La Ligne d'Apocalypse

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Episode 4 : Seul en Amazonie


Tout partait en vrille. Son arrivée à Téfé avait viré au fiasco. Son sauvetage était en fait un piège. Et maintenant il conduisait une voiture en plein milieu de la jungle avec probablement des mercenaires ou trafiquants d'armes aux fesses. A l'heure qu'il était, Buscema et ses amis avaient déjà probablement appelé des renforts et ces derniers devaient sillonner la zone avec leurs véhicules. S devait absolument retrouver la civilisation et se débarrasser de sa caisse. Seulement, cela faisait près d'une heure qu'il roulait sans savoir où aller et tôt ou tard, les relations de Buscema allaient le capturer pour peu que la voiture soit mise sous GPS ou un autre système de repérage électronique. Bref, c'était la grosse merde et Strurges aurait sûrement aimé ça.

Après une dizaine de minutes de réflexion, Angus s'arrêta et essaya de camoufler au mieux la voiture. Il prit quelques armes avec lui et chercha en vain un peu de nourriture. Il fallait la jouer mission sauvetage. Cela faisait un certain temps qu'il n'avait pas opéré dans un territoire si hostile. Les réflexes allaient-ils encore être de la fête ? Il le saurait bientôt. Il se remémora les règles de base de la survie en pleine jungle. Le calme, l'écoute et faire attention aux traces. Et comme, ses ennemis semblaient être plutôt des coriaces, il allait devoir se montrer plus que prudent.

Située en plein milieu de nulle part, Téfé n'avait que les fleuves affluents de l'Amazone comme atout. Les trafiquants avaient depuis longtemps utilisé cette voie de passage comme plaque tournante de leurs divers trafics. Idem pour les militaires des deux camps qui se disputaient régulièrement toute la zone afin de faciliter le déplacement des troupes. Un vrai nid de guêpes. Tant est si bien que S de demanda pourquoi un ancien soldat comme Larsen avait choisi ce coin si tranquille pour se refaire une santé. C'était bien trop dangereux, même pour faire du recrutement. Quelque chose ne collait pas au tableau et Angus se dit qu'on l'avait lâché en pleine zone de turbulences. Allait-il éviter le crash ?
 
Dans la cabane isolée, Buscema, après s'être remis de la violente contre-attaque surprise d'Angus, contacta un homme qui n'aimait pas les mauvaises nouvelles.
  • Et il est parti, c'est ça ?
  • Oui, répondit lentement Buscema.
  • Avec les armes ?
  • Aussi.
  • Et l'autre voiture est inutilisable.
  • Oui, il a crevé les pneus.
  • Bon, vous laissez tomber, vous m'attendez, on arrive vous chercher. Rassembler ce qu'il vous reste et surtout, ne bougez pas.

L'homme raccrocha. Buscema poussa un ouf de soulagement. Finalement, cela s'était plutôt bien passé. Il indiqua les consignes aux deux autres, puis, une fois les rangements effectués, ils se mirent devant la maison, sur le capot de la voiture immobilisée. L'homme de la conversation téléphonique les rejoignit quelques temps après avec un garde du corps volumineux et armé d'un fusil mitrailleur. Buscema n'eut pas le temps d'apprécier le changement radical de son employeur car celui-ci ordonna à son accompagnateur de tuer les trois incapables qui avaient laissé s'enfuir un prisonnier avec une partie de sa cargaison d'armes. Tout se déroulait mal. Un intrus. Une livraison d'armes mal engagée. Des comptes à rendre. Il ne fallait pas travailler avec des amateurs dans ce métier songea Garmek en contemplant les trois cadavres.

  • J'ai repéré la voiture, dit le garde du corps.
  • C'est loin ?
  • Non, à quelques kilomètres ! En plus, la voiture ne se déplace plus.
  • Bon, on y va, on va essayer de rattraper le coup.

Les deux hommes montèrent dans la voiture immédiatement afin de retrouver les armes qu'ils devaient vendre. Ils ne prirent pas la peine de brûler la cabane ou les trois cadavres. Qui s'en souciait ? Qui viendrait vérifier ?

Après mûre réflexion, Angus n'avait que deux solutions. Soit il partait se terrer dans la jungle sans trop savoir sur quoi il risquait de tomber. Soit il attendait, caché, près de la voiture légèrement camouflée. Le propriétaire des armes n'allait pas abandonner sa cargaison sans la chercher et vu l'engin, celui-ci devait disposer d'un système de repérage. Donc, il suffisait d'attendre. Bien sûr, tout cela ne l'aiderait en rien dans sa mission, mais qui sait ? Des trafiquants, des armes, des gars dangereux, tout cela non loin de la soit disante nouvelle cachette de Larsen. Finalement, il y avait une petite chance que tout cela ait un lien, même infime. En tout cas, cela valait le coup d'essayer. Que risquait-il ? Une balle ou deux, une mort atroce ? Le gouvernement en était tout autant capable, alors…

Il n'attendit guère longtemps. Deux hommes arrivèrent à bord d'un 4x4 vert bien sale et couvert de boue. De vrais bourlingueurs. Le conducteur était grand et aurait dû jouer au rugby dans l'équipe de Nouvelle Zélande. Il aurait fait fortune. Quant au second, plus petit, mais très déterminé dans sa façon de se déplacer, il demanda au premier de fouiller la voiture cachée par S. Le conducteur obéit, enleva le léger camouflage d'Angus et se mit à chercher les armes. Il en trouva quelques-unes unes.

  • Il en manque.
  • Mets toujours celles-là dans le coffre.
  • C'est ça que vous cherchez peut-être ?

Les deux hommes se retournèrent et à peine eurent-ils vu S que celui-ci leur envoya une salve de dizaine de balles. Leurs corps furent secoués dans tous les sens avant de s'écrouler sur le sol humide. Angus s'approcha et fouilla le 4x4. Ils trouva à l'intérieur un tableau de bord ultra-sophistiqué. Il s'installa à la place du conducteur et pianota rapidement. Il chercha après les dernières destinations. Un nom revenait régulièrement dans la liste. Il s'agissait d'une localité au sud de Téfé. Sans hésiter, Angus démarra et suivit les indications de la voiture. Pendant le trajet, il évalua chaque possibilité qui s'offrait à lui. La première consistait à la jouer fine, quitte à se faire passer pour un concurrent qui veut passer à l'ennemi. La seconde, moins subtile mais tout autant efficace et plus simple, consistait à rentrer dans le tas et éliminer tout le monde. Dans le meilleur des cas, tout ce bazar atteindrait peut-être les oreilles de Larsen et une piste pour aller à lui apparaîtrait. Dans tous les cas, la seconde option restait la préférée de S. La bonne vieille méthode du " Je tire et je cause après " et avec la quantité d'armes à sa disposition dans le 4x4, il n'était pas prêt de parler.

La route dura un bon moment. Puis S vit un poste avancé, une petite maisonnée qui semblait isolée de prime abord, mais qui servait probablement de barrage aux trafiquants d'armes. Il faut toujours montrer patte blanche quand on veut rencontrer des hommes si haut placés dans la hiérarchie du crime. Pourtant Angus ne voyait pas les choses de la même façon. Il gara le 4x4 à proximité de la maisonnée sans pour autant se cacher des sentinelles. Pendant que celles-ci s'agitaient doucement derrière les fenêtres, Angus piégea le véhicule. Il dégoupilla les quelques grenades qui étaient en sa possession et bloqua la pédale d'accélération de la voiture après l'avoir redémarrée. Une fois le frein à main enlevé, S s'éjecta de l'engin qui fonça à vive allure sur la maison. Celle-ci explosa après l'impact privant Angus d'une intéressante discussion avec ses occupants. Il n'y eut aucun survivant après l'attaque. S resta non loin des décombres en attendant des renforts, de la chair à mitrailler, mais personne ne vint à sa rencontre. Son plan tombait à l'eau. La perspective de trouver des infos sur Larsen s'éloigna. Il ne trouva rien d'intéressant autour de la maisonnée. Juste le chemin vers une bourgade probablement infectée de brigands et de trafiquants. Il observa longuement les environs en espérant trouver une idée. Car, il fallait bien l'admettre, tout ce qu'il avait entrepris depuis son arrivée à Téfé avait viré au fiasco. En dehors d'un entraînement à balles réelles et une belle bagarre, c'était le bide total. Il vérifia une énième fois le contenu de ses affaires. Des armes flambant neuves, un peu de nourriture en forme de barres énergisantes et des munitions. Pas de tente et rien pour dormir à la belle étoile. La journée touchait à sa fin. La faune locale n'allait pas tarder à se réveiller pour traquer les rares inconscients errant dans le coin. Angus quitta les ruines désabusé et s'enfonça dans la forêt. Il allait passer une nouvelle nuit à la belle étoile. La perspective d'un oreiller, d'une douche et d'un matelas s'évanouissait une fois encore. Décidément, cette mission était un vrai cauchemar.

  • Il fait demi-tour. On fait quoi ?
  • On le suit.
  • On prévient le chef ?
  • Ouais, dis-lui qu'on a trouvé notre gaillard et qu'il faut mieux préparer des renforts. Ce gars-là, c'est pas un marrant.


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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas