Cycle 4

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Chapitre onze : « Ci gît le monde que tu as engendré ! » 


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Quand S se releva, il eut d'abord mal aux yeux. Il pensa même être devenu aveugle. Puis, progressivement, ses yeux s'habituèrent à la lumière vive qui, d'ailleurs, diminua d'intensité. Puis, il toussa. La poussière. Il regarda autour de lui. Fred, le Rat faisaient comme lui. Ils étaient bien là, debouts, tâtonnants autour d'eux avec leurs bras, inquiets et abasourdis à la fois. S se mit alors à avancer, mais il fut pris d'un terrible vertige qui le fit s'arrêter. Sa tête n'avait pas encore complètement réalisé que tout était fini. Il s'arrêta à nouveau, s'appuyant sur un mur qui se trouvait au bon endroit. Il ne pourrait pas courir le cent mètres aujourd'hui.
  • Je crois que je vais vomir, dis le Rat.
  • La ferme, tu veux, répliqua S !
Il laissa passer défiler quelques secondes ou quelques minutes, il avait perdu la notion du temps. Tout ce qu'il se souvenait c'était l'enfant en lévitation prêt à affronter Messayah, le chef des aliens. Après, plus rien, si ce n'est un flash et une lumière aveuglante. Il reprit son élan et se décida à avancer à nouveau. Il allait mieux. Il put faire quelques pas. Il sortit de l'abri dans lequel ils s'étaient tous les trois réfugiés et réapparu à la lueur du jour. New City 4 était devant lui, calme, apaisée et surtout sans la moindre trace d'extraterrestres. Aucune soucoupe ne flottait dans le ciel, aucune ombre ne semblait être dans les rues, c'était fini ?
  • C'est une blague ou je suis mort, demanda le Rat ce qui fit sursauter S ?
  • Moi, pas mal, moi soulagé.
  • Mais c'est pas à toi que je cause !
  • J'en sais rien Rat, j'en sais foutrement rien.
  • Non, je dis ça, parce que si je suis mort, ça ressemble vachement à New City 4.
  • Je sais, je sais, j'suis pas aveugle !
  • Je commence à croire qu'on est vivant.
  • Ah oui, et qu'est-ce qui te fait dire ça ?
  • Ben, tu me gueules dessus, non ? C'est plutôt bon signe.
  • Si tu veux.
  • Tu crois qu'il est mort ?
  • A ton avis, répondit S agacé ?
  • La vache…
Le Rat et Fred essayèrent, malgré tout, de retrouver la trace de l'enfant parmi les décombres, la fumée et les poussières du dernier champ de bataille terrestre. S aurait bien voulu les aider, mais il savait que tout cela était vain. L'enfant était mort, en héros, et S détestait les héros. C'était toujours à lui de les enterrer.

A des centaines de kilomètres de là, en Italie, dans un bâtiment surplombant la place Saint Pierre, se tint, au même moment, une réunion qui allait sceller le sort de l'humanité. Installés dans une grande salle de conférence située dans un des nombreux sous-sol de la demeure conçue en pleine Renaissance, une poignée de cardinaux et d'archevêques discutaient du passé, du présent et surtout de l'avenir.
  • Tout le monde s'est exprimé je crois, dit celui qui semblait être le délégué de l'assistance.
  • Non !
  • Pardon, Sire Alexandre, je croyais que…
  • ASSEZ !
Un silence morbide saisit les invités de la réunion. Tous avalèrent leur salive, le Sire Alexandre allait s'exprimer, tous savaient ce que cela pouvait signifier.
  • Messieurs, dit Alexandre en se levant ! Assez de ces réunions interminables, de ces banquets inutiles et vains ! Allons-nous encore attendre avant d'oser dire les choses par leur nom !
  • Que voulez-vous dire, demanda le délégué ?
  • Nous avons assez attendu. L'espèce humaine a montré ses limites, il est temps de passer à l'étape suivante. Il est temps de songer à l'avenir.
  • En êtes-vous si sûr, dit une voix située à l'autre extrémité de la table. Ne croyez-vous pas que vous allez vite en besogne ?
  • Hum, j'oubliais Sire Duncard, que vous appréciez l'espèce humaine. Mais, je crains, que votre estime ne vous voile encore la face. Ils ont montré leurs limites, non ?
  • Messayah a été vaincu, il me semble.
  • Et après ? Dans quelques années, ils reviendront, avec de nouvelles soucoupes, de nouvelles armes et que feront les humains ? Rien !
  • Nous disions déjà cela la dernière fois et regardez…
  • Alexandre a raison Duncard, dit une troisième voix, il est peut-être temps de passer à l'étape supérieure. Nous attendions le moment propice et une occasion comme celle-là ne se reproduira pas de sitôt.
  • Oui, dit un autre invité, ils sont faibles, moins nombreux, c'est le moment rêvé ! Ils ne pourront pas se relever après une telle catastrophe. C'est le moment ou jamais !
  • Voyez Duncard, je ne suis pas le seul à penser que le moment est arrivé. L'espèce humaine doit céder sa place, c'est dans l'ordre des choses.
  • Nous pouvons en discuter. Ce genre de décisions demande réflexion, non ?
  • Bien sûr Duncard, je suis sûr que nos chers amis ont hâte d'entendre vos arguments, siffla Alexandre.
  • Comme je l'ai dit, c'est déjà arrivé, par le passé, que les humains nous surprennent. Souvenez-vous la peste au XIVe siècle, les guerres du XXe siècle. Nous pensions qu'ils allaient disparaître. Et nous nous trompions. Les humains sont une race tenace. Faible, certes, mais incroyablement tenace.
  • Et alors, dans l'état où ils sont, ils ne pourront rien nous faire. Il n'y a pas de plan de secours. Ils sont à terre, finissons-en !
A peine Alexandre eut-il fini sa phrase que des murmures d'approbation résonnèrent dans la salle. Duncard se renfrogna.
  • Ils ne pourront pas nous arrêter, poursuivit Alexandre, sûr de lui. Ils sont faibles, épuisés et plus aucun gamin aux pouvoirs démesurés ne pourra les sauver cette fois. Messieurs, je crois qu'il est temps !
A nouveau, il eut des signes d'approbation générale. Cette fois plus nombreux et plus bruyants. Alexandre se rassit et fixa Duncard, convaincu d'avoir remporté la victoire.
  • Pauvres sots, dit soudain Duncard, alors que tous pensaient que la cause était désormais entendue. Vous êtes vraiment trop naïfs…
  • Quoi, demanda le délégué qui pensait la réunion achevée ?
  • Qui vous dit que le garçon est vraiment mort ?
Stupeur dans l'assemblée.
  • Que voulez-vous dire Duncard ? Auriez-vous des informations que nous ignorions, exigea le délégué de plus en plus agacé.
  • Avez-vous oublié la teneur de ses pouvoirs ? Il s'est servi à quatre reprises de ses pouvoirs et vous savez tout comme moi les conséquences de tels actes. Il n'a pas seulement éradiqué toute trace de l'attaque alien. Il a bouleversé à jamais ce que nous avons coutume d'appeler le continuum espace-temps.
  • Foutaises, répliqua Alexandre ! Nul ne peut faire cela !
  • Détrompez-vous Alexandre, détrompez-vous. En agissant de la sorte, il a accru considérablement les chances de survie de l'espèce humaine. Car, désormais, il n'y a pas une mais plusieurs réalités. Et même si nous remportions la victoire dans cette réalité, qui nous dit que nous pourrions faire de même dans les autres. Vous ? Pouvez-vous nous le garantir, dit Duncard en fixant droit dans les yeux Alexandre dont le regard vacilla au bout de quelques instants. Si vous êtes si sûr de vous, dites-le à nos amis qui sont là. Je suis persuadé que cela les intéressera. Attaquer maintenant, reprit Duncard de plus belle, serait une terrible erreur. Terrible et précipitée.
  • Que nous conseillez-vous alors, demanda le délégué qui semblait pencher désormais en sa faveur ?
  • Je ne dis pas que nous devons rester les bras croisés. Mais nous devons agir avec précaution et efficacité. Avant de faire quoi que ce soit, nous devons d'abord être sûr que le gamin a bel et bien été effacé de cette réalité. Puis, nous devrons éliminer tous ceux qui pourraient l'aider à revenir. Il a eu de solides soutiens durant les récents événements et nous devons être sûrs qu'ils ne nous gêneront pas le moment venu. Une tâche, Sire Alexandre, dont je pense vous pourrez vous charger, dit Duncard non sans sourire. Je sais que vous adorez les basses besognes.
S'en était trop. Alexandre se releva violemment, faisant tomber avec fureur sa chaise. Il traversa l'immense salle sans un regard envers son ennemi juré. Un mot de plus de sa part et il lui aurait sauté à la gorge, faisant fi des traditions et du respect qu'il devait à un des membres les plus anciens du Cercle. Il aurait été exécuté ou banni, mais cela n'aurait plus eu la moindre importance. Au moins, il ne pourrait plus l'humilier publiquement comme il venait, une fois de plus, de le faire. Frustré et terriblement rageur, Sire Alexandre repartit donc dans ses quartiers, laissant Duncard triompher.
  • Encore un affront ?
  • Assez ! J'ai eu ma dose d'ironie pour aujourd'hui, Melissa !
  • Il ne faut pas être si bougon, très cher.
La femme à la voix chaude et envoûtante se faufila vers Alexandre et lui donna une tasse de thé bien chaude. Elle savait comment calmer la bête.
  • Vous vous inquiétez pour rien.
  • Rien ? Vous vous moquez de moi ! Duncard refuse de prendre les mesures qui s'imposent ! C'est le moment d'agir, les hommes sont faibles !
  • Ils le sont de toute façon, compléta Melissa en se dirigeant vers une des fenêtres de l'appartement. Derrière le voile bleu foncé qui faisait office de rideau, on pouvait reconnaître la place Saint Pierre de Rome et sa perspective parfaite. Ils le sont aujourd'hui et ils le seront demain.
  • Alors vous êtes d'accord avec lui, demanda Alexandre déçu que sa compagne ne montre guère davantage d'intérêt pour le sujet de leur conversation.
Melissa s'éloigna de la fenêtre et se prit d'affection pour un rongeur qui courait dans sa cage, tout paniqué. Elle ouvrit cette dernière et dans un geste quasi invisible, elle saisit l'animal qui tentait tant bien que mal de s'extirper de l'étreinte. Melissa le regardait faire, amusée.
  • Duncard n'est en rien mon ami, dit-elle déterminée. Les hommes ne sont rien. La question est de savoir jusqu'où vous êtes prêt à aller.
La maîtresse d'Alexandre ouvrit la bouche, dévoilant ainsi ses deux splendides canines surdéveloppées et décapita avec sa mâchoire le triste rongeur. Aucun filet de sang ne jaillit, elle contrôlait tout.
  • Le temps des hommes est révolu ! Le temps des Duncard l'est tout autant, dit-elle après avoir avalé sa proie, voici le temps des conquérants mon ami ! Le temps des conquérants ! Ils vont enfin voir le monde qu'ils ont engendré.


Fin du cycle 4
Et ainsi s'achève OmniTempus



Prologue


36 heures après la chute de Messayah, au sud de Jérusalem, une expédition de quatre hommes dont un ancien policier américain du nom de Petersen, fit une découverte qui allait transformer, à tout jamais, l'histoire de l'humanité. Arrivés par hélicoptère au plein milieu du désert oriental, leur mission était claire, la ramener aux Etats Unis. Après quelques heures de marches, ils trouvèrent, conformément aux données des satellites une jeune femme, mais pas n'importe quelle jeune femme. Elle se cachait, quasi-invisible, derrière les restes d'une maison qui avait dû abriter une famille des siècles auparavant. Ils s'approchèrent d'elle, lentement, sans vouloir lui faire peur. Elle les regardait, pétrifiée et frêle, vêtue de vêtements datant de l'Antiquité, elle n'osait parler, terrifiée, tel un animal qui s'attend à être abattu par des braconniers.
  • Je vous confirme, Maître, elle est face à nous.
  • Emmenez-la avec vous, ordonna le Maître qui dirigeait l'opération à des milliers de kilomètres de là. Petersen ! Je compte sur vous !
  • Oui, Maître, répondit l'ancien policier qui éteignit son téléphone.
  • Euh, comment on fait, demanda fébrilement un des trois scientifiques ?
  • Pardon, répondit Petersen, étonné ?
  • Ben, oui, elle n'est pas… comment dire… ordinaire… On peut la toucher, vous croyez ?
Petersen, qui réalisa que les choses pouvaient être plus complexes qu'elles ne le laissaient présager, s'approcha de la jeune femme dont le corps était transparent. Tout ce qu'il avait à faire était de la persuader de le suivre. Cela n'allait pas être facile.

« Alors pleureront et se lamenteront sur elle les rois de la terre qui ont partagé sa prostitution et son luxe, quand ils verront la fumée de son incendie ».

Apocalypse 18, 14.





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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas