Cycle 4

12345...11

Chapitre deux : L'Abîme (1ère partie) 


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape


  • Vous n'espérez quand même pas une victoire ?
  • La roue tourne.
  • Hum, l'espèce humaine restera toujours un mystère pour moi.
  • C'est ce qui fait notre charme.
  • Du charme ? Vous voulez rire ! Vous n'êtes rien ! Un grain de sable !
  • Un grain de sable suffit à enrayer une belle mécanique.
  • Vous êtes pathétiques. Toujours espérer, toujours croire en un lendemain meilleur. Êtes-vous si naïfs au point de ne pas voir ce qui se passe autour de vous ? Vous êtes finis. Exterminés. Dans quelques heures, je déclencherai l'attaque générale. Votre planète sera notre aire de jeu et vous nos esclaves.
  • Peut-être, mais vous ne pourrez pas tous nous tuer.
  • Vraiment ?
  • Il y a toujours des survivants. Toujours. Il y a toujours des témoins, toujours quelqu'un pour rallumer la flamme.
  • Finalement vous n'êtes pas pathétiques, simplement fous.
  • Peut-être. C'est ce qui nous différencie des autres.
Il y eut un temps de réflexion. La voix dans l'esprit de S se tut comme si elle semblait chercher un argument pour relancer la conversation. On aurait dit qu'elle voulait absolument le convaincre.
  • Vous avez peur S, je le sens.
  • C'est vrai, j'ai peur.
  • Pourtant vous qui avez connu la guerre et ses atrocités, vous devriez être habitué à la mort et à la souffrance.
  • On ne s'habitue jamais à ça.
  • En tout cas, ça ne vous a pas empêché de tuer vos amis. Vous aviez peur aussi quand vous avez tué Larsen et ses sbires ?
Cette fois, ce fut lui qui prit un temps d'arrêt. Comment la voix connaissait-elle Larsen et cette partie de sa vie ?
  • Oh, je le sais grâce à vous S. Ne cherchez pas à comprendre. Je suis relié à vous. Notre technologie comme vous diriez est capable de lire dans la pensée des autres. Et je lis en ce moment les vôtres. Il est inutile de paniquer ou de crier, de toute façon vous ne le pouvez pas, rappelez-vous.
  • Pourquoi faites-vous ça alors ?
  • Pardon ?
  • Oui, pourquoi essayez-vous de me faire peur ou de me manipuler puisque je ne peux plus rien faire ? Vous avez gagné si je comprends bien. Alors pourquoi tout ce cirque ?
  • Disons que je veux comprendre. Je veux comprendre pourquoi des personnes telles que vous continuent à croire. Ça me surprend et me désole à la fois. En même temps, votre conviction est un peu usurpée vous ne croyez pas ? Entre nous, pourquoi ne pas vous êtes débarrassé du gosse ? Il ne vous servait à rien et vu ce qu'il vous a fait.
  • De quoi ?
  • Ben oui, il a quand même tué votre mère. C'est par sa faute si sa maison a explosé. Tuant par la même occasion de nombreuses victimes innocentes.
  • Ce n'était pas lui ! Il était manipulé.
  • Oui, je sais. Manipulé par ceux là même qui voulaient le récupérer. Votre si bienveillant gouvernement. Des gens très respectables qui ont toujours su pour vous et qui ont caché la vérité à des millions de citoyens sous couvert de les protéger. Comment appelez-vous ça déjà ? Oui, je me souviens. La démocratie.
La voix dans son cerveau n'avait pas tort, malheureusement. S trouvait cela ironique. Un extraterrestre télépathe portant un jugement moral sur une race avant de l'exterminer.
  • Mais, voyez-vous S, ce que je ne comprends pas, poursuivit-il, c'est votre entêtement. Pourquoi défendre ce garçon fabriqué par votre gouvernement. Quand je pense à tout ce qu'ils vous ont fait.
  • Ça me regarde.
  • Mais quand même…
  • J'ai été soldat, c'est vrai, mais tout cela est du passé. Les hommes et les femmes au pouvoir à ce moment-là ne sont en rien concernés par cette histoire.
  • En êtes-vous si sûr ?
  • Pardon ?
  • Il y a pas mal de choses que vous ignorez.
  • Vous allez arrêter de dire n'importe quoi !
  • D'abord Larsen, mais il y a aussi votre père. Vous savez qui était votre père S ?
  • Foutez-moi la paix !
  • Vous savez ce qu'ils lui ont fait ?
  • Assez !
  • Lui aussi était un homme courageux et consciencieux. Mais il a été pris au dépourvu.
