La Ligne d'Apocalypse

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Episode 2 : La mission


Angus attendait son tour sagement. Davis était sorti du bureau de Strurges en pleurs. Gibbons et Miller n'avaient pas osé croiser son regard. Quant à Moore qui passait en commission à ce moment-là, il devait sans doute essayer de prendre sa défense. Mills avait désobéi aux ordres de son supérieur. Certes, mais ce dernier avait menti. Il n'y avait pas le moindre ennemi au campement alors qu'il avait prétendu le contraire. Mills était mort par sa faute. C'était comme ça qu'on présenterait les faits. Il fallait un coupable, une tête à couper et Angus n'y réchapperait pas.

Miller sortit du bureau tout penaud, tête baissée. Il ne regarda pas son supérieur ne voulant qu'une chose, retrouver sa couchette et son baladeur musical histoire de se vider la tête à coups de décibels enragés. Angus se dirigea dans le bureau de Strurges. Celui-ci n'était pas seul. Un autre commandant l'accompagnait dans cette traque au responsable. L'ambiance était tendue et Angus observa l'homme aux côtés de son supérieur. Il était calme contrairement à Strurges qui était rouge et en sueur, par contre Angus ne le connaissait pas.

  • Summers, vous connaissez le commandant Kaine, il a tenu à participer à l'entretien. Vous savez sûrement pourquoi vous êtes là, n'est-ce pas.
  • Oui.
  • Quelle est votre version ?
  • J'ai menti. Nous n'avons pas vu d'ennemi une fois sur place. Mills a voulu vérifier malgré tout. Il est parti et il n'était pas revenu quand les bombes ont été lâchées.
  • Pourquoi avez-vous menti bon sang, cria Strurges qui ne parvenait plus à cacher sa colère ?
  • Je pensais que c'était un piège et je ne voulais pas risquer la vie de mes hommes.
  • Quelle réussite !
  • Allons Strurges. Je crois que nous avons fait le tour du sujet. Summers, vous êtes dans la merde. Et croyez-moi, c'est peu de le dire.

La voix de l'homme était calme, presque rassurante. Il avait su faire taire Strurges et ce dernier le laissait faire. Tout cela attisait la curiosité d'Angus. C'était louche, très louche.
  • Beaucoup de monde souhaiterait vous voir foutre le camp et finir aux arrêts, si ce n'est pire. Et cette histoire pourrait bien signer la fin de votre carrière. Votre passif est assez long Summers. Refus d'obéir, prise de risques, votre comportement aléatoire n'est pas le bienvenu. Nous sommes en guerre, rappelez-vous. Nous avons besoin d'unité, de discipline. Pas de francs-tireurs comme vous.

Où voulait-il donc en venir ? On ne dit pas tout ça dans le vent. Ce genre de discours hypocrite est toujours contrebalancé. Toujours.
  • Néanmoins, comme je viens de le dire, nous sommes en guerre. Et la guerre amène son lot de surprises. Vous souvenez-vous du commandant Larsen, Summers ?
  • Oui.
  • Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez eues de lui ?

Question piège. Tu marches sur des œufs Angus. Il joue avec toi.
  • Je sais qu'il a été suspendu et qu'on le recherche, mais je n'ai pas d'autres informations.
  • Si je vous parle de lui, c'est parce qu'on a retrouvé sa trace. Il est quelque part dans cette fichue forêt. On ne la pas encore localisé, mais c'est une question de temps. Vous savez que sa guérilla nous a coûté des vies précieuses et beaucoup de temps. Il a toujours réussi à nous échapper. Et s'il y a bien une chose que nous voulons éviter, c'est un nouveau bain de sang. Nous avons mieux à faire que lui courir après.

Tu vas la sortir ta requête à la con. Ton offre sournoise que je ne pourrais pas refuser. Allez accouche !
  • Nous le savons près d'ici. Il va sûrement recruter des miliciens locaux, voire quelques déserteurs et il va recommencer à foutre la merde. Nous sommes là pour débarrasser ce pays de ses guérilleros vendeurs de drogue. On ne peut pas lutter contre deux fronts à la fois. Pas avec les moyens qu'on a. C'est là où vous pouvez nous aider.
  • C'est-à-dire ?
  • Larsen a été votre chef d'équipe au début de cette guerre. Vous le connaissez, vous connaissez le soldat et l'homme aussi. Il vous fera confiance.
  • Il refusera de me parler s'il me voit débarquer pour jouer les négociateurs. Il ne négociera jamais. C'est pas son genre.
  • Mais qui vous parle de négocier (le ton de la voix de Kaine se refroidit brusquement. Cet homme était un pur calculateur sans la moindre émotion).
  • Alors je vais le voir et je lui dis quoi ? Salut John ! Ca gaze ?
  • Presque. Vous le trouvez et vous rejoignez sa future milice. Il connaît vos états de service et votre tempérament. Il vous fera confiance. Et une fois que vous serez assez proche de lui, vous le tuez.
  • Rien que ça. Ca marchera jamais.
  • Oh que si, ça marchera, répliqua Strurges prêt à se montrer convaincant. Vous croyez avoir le choix peut-être ? C'est soit ça, soit l'exécution !
  • Charmant, répondit Angus après un silence. Et je m'y prends comment ?
  • D'après nos informateurs, il aurait été aperçu près de Tefé, au Nord d'ici, mais sans plus de précision.
  • Et s'il n'y est pas ? Je fais quoi ?
  • Pas question de revenir sans résultat Summers, poursuivit Strurges ! Vous partez illico et vous faites votre mission.
  • Il est clair qu'en cas de succès, nous reviendrons sur les charges qui pèsent sur vous. L'échec est, quant à lui, inenvisageable. Je crois avoir été clair.

Ils indiquèrent à Angus la sortie. C'était donc sa porte de secours. Une mission suicide contre Larsen. Jamais il n'y arriverait. Déjà le trouver allait lui prendre des jours voire des semaines. Et même s'il mettait la main dessus, qui allait-il voir ? Les rumeurs les plus folles circulaient à son sujet. Il aurait tué des enfants pour les manger. Il aurait pendu des soldats américains par dizaines. Il aurait sombré dans la folie. Tout un programme. Si cela se trouve, il ne le reconnaîtrait même pas. Bonjours les retrouvailles et la confiance ! C'était perdu d'avance.

Mais il n'avait pas le choix. C'était ça ou rien. Même pas le temps d'avoir des scrupules ou d'hésiter. Il savait bien qu'un jour son comportement allait se retourner contre lui. Mais de cette façon, s'il l'avait su, peut-être qu'il aurait réfléchi à deux fois avant d'agir. Ou pas. On ne refait pas l'histoire. Il avait laissé filer Mills. Il en payait le prix. Et la note était salée.


De retour auprès de ses hommes, personne ne lui adressa la parole. Davis faisait semblant de dormir. Gibbons et Miller jouaient aux cartes. Angus sentit l'animosité de Gibbons, prêt à lui sauter dessus pour lui dire ses quatre vérités. Il n'insista pas quand il passa près d'eux. Pas de regard afin de ne pas le provoquer. Il prit le peu de vêtements propres qu'il lui restait et le mit dans un paquetage. Moore observait la scène de loin. Angus ne le regarda pas afin de ne pas l'obliger à parler ce qui aurait déclenché une inutile dispute avec ses camarades.

Assez vite Angus finit de se préparer, vérifia ses armes, deux pistolets, des armes plus lourdes auraient été plus encombrantes qu'autre chose. Puis, il se dirigea vers la sortie. Il hésita. Il ne put s'empêcher de prendre la parole.
  • Je vous laisse. Le commandant Strurges va probablement vous réaffecter dans d'autres unités. J'ai été fier d'être avec vous et vous êtes, tous les trois, de bons soldats. Bonne chance pour la suite.

C'était un poil solennel, mais que pouvait-il dire de plus ? Dire un mot pour Mills ? Il était mort et cela ne changerait pas. Un " au revoir " suffisait largement. Il s'éloigna de la tente et au bout d'une dizaine de mètres, il entendit quelqu'un courir. On venait vers lui. C'était Moore qui n'avait pu s'empêcher de le rejoindre.
  • Où allez-vous ?
  • J'ai été réaffecté plus au Nord.
  • Vous partez déjà ?
  • C'est assez urgent. Vous n'étiez pas obligés Moore. Je dois y aller.
  • Attendez ! Je tiens à vous donner ceci (il lui tendit sa boussole). Un cadeau de mon père quand je suis parti.
  • Vous devriez la garder.
  • Elle ne me sert à rien avec tout l'attirail qu'on a. Et puis, vous pourrez me la rendre quand on se reverra.

Comme s'il croyait sincèrement qu'ils allaient se revoir et trinquer au bon vieux temps. Angus prit la boussole par lassitude. Il n'était pas d'humeur à freiner les élans mélancoliques d'un gamin placé au mauvais endroit au mauvais moment. Il lui sourit et quitta le campement. Il prit la boussole dans la main droite et l'observa. Peut-être l'aiderait-elle à trouver le bon chemin, cette fois.


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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas