur, il y a eu un petit incident.
  • Je vois. Des victimes civiles encore une fois.
  • Oui, mais, en plus, il s'agit de la femme de Connors.
  • Vous voulez dire que le clone a réussi à retrouver la femme de Connors ? Quelle vitalité, c'est impressionnant. La femme a donc été éliminée. C'est dommage. Autre chose ?
  • Il reste encore leur enfant, Soren. On en fait quoi ?
  • Soren… Eh bien, trouvez-lui une famille d'accueil. Quelque chose, mais tâchez de l'éloigner le plus loin possible de nous cette fois Gambers. On ne doit plus entendre parler de lui, c'est clair ?
  • Très clair monsieur.



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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas