La Ligne d'Apocalypse

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Episode 3 : La recherche


Quiconque se rendait aux alentours de Téfé avait rapidement une certitude : cet endroit ne voulait pas de l'homme. Chaleur étouffante, humidité omniprésente, végétation typique, que du bonheur en somme. Et pourtant, dans ce paysage enchanteur auprès des yeux de touristes occidentaux cherchant la pureté originelle de la Terre, réussissait à vivre une communauté toute aussi agréable et non moins sociable. Composée de mercenaires, de prostituées, de marchands divers, de trafiquants et d'espions à la solde de l'armée brésilienne ou de celle de la rébellion, tout ce peuple vivait en harmonie avec Téfé et accentuait l'impression de pesanteur qui se dégageait naturellement de la ville.

S connaissait ces endroits par cœur. Il y en avait des milliers comme celui-ci dans tout le pays ainsi que dans les autres qu'il avait eu la chance et le bonheur de visiter depuis le début de sa longue carrière de militaire américain. Il savait que la première chose à faire pour se faire remarquer était de s'asseoir sur une terrasse bien fréquentée et de se placer de telle sorte que le plus grand nombre puisse vous voir. Et après, il suffisait d'attendre. Une pute ou un vendeur de drogue finirait par venir et on lui glisse quelques billets pour savoir où aller ensuite. Donc S s'installa dans un café, en plein milieu de la terrasse et attendit. Il commanda une bière locale bien dégueu et observa les environs. Mais pas de chance, un touriste comme lui se mit à vouloir faire la conversation. Rien de tel pour tout foutre par terre.

  • En permission ?
  • Pardon ?
  • Je vous demande si vous êtes en permission ?
  • Je ne suis pas militaire.
  • Vos chaussures disent le contraire, releva l'inconnu avec un ton qui devenait soupçonneux.
  • Oups, fit S en observant ses bottes et en faisant semblant d'être démasqué. Très observateur.

L'homme quitta sa table, prit son verre et vint s'installer aux côtés de S. Son allure et son haleine indiquaient clairement qu'il était à Téfé depuis fort longtemps. Et pourtant il semblait s'y connaître question tenue militaire.

  • Ecoute mon gars, sa voix prit une tournure plus chaleureuse mais aussi plus inquiétante. Je sais pas ce que tu recherches, mais si tu restes comme ça, c'est les ennuis que tu vas trouver. Tu pues l'armée ricaine à plein nez et ça, les gens d'ici, ils n'aiment pas ça du tout. Un conseil, fini ta bière et retournes chez papa, maman.

  • Merci du conseil.

Angus se leva et quitta les lieux sans même avoir fini son verre. Sa discussion avec l'inconnu venait de foutre en l'air son approche classique. Il était désormais à découvert et il était devenu une cible. Il n'aurait pas de seconde chance. Les chefs du coin le connaissaient maintenant. " Tu parles d'un début de mission foiré ! " Il décida d'aller dans un hôtel minable pour s'y poser et attendre la nuit. Il ne lui restait plus que ça attendre.

A l'accueil de l'hôtel-minable-du-coin, le portier semblait le reconnaître. Comme si toute la ville savait qu'il était l'étranger et que les problèmes risquaient de survenir si on restait trop près de lui. Il régla pour une nuit, de toute façon on ne lui proposa pas non plus davantage. L'hospitalité a ses limites. Il monta avec la désagréable certitude qu'on lui voulait du mal et que toutes les paires de yeux de la ville l'observaient. Il posa sa main droite sur une de ses armes. De l'autre il ouvrit lentement la porte de sa chambre. Quelqu'un d'autre acheva le mouvement. Le reste fut une série de coups de feu. Ca ne dura que quelques secondes. Juste assez pour que S tue trois hommes lamentablement équipés et sous entraînés. Quoiqu'il en soit, S décida de rebrousser chemin. Les employeurs de trois préposés au ménage ne le laisseraient pas filer sans broncher.

A l'extérieur, les trottoirs étaient déserts comme dans un western quand le shérif s'apprête à se débarrasser de la fripouille du coin. S longea les murs pour se diriger vers la sortie en glissant de temps à autre des coups d'œil un peu partout. Entouré de maisons et seul, c'était une cible facile pour n'importe quel snipper compétent. Heureusement pour lui, les hommes de main du coin ne rentraient dans aucune des deux catégories. Une voiture s'approcha.
  • Eh montez !

Le touriste de la terrasse s'arrêta à sa hauteur. S ne se fit pas prier.

  • Ils vont s'en prendre à vous maintenant.
  • Vous inquiétez pas pour moi, j'ai ce qu'il faut.

Le chauffeur montra l'arrière de la voiture. Sur la banquette reposaient plusieurs pistolets et des fusils. C'était sûr, il s'y connaissait question armée.

  • Et puis, ils sont pas si méchants que ça. Un gros gun et quelques coups bien placés et ils vous foutent la paix. C'est juste des petites frappes qu'aiment pas voir des inconnus. Pour eux les inconnus c'est soit des soldats soit des concurrents.
  • Ca tombe bien, je suis ni l'un ni l'autre ! Je m'appelle Summers.
  • Buscema.

Ils se serrèrent la main. La poignée était franche et brute. La voiture quitta la rue dans un nuage de fumée et quitta la sympathique ville de Téfé pour la non moins sympathique campagne environnante. Ils ne croisèrent aucune voiture en sens inverse, même pas un contrôle policier. Comme si la société avait définitivement fait une croix sur la région. Une planque idéale pour un homme comme Larsen se dit intérieurement S qui était presque sûr d'être sur la bonne voie. Devait-il pour autant en parler à son inattendu sauveur ? Non, c'était bien trop tôt. Et puis, il ne lui faisait pas confiance. Son arrivée inopinée n'était peut-être pas un vrai hasard.

Buscema roula encore une dizaine de minutes après avoir quitté la périphérie bidonvilliesque de la ville. La forêt régnait désormais en maîtresse des lieux. Impressionnante et fascinante à la fois. On ne voyait presque plus la route. D'ailleurs le bitume avait cédé sa place à un sentier. Angus commençait à s'impatienter.

  • On va où là, demanda-t-il en essayant de ne pas montrer son léger stress ?
  • T'inquiète ! On est arrivé, c'est là !

A quelques mètres devant, se trouvait, presque cachée, une petite cabane en bois. Une autre voiture était stationnée devant. Buscema se gara à côté de celle-ci. Angus réussit à jeter un coup d'œil à l'intérieur du véhicule. Il y vit également des armes et divers déchets. Une voiture de mercenaire. La situation l'inquiétait de plus en plus. Il vérifia discrètement que son arme était à sa place.

  • Ben bon sang, t'étais où, demanda un des deux hommes qui étaient à l'intérieur ? Ca fait une plombe qu'on attend. Et c'est qui c'lui là ?
  • T'inquiète Bob, c'est un bon.
  • Un bon ? Un bon à quoi putain ? Tu devais te pointer il y a une heure et en plus tu te pointes avec ce gus (il sortit son arme) ! Tu joues à quoi là ?
  • OH OH ! Calme ! Calme Bob ! J'l'ai ramassé à Téfé. Les gringos du coin l'on un peu chauffé. J'allai quand même pas le laisser se faire griller comme ça. Et le patriotisme t'en fais quoi ? Sans oublier le fait que c'est un soldat de tonton oncle Sam ! T'en dis quoi là ?

Le sang de S n'eut pas le temps de remonter jusqu'à son cerveau qu'il était braqué par les trois hommes. C'était même plus la peine de sortir son arme. Il leva les bras et essaya de poursuivre sur le ton du jeune touriste perdu en vrai désespoir de cause.

  • Eh les mecs, cool. Bon ok, c'est vrai j'suis en perm, mais je veux pas me mêler de vos combines. Suis là pour me changer les idées, c'est tout.

Buscema sourit puis le frappa violemment au visage. S tomba et fit mine d'être sonné.

  • Ecoute GI Joe, tu ferais mieux de changer de disque. Primo, aucun mec en perm viendrait passer du bon temps ici. Secundo, vu ton gabarit, je parie que t'es pas un petit soldat-lampiste de base. T'as buté trois mecs en quelques secondes et ça c'est pas le genre du trouffion. Et pour finir, j'aime pas ceux qui jouent au plus malins !

Il donna un sévère coup de pied au ventre de S.

  • Alors, t'as le choix. Soit tu nous dis la vraie raison de ta présence. Soit je laisse Bob te montrer ce qu'il fait à ceux qui se foutent de sa gueule. Et crois-moi, même pour un gaillard comme toi, ça peut faire très mal.

Compte tenu de sa position, de sa douleur au ventre et des trois armes pointées sur lui, sans oublier le climat assez pesant qui régnait dans la pièce, Angus estima que la vérité n'en valait pas davantage.

  • C'est bon, c'est bon. Je cherche un gars. Un ami à moi. Faut que je le retrouve, c'est urgent.
  • Et c'est quoi son nom ?
  • Vous pouvez me frapper aussi longtemps que vous voulez, ça je vous le dirais pas. Par contre, si je le contacte pas rapidement. Il va avoir de sérieux problèmes.

Les trois hommes se regardèrent dubitatifs. Ils relâchèrent la pression sur leurs armes. Leurs respirations s'accélérèrent. Il n'en fallait pas plus pour S.


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