La Ligne d'Apocalypse

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Episode 5 : Les combattants de la liberté


Qu'attendaient-ils ? Combien de temps allait-il rester là à attendre la fin ? Ses genoux hurlaient de douleur tout comme ses bras attachés dans le dos. Il pouvait les entendre murmurer et discuter entre eux, mais leurs voix étaient trop basses pour distinguer clairement des mots ou des phrases. Ils ne semblaient pas pressés, ni inquiets. C'était facile pour eux. Ils avaient des armes et ils n'étaient pas prisonniers, les yeux bandés. Pour eux, le soleil allait continuer de se lever et de se coucher. Ils allaient manger, boire, baiser, vivre pendant encore longtemps. Tandis que pour Césario, c'était fini. D'ici une minute, deux, ou un peu plus, sa tête allait exploser en mille morceaux, répandant sur le sol boueux sa cervelle qui avait abrité son âme. Triste fin. Alors qu'ils en finissent tout de suite, une bonne fois pour toute !

Les hommes s'agitèrent quelques instants après. Puis une voix se fit entendre, plus forte et plus claire que les précédentes. Plus froide aussi.

  • Et les autres ?
  • Tués monsieur.
  • Les hommes de Carlos ?
  • Tous.
  • Amenez-moi celui-là !

On souleva Césario par les bras et on le posa sur une chaise. Il ne sentait plus ses jambes et ses tempes lui faisaient mal. Pourtant il devait rester concentré. On lui ôta le bandeau. Il cligna des yeux pour s'habituer au jour. Une silhouette grande se trouvait face à lui. L'homme était chauve et il se pencha vers lui. Il avait une grande cicatrice qui longeait le côté droit de son visage, du haut de l'œil en passant par celui-ci jusqu'au milieu de la joue.

  • Comment t'appelles-tu ?
  • Cé… Césario…
  • Eh bien, tu vas m'écouter attentivement Césario, tu veux ?
  • Si… Si…
  • Bien, maintenant que j'ai toute ton attention Césario, écoute-moi bien. Tu vas retourner voir Carlos et tu vas lui dire ceci. Il a deux jours pour foutre le camp. Si d'ici deux jours, je vois encore un seul de ses hommes dans le coin, je vous tue tous jusqu'au dernier. Bien compris ? Deux jours et pas une minute de plus.
  • Si… Si… deux jours…
  • Bien, je vois que tu m'as compris. Maintenant barre-toi.

L'homme fit renverser la chaise et Césario s'écroula. Il se releva péniblement prenant appui là où il pouvait, puis il dirigea vers la sortie en boitant. Craignant une balle dans le dos, il regardait constamment autour de lui. Ses forces revenant peu à peu et stimulé par la peur et l'instinct de survie, il se mit à courir rapidement jusqu'à ne plus pouvoir distinguer la cabane dans laquelle il avait été fait prisonnier. Il comprit alors qu'il était vraiment libre.

  • On fait quoi maintenant chef ?
  • Préparez-vous. Dans deux jours on fonce dans le tas.
  • Pourquoi on n'y va pas maintenant ? On aurait l'effet de surprise.
  • Non, je veux qu'ils perdent complètement. On va leur montrer qu'ils ne peuvent rien contre nous, même en étant prêts. Une fois qu'on les aura tués, les autres groupes comprendront qu'il ne leur restera qu'une solution. Se soumettre ou mourir. Il nous faut faire un exemple. Une démonstration de force. Alors laissons leur ces deux jours. Qu'ils en profitent.

Ce n'est jamais agréable de se faire réveiller par des coups de pieds. Ca fait mal et ça oblige à se concentrer rapidement. Angus réussit à attraper une jambe, à faire renverser son assaillant, mais il n'eut pas le temps d'arrêter celui qui le frappa dans le dos avec la crosse de son fusil. Ca fait encore plus mal. Angus tomba à genoux. Tout ça finalement pour rester au sol, beau gâchis. Les deux hommes qui lui faisaient face désormais le menacer avec leurs armes.

  • Tu vas venir avec nous maintenant.
  • T'as assez foutu la merde !
  • Et si je refuse ?

Coup de pied dans le ventre. A question idiote…

Les deux probables mercenaires attachèrent ses mains dans le dos et ils traversèrent la forêt un certain temps. Ils finirent par revenir près de la petite maison qu'Angus avait fait exploser la veille. D'autres hommes étaient là. Ils le regardèrent attentivement. Ils ne comprenaient pas comment un seul homme avait fait autant de dégâts. Leurs doigts posés sur la détente de leurs armes, ils auraient sans doute ouvert le feu s'ils en avaient eu l'autorisation. Mais les ordres avaient été clairs. Ils devaient retrouver le fouteur de merde qui avaient tué plusieurs mercenaires, empêché une vente d'armes et fait exploser un poste de surveillance, le tout en une journée. Carlos le voulait vivant.

Sans aucune précaution, on installa Angus sur une chaise, au beau milieu d'une vaste pièce à l'intérieur d'une maison qui devait servir de repaire à cette petite milice privée. On ne lui banda pas les yeux. Mauvais signe. Si la discussion à venir tournait court, pas de billet de sortie. Il serait exécuté sans fioritures. Et au revoir la mission. On le laissa seul quelques instants, puis les deux hommes qui l'avaient emmené revinrent accompagné d'un troisième homme. Grosse moustache, petite bedaine, sourire arrogant. Un énième chef de clan vindicatif, capable de raser un village et de violer des femmes sans le moindre remord. Il en avait croisé des centaines comme lui. Il allait falloir la jouer fine avec lui. Un coup de sang est vite arrivé.

  • Alors comme ça, c'est toi qui fous la merde dans mon territoire depuis hier ? T'es qui ? Un soldat américain ?
  • Je ne fais que passer et j'ai vu de la lumière.

Rires gras. Gifle de colère. Ok, tu veux montrer que c'est toi le chef, fais-toi plaisir. Te laisser croire que t'es le plus fort.

  • Ils sont où tes amis ? Près de la frontière ?
  • Dans ton cul.

Seconde gifle. Plus forte. La tension monte dans la pièce.

  • Maintenant, je te conseille d'arrêter de jouer au con ! Tu vas me balancer tes copains si tu veux pas que je te bute !
  • Chef, cria un mercenaire en entrant précipitamment dans la pièce, c'est Césario !

Le chef sembla surpris. Il quitta la pièce. Du temps de gagné pour peaufiner la stratégie d'approche. Pour l'instant il n'était pas à son avantage, mais il ne fallait pas désespérer. Dehors, on parlait fort.

  • Deux jours ?
  • Oui et après ils arrivent.
  • Comme ça, ce salopard pense pouvoir nous battre comme ça. Prévenez tout le monde ! Posez des pièges aux environs ! Faites le plein de munitions, de bouffe ! On va leur apprendre à ces minables qui contrôle ici !

Le chef réapparu dans la pièce passablement énervé et agité. Ca n'allait pas arranger les affaires d'Angus. On pouvait oublier l'humour et la subtilité. Il fallait la jouer très très serrée.

  • C'est ton jour de chance

Ah ? Dernière nouvelle ?

  • Tu aimes faire tout péter à ce que je vois. Alors je te propose un marché afin de te faire pardonner. Dans 48 heures, des amis à nous vont venir nous rendre une petite visite tout ce qu'il y a de plus amical. On va leur réserver un sympathique petit comité d'accueil. Si tu vois ce que je veux dire. Tu as une place qui t'est réservée. Bien sûr en cas de refus de ta part, je te bute ici et maintenant. T'as dix secondes pour te décider.

Comme si j'avais le choix.

  • Ca marche.
  • Bien, je vois que tu es un rapide. Mais je te préviens, mes hommes ne t'aiment pas. A la moindre hésitation, au moindre doute, ils peuvent te buter et je les en empêcherai pas, vu ? Alors à ta place, je ferais gaffe à mes fesses.
Et je te préviens aussi d'une chose. Quand tout sera fini et si tu es encore en vie, on devra parler affaires car ça n'effacera pas ta dette pour autant. On est bien clair tous les deux ?

  • C'est limpide.
  • Détachez-le.

On le détacha. Angus se redressa et il eut aussitôt un coup de poing dans le ventre gentiment offert par le chef.

  • C'est au cas où t'aurais déjà oublié notre accord. C'est moi qui décide !

Angus feignit la douleur. Il resta au sol pour que son adversaire savoure son illusoire victoire. Le contact était établi. La mission pouvait enfin commencer.


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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas