OmniTempia

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Essai 1 : L'arrestation


Souvenez-vous, lors du cycle 1…

S n'avait jamais vu de telles créatures. Il savait que les êtres organiques pouvaient ressembler à beaucoup de choses, mais à des ombres, c'était bien la première fois. Dans l'affolement, il avait oublié d'allumer son ordinateur de bord. À peine mis en route, le détecteur de traceur se déclencha. Ils étaient suivis. S se gara rapidement et se mit à la recherche du traceur. Ce dernier avait été mis probablement sous le capot quand il se dirigeait vers le Majestic. Il le saisit et le jeta au loin. Avant de reprendre sa place au volant, il aperçut un hélicoptère qui se dirigeait vers eux. C'était trop tard. Une voiture surgit.

Un homme au costume foncé en descendit et s'approcha des fugitifs. S ne le connaissait pas. Il ressemblait à une caricature d'agent fédéral avec son crâne chauve et ses lunettes noires. S avait l'habitude de ces hommes-là. Il ne comptait plus les fois où les fédéraux lui avaient volé les bénéfices de ses recherches. C'était beaucoup plus facile pour eux de suivre un chasseur de primes et d'arrêter le fugitif juste avant lui. Les gains de temps et d'argent justifiaient largement cette façon de procéder.

  • Donne-nous l'enfant.

Ce dernier sortit du véhicule de S et se mit à ses côtés. Il tremblait de tout son corps. Quoi qu'il allait se passer, S ne le laisserait pas seul cette fois. L'agent sortit son arme.
  • On se dépêche !
  • Dans tes rêves, lui répondit S en sortant son pistolet.

Mais l'agent fut plus rapide que lui et le désarma en tirant le premier. S lâcha son arme et se tint la main quelques instants.
  • Dernier avertissement, lança l'agent. Il vient avec moi !

L'hélicoptère, au-dessus d'eux, s'immobilisa et S après avoir analysé le peu de situations qui s'offraient à lui, décida de se rendre. Il leva les mains et l'enfant empoigna brutalement la jambe gauche de son pantalon. Ce n'était ni glorieux, ni original, mais que pouvait-il faire d'autre ? Fuir ? C'était se prendre une balle en plein dos. Foncer ? C'était se prendre une balle en pleine poitrine. Bien sûr, il aurait pu affronter la mort en face de cette façon, comme un vrai héros américain, mais S n'était pas un héros. Quant à être un Américain, son patriotisme était si évaporé qu'il en avait à présent des doutes.

L'agent Connors s'approcha de lui. Tout en le menaçant de son arme, il demanda à S d'attacher l'enfant, puis lui-même avant, bien sûr, de vérifier les liens. Il resserra ces derniers avant de les emmener dans sa voiture. Une fois sur la route, S tenta d'en savoir plus, histoire de rassembler des idées sur toute cette histoire qui le dépassait.
  • Et bien sûr, vous ne pouvez pas m'en dire davantage. Je suppose que vous ne faite qu'obéir aux ordres.
  • Inutile de vouloir parler, nous savons qui vous êtes et pourquoi vous avez enlevé cet enfant. Vous feriez mieux de vous taire.

Au moins, tout cela était clair. Les fédéraux en avaient après lui et l'enfant qu'on lui avait confié était important. Que pouvait-il donc avoir de si spécial pour qu'on envoie des agents surentraînés et un hélicoptère ? C'était le fils d'un baron de la drogue ? Un bâtard caché descendant de Nixon ? Un génie précoce capable de prévoir le destin de l'humanité ? Fichu boulot, se dit S au fond de lui. Toujours embarqué dans des histoires à dormir debout. Il était là maintenant à côté d'un enfant terroriste, en direction d'un interrogatoire sévère, le tout organisé par le gouvernement au nom, bien sûr, de la sécurité nationale. Et le pire, il n'y pouvait rien. La voiture fédérale roulait à vive allure et les kilomètres avalés le rapprochaient d'un destin qu'il envisageait funeste. S connaissait les risques et il savait comment finissait ceux qui posaient trop de questions ou qui étaient gênant. Lui-même avait effectué, par le passé, ce genre de tâche peu reluisante pour l'homme mais si vitales pour l'honneur d'une nation. Foutaises. Mais quand on n'a qu'une vingtaine d'années, des hormones en surnombre et des certitudes puériles genre " y a des méchants et moi je suis là pour les buter parce que je suis un gentil ", on est pas très regardant. Ce n'est qu'une fois la mission accomplie qu'on se rend compte qu'on est baisé et que la vie ne sera plus jamais comme avant.

La voiture quitta la ville, traversa les zones commerciales et industrielles pour se diriger vers la campagne. On pouvait encore trouver quelques bâtiments, probablement des sociétés bidons qui abritaient des agences gouvernementales. L'agent sortit de la route pour rentrer dans le parking d'un de ces blocs anonymes. D'autres hommes en noir l'attendaient. On emmena S sans ménagement et il quitta des yeux l'enfant qui bénéficiait du même traitement. Il fut conduit dans un sous-sol, il traversa de longs couloirs gris, quelques personnes se trouvaient là à vagabonder. Sa présence ne les souciait guère. Ce qui n'était pas bon signe. D'abord, on ne lui avait pas bandé les yeux et maintenant il pouvait voir d'autres personnes ou agents. Que lui réservait-on ? Une balle en pleine tête ? Un lavage de cerveau ? Une torture chimique à base d'injection ? Tout était possible. Ces gens-là sont très compétents pour cela, se dit S pour tenter de détendre ses neurones qui tentaient d'analyser la situation afin d'y trouver une solution. Il fut placé après quelques instants dans une pièce qui ressemblait à une salle d'interrogatoire. Tout y était. Une table, deux chaises et la célèbre vitre sans teint. Derrière celle-ci se trouvait Gambers, le directeur du programme et chargé de l'opération de récupération de l'enfant et un de ses assistants.
  • C'est vraiment impressionnant.
  • Pardon monsieur.
  • Si on m'avait dit ça encore ce matin, je ne l'aurais pas cru.
  • Euh, monsieur, je crois que j'ai du mal à vous suivre.
  • Ca va faire près de vingt ans que ce fumier a disparu et le voilà qu'il réapparaît comme par enchantement.
  • Vous le connaissez, demanda l'assistant qui commençait à comprendre son supérieur ?
  • Des années à tenter de le retrouver, des dizaines d'agents ont sillonné tout ce foutu pays pour mettre la main sur ce tas de merde et le voilà, tout fier, prêt à nous narguer avec le gamin avec lui. Mais qu'est-ce qu'il croit ce fils de pute ? Il croit qu'il peut faire ça comme ça ? Il croit qu'il peut me prendre le gosse comme ça, par magie. Alors là, bravo.

Gambers quitta sa cachette pour se confronter à un de ses pires tourments. Son pire soldat, son ulcère, son divorce, tout était réuni pour ne former qu'une seule et même personne, S, un redoutable chasseur de primes.
  • Tu vas nous dire pour qui tu travailles, mon ami, déclara-t-il en entrant, scotchant par la même occasion S qui n'en croyait pas ses yeux.
  • Toujours dans les coups foireux, parvint-il à répondre tout en faisant mine de contenir sa surprise.
  • La ferme, plus vite tu parleras, plus vite on en finira et avec un peu de chance, je serais clément.
  • Quelle délicatesse ! De votre part, c'est plutôt rare.
  • Ne joue pas avec moi. Soit tu parles de toi-même, soit mes hommes t'arracheront les réponses. De toute façon, tu cracheras le morceau, alors fais-nous gagner du temps.
  • Du temps, c'est marrant de vous entendre dire ça. Au Pakistan aussi il vous fallait du temps, au Nicaragua aussi il vous en fallait. Vous devriez revoir votre montre Gambers, elle déconne toujours autant.
  • Tu veux jouer à ce petit jeu, tu veux régler ça maintenant, tu veux que je m'excuse pour toute cette merde. Mais bordel, tu n'as toujours pas compris avec le temps ? T'es rien qu'un pion, un outil de travail, un objet.
  • Saul, Michigan, c'étaient pas des pions salauds !

A peine eut-il fini sa phrase que S ne put s'empêcher de sauter sur Gambers qui fut aussitôt aidé de deux hommes plus grands et plus forts que S. Ils le frappèrent partout jusqu'à ce que le chasseur céda.
  • Bon, assez jouer, conclut Gambers, tu ne veux pas m'aider et bien soit ! Foutez le dans la chambre Z. Dites à Mc Togert de le brancher et appelez-moi quand il voudra parler. J'ai pas de temps à perdre avec ce crétin.

Il se pencha vers S qui gisait à demi conscient au sol.
  • On réglera bientôt nos comptes Angus et ce une bonne fois pour toute. Emmenez-le, dit-il en se relevant à ses deux agents.

Gambers quitta la pièce. Son portable vibra dans la poche de sa veste. Il le décrocha, c'était Pryor. Déjà des mauvaises nouvelles comme à chacun de ses appels.
  • Vous avez le gosse depuis cinq minutes et il y a des problèmes, vous exagérez Pryor !
  • Je sais mais vous devriez venir, il se passe quelque chose d'imprévu et vous devriez venir.

Gambers raccrocha. La routine reprenait son cours. Il aurait été ennuyé, agacé avant, mais avec la capture de S, un sentiment de légèreté s'était emparé de lui. Son ulcère lui semblait moins douloureux.


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mercredi 9 octobre 2013 - Webmestre : Sylvie Blas