  • Je vous interdis de parler de ma famille !
  • Ils se sont servis de lui, manipulé et vous savez ce qu'ils lui ont fait pour le remercier ?
  • Taisez-vous !
  • Enfin, je parle de lui, mais il y a aussi votre mère. Du moins votre vraie mère, pas celle que le gouvernement vous a fourni.
  • Silence !
  • Ah cette brave Rachel…
  • ASSEZ ! !
La voix de S résonna dans son esprit comme un écho dans la vallée. Pourquoi lui imposait-il pareille torture ? Pire que ça, ce jeu ? Tous les noms évoqués par la voix réapparaissaient dans sa tête sous forme de flashs. Larsen, ce traître qu'il avait dû éliminer alors qu'il était soldat. Mais outre le fait qu'il avait trahi, Larsen était aussi un ami. Et sa mère dont la voix l'appelant à l'aide avant de mourir ne cessait de hanter ses nuits. Et son père qu'il ne connaissait pas.
  • Vous n'êtes qu'un rouage, S. Un pion dans l'échiquier. Quand allez-vous enfin reprendre les rênes de votre existence ? Vous êtes un homme, pas une machine ! Vous ne leur devez rien. Ils ont tué votre père et votre vraie mère ! Ils se sont servis de vous quand vous étiez soldat ! Rappelez-vous de toutes ces missions que vous avez dû faire sans le moindre remerciement ! Larsen avait raison, souvenez-vous ! Il avait compris, lui ! Il avait décidé de prendre les choses en main. Et maintenant ? Regardez où vous en êtes ! Vous avez protégé un enfant qui a tué des innocents et qui a été fabriqué par le gouvernement ! Ce n'est pas un être humain ! C'est une chose, une création ! Ne me dites pas que vous allez continuer à vous battre pour lui, pour eux après tout ça ? Non ! Pas vous, S ! Pas vous ! Vous valez mieux que ça !
S vit devant lui l'enfant. Seul, sans défense, une proie facile. Il lui souriait comme toujours. Innocent, ne se rendant pas compte ni de la situation ni de ses enjeux. Il avait déjà vécu ça lorsqu'il avait eu une crise dans la cachette du Rat. Il avait failli le tuer à ce moment-là, mais quelque chose en lui l'en avait empêché. Mais aujourd'hui, il était seul. Face à face avec cette création humaine, cette aberration génétique.
  • Croyez-vous qu'il en vaut la peine ? Après tout ce que vous avez enduré ? Tout ce que vous avez dû faire pour ces bureaucrates ? Montrez-leur qui vous êtes ! Montrez-leur qu'on ne peut pas manipuler de la sorte un être humain, un vrai ! Tuez-le, qu'on en finisse ! Reprenez votre liberté, S ! Votre liberté d'homme !
S se rendit compte qu'il tenait dans sa main droite son beam laser. Tout était calme autour de lui. Le garçon souriait constamment et il se sentait léger. La voix avait raison. Il devait le faire. Pour lui, pour tous ceux qui avaient été tués depuis le début de cette malheureuse histoire. Pour tous ceux aussi qu'il avait dû éliminer quand il était encore soldat. Tous les Larsen qu'il avait tués parce que son gouvernement lui avait dit de le faire. C'était si simple. Tuer l'enfant. Et encore, ce n'était pas un enfant puisqu'il n'était même pas humain. Il leva son arme.
  • Bien, vas-y S ! Montre leur ! Montre leur que tu as repris les choses en main ! Montre leur que tu n'es plus un bon soldat ! Vas-y ! TIRE !
Sa main, brusquement, se mit à se raidir. S ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Malgré lui, il semblait hésiter. Il croisa le regard de l'enfant.
  • TIRE ! ! Mais tire donc ! Tu ne vois donc pas qu'il se sert encore de toi ! TIRE !
  • Ce n'est pas ce que je voulais, murmura S.
L'enfant qui était plusieurs mètres devant lui continuait de sourire comme s'il avait entendu ces quelques mots, comme s'il les approuvait. S tenait toujours son arme, prêt à faire feu.
  • Il faut que tout cela s'arrête, dit-il fatigué.




12345...11

Copyright Emmanuel Blas ©. Tous droits réservés. http://www.omnitempus.quelquesraresqualites.frPartenaires : Fleurs de Sakura Manga | Fleurs de Sakura Comics
Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS
mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